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Conférences de Solange Anastasia Chopplet
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5 décembre 2021

BERGSON – « LA CONSCIENCE ET LA VIE »

BERGSON – « LA CONSCIENCE ET LA VIE » in Energie spirituelle

 

COMMENTAIRE DE TEXTE (1)

 

Dans « Le discours de la méthode », Descartes définissait l’homme comme un cogito, un je pense, c’est-à-dire une substance pensante dont toute l’essence consiste à penser.

 Mais si la conscience est bien ce qui permet l’appréhension du monde et de soi en tant que sujet sa définition s’avère difficile comme le souligne la question du texte de Bergson : « comment définir la conscience? » et même si l’on y parvient comment accéder à sa plénitude et à sa transparence?

La réponse de Bergson va consister à convoquer le temps comme condition nécessaire de la conscience oscillant entre passé et futur.

Afin de justifier sa thèse Bergson procède en trois temps selon un raisonnement dialectique qui lui permettra de définir la conscience comme une épaisseur de durée constituée de la mémoire du passé et de l’anticipation de l’avenir.

Il appert dès lors que l’enjeu implicite du texte est la liberté suggérée par le mouvement de balancier de la conscience dans le temps, lui-même défini en termes de durée.

Mais si la conscience est effectivement incessante anticipation et le présent épaisseur de durée, alors l’individu projeté dans l’avenir ne peut se tenir au seul temps qui est le sien, le présent, dès lors peut-il être heureux?

 A la question de définir la conscience Bergson commence, paradoxalement par déclarer qu’on ne peut la concevoir mais seulement en avoir l’intuition. Elle serait une évidence éprouvée par chacun. Et c’est au moyen d’un argument ad hominem que Bergson veut nous en convaincre. Il suffirait de s’observer pour savoir ce qu’est la conscience, ce serait une donnée immédiate. Analogiquement on peut dire qu’il est plus simple de marcher que de définir objectivement ce qu’est la marche.

Cependant cette réponse est une fin de non recevoir satisfaisante. Aussi Bergson se propose-t-il de caractériser la conscience en proposant une première direction : le temps plus précisément le passé retenu par la mémoire qui s’avère quelles que soient ses limites en termes d’extension et de contenu, comme nécessaire à la conscience.

Pour justifier ses dires Bergson use d’un raisonnement par l’absurde ; supposons l’absence de mémoire, alors la conscience disparaitrait. L’être privé de mémoire serait dès lors inconscient et insensible come le prouvent certaines maladies.

 Mais si la mémoire qui enracine la conscience dans le passé est un trait nécessaire est-il pour autant suffisant?

Bergson répond négativement. A la mémoire il faut le complément de l’anticipation, autrement dit au passé, l’avenir.

Par conséquent on ne peut concevoir la conscience sans la mémoire, à moins de renoncer à la sensibilité qui caractérise la vie.

Là encore notre expérience nous en convainc. C’est toujours en vertu de projets que nous faisons des choix présents, de sorte que le futur paradoxalement informe le présent. Usant d’une paronomase l’auteur souligne l’analogie entre « attention » et « attente » qui tous deux suggèrent la tension qui nous pousse et tire vers l’avenir. Loin que l’avenir soit ce lointain plus ou moins indifférent, il agit sur nous comme une présence réelle bien qu’il ne soit pas encore. Comment définir autrement la liberté si ce n’est par cet espace à venir objet de choix présents?

 Dès lors Bergson peut clore sa réponse par le tissage dialectique du passé et du futur dont le résultat constitue le présent de la conscience.

 Résumant les résultats des deux précédents paragraphes Bergson rappelle en quoi consiste la première fonction de la conscience. Mais il ne peut s’en tenir là sans crainte de confondre le présent et l’instant mathématique lequel est abstrait, discontinu, hétérogène puisque tous les instants sont de même nature. Il marque en effet une limite, tandis que le présent vécu, mais qui ne peut être conçu, est concret, hétérogène et continu puisqu’il s’inscrit dans une temporalité ou épaisseur de durée laquelle caractérise la conscience qui pour reprendre le titre de Heidegger définit l’être par le temps. De la sorte la conscience est en permanence dans un état d’instabilité qui rappelle les mobiles du plasticien Calder sans cesse mus par le vent, à la recherche d’un équilibre impermanent. C’est pourquoi une métaphore finale clôt le texte de Bergson comparant la conscience à un pont jeté entre passé et avenir et non à un mur séparateur des instants.

 L’intérêt philosophique de ce texte consiste dans la façon dynamique de penser la conscience non pas comme une connaissance qui accompagne notre appréhension des objets, ni comme conscience morale, en un mot non pas comme une faculté donnée exerçant ses fonctions mais dans un mouvement lié au temps et même tributaire de celui-ci. A la différence de Descartes, Bergson pense la conscience comme une épaisseur de durée et un mouvement oscillatoire. Mais alors surgit le problème du bonheur que soulève Pascal qui écrit dans les « Pensées » que le plus grand malheur de l’homme est de ne savoir se tenir au présent car il est sans cesse dans la remémoration du passé sous la forme des regrets et des remords ou dans le temps à venir de sorte que ne pouvant demeurer en repos ils sont voués au malheur.

 

 ANASTASIA CHOPPLET

Conférencière et philosophe

 

(1) De « Mais qu’est-ce que la mémoire… pont jeté entre le passé et l’avenir ».

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