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Conférences de Solange Anastasia Chopplet
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Conférences de Solange Anastasia Chopplet
Conférences de Solange Anastasia Chopplet
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21 juin 2020

L'AFFAIRE NIETZSCHE-JESUS

JESUS ET SES DOUBLES

 Portrait of Friedrich Nietzsche.jpg

ETUDE DE L’APPROCHE NIETZSCHEENNE DE JESUS

 

Une histoire trouble

                C’est l’histoire d’un homme plutôt d’un adolescent, disons même l’histoire trouble d’un adolescent fou d’amour qui d’amour mourut. Son histoire est banale et pourtant on en parle encore, on la fait et défait à plaisir. Comme Picasso, il a laissé un héritage sans testament et ses héritiers de s’affronter dans l’ignorance de ce qu’il refusait.

                Les hommes, par remords et ressentiment, en firent un dieu mais c’était trop tard bien qu’il fut mort trop tôt. Juda à jamais ils érigèrent leur trahison en serment de fidélité, leur mensonge en vérité éternelle et la croix prit la forme d’un pied de nez. Qui était-il cet adolescent aux couleurs d’arc-en-ciel, né sous des cieux menaçants?

                En tout cas pas le fils d’un dieu, ça c’est déjà de la trahison, pas un sauveur, type psychologique érigé ad hoc pour les besoins combattifs de l’Eglise naissante, ni un héros ou un génie, cela a des relents de décadence, peut-être bien un homme pratiquant le difficile art de vivre en deçà des combats, des ressentiments accumulés et des vengeances tapies.

                Réfugié, et c’est du reste par là qu’il échoua, après tout ce n’était qu’un homme, dans une inaccessible intériorité, il s’abstraya du réel, opposa plaisir et réalité et évolua dans un univers dépourvu de toute aspérité sans pourtant échapper aux prises.

Fut-il heureux alors? Non pas. Ecce homo, il ne put quitter l’ornière des arrières-mondes et sur la croix se plaignit de l’abandon de son père.

                Grandeur d’un échec, il connut, mais trop tard, la souffrance à laquelle il aurait dû, en même temps qu’à la vie, dire OUI.

                Il tenta, il traça, il succomba et fut trahi, offrant lui-même les moyens de sa défiguration. Paul et les autres en firent leur chose, obéissante et soumise réveillant le pire en l’homme et l’entretenant. Le rendez-vous était manqué. De celui qui se voulait passage on fit un être et pourtant le plus noble des juifs permit qu’en des jours lointains un aigle divin prenne son envol.

 

I – Pas le choix

Buste du Christ - marbre d'époque XIXe - N.80003

                C’était dans l‘air, au sens propre du terme. Des éclairs illuminaient les cieux un peu partout : Renan avec sa « Vie de Jésus », Tolstoï avec « Ma religion, D. Strauss avec « L’ancienne et la nouvelle foi », sans oublier que Voltaire avait déjà détecté la maladie (1) dont Pascal avait été le vivant cobaye, quant à la tradition fidéiste elle avait été le terreau de la piété du jeune Nietzsche qui avait appris que seul compte l’expérience intérieure et qu’aux débordements de la sensibilité, il faut savoir opposer le rigorisme moral. Nietzsche voulait marcher droit, il se raidit contre son plus grand ennemi : la pitié (2), mais le refoulé retourne toujours sur les lieux de son crime et c’est un cheval qui scellera celui-ci.

                Héritier de sa tradition Nietzsche en conservera une haine mortelle contre toute garantie rationnelle de la foi par la médiation de vérités dogmatiques. Il se fera pourchasseur des pratiques cultuelles, rites et autres gesticulations qui servent d’alibi d’irresponsabilité à la faute ainsi gommée. Il privilégiera la dépossession de soi, après tout le christianisme est une affaire de cœur il est même le symbole des vérités profondes du cœur humain. Or ce que le christianisme nous en révèle ferait frémir d’horreur les plus endurcis. Qui est dès lors responsable?  Ce cœur malade qui se donne une religion maladive, ou cette religion faite par et pour des malades pour entretenir une maladie après tout bien agréable ?

                Nietzsche a très tôt détecté le mal et lui, l’allemand, se fera l’exception claire dans les brumes nordiques comme Jésus, son double nié parce que trop aimé, l’avait été sous le ciel menaçant de Judée. « Un Jésus-Christ ne pouvait être possible que dans un paysage judaïque… un paysage sur lequel était toujours suspendue la sombre et sublime nuée d’orage de Jehova en colère. Là seulement on pouvait considérer le passage rare et soudain d’un seul rayon de soleil à travers l’horrible et continuel ciel nocturne comme un miracle de l’amour, comme un rayon de la grâce la plus imméritée (3) ». Il fallait du contraste pour que de l’altérité jaillissent les identités.

                A Sils Maria Nietzsche lui aussi connaîtra la transfiguration « A 6 000 pieds par-delà l’homme et le temps », l’éclair l’illuminera et traversera son corps jusqu’au bout des orteils, tétanisé il ne pourra résister à l’évidence de la révélation qui dévoile « une profondeur de bonheur où la plus extrême de la souffrance et de l’horreur n’agissent plus comme opposés mais comme nécessaires… comme une couleur indispensable à l’intérieur d’un tel flot de lumière » (4). Lumière de l’arc-en-ciel par lequel Dieu descend vers les hommes.       L'Engadine et Sils-Maria | Intermèdes Le Voyage Culturel     

                Jésus déjà là, obsessionnel dans la pensée de Nietzsche pour un jour se substituer à lui, ses derniers billets porteront pour signature le Crucifié, mais lequel Jésus ou Dionysos?

                Ce n’est donc pas une histoire simple que celle de Nietzsche et de Jésus. C’est pourquoi il vouera aux gémonies « l’auteur d’un évangile de brasserie » (5) Strauss, qui substituant l’idole de la science à celle de la religion perpétuera sournoisement le mal qu’il dénonce, mais, pire encore, enfermera l’homme dans ce « moi haïssable » fermé au divin, respirant les miasmes de la moite intimité gastrique de sa personne. Nietzsche a besoin d’air, de tourbillon, d’ivresse, de liberté, de divinité et d’inspiration laquelle est aussi et avant tout une question de respiration, fait de quelques rares hommes que l’on ne retrouve que « des milliers d’années en arrière » (6).

                C’est pourquoi c’est avec Jésus que le dialogue d’une vie s’établira. Nietzsche et son double, Nietzsche se posant dans cette saine altérité, Nietzsche épiant et analysant tous les écueils qui firent trébucher Jésus pour les éviter à son tour afin que le « Gai Savoir » ne subisse pas la mortelle défiguration du « joyeux message », afin de résister à la pitié et aux appels diaboliques des arrière-mondes. Nietzsche comme Jésus se voudra sans disciples, sans dogmes, sans cultes, c’est pourquoi l’aphorisme, qui n’est pas sans analogie avec le style des loggia, sera le marteau favori du philosophe pour faire sonner les êtres et les idées creuses ou pleines, mais aussi pour ciseler cette matière si molle, si fléchissante, si mollissante qu’est l’homme et dont il est, lui aussi, fait (7). Dès lors toute sa tension, son énergie, se focaliseront sur un but unique : devenir dur.

                Or dans l’histoire de l’humanité quelques hommes, dit-on, le furent, des philosophes au nombre desquels Socrate, Pascal, Epicure, Montaigne, Spinoza, Schopenhauer, avec lesquels il s’expliquera ; des musiciens, dont, Chopin, Schuman, Wagner, Bizet, des écrivains, Cervantès, Tolstoï, Goethe, Hugo et des fondateurs de religion, Bouddha, Jésus avec lequel une vie ne suffira pas à s’expliquer.Arthur Schopenhauer — Wikipédia

Jésus miroir de Nietzsche ou Jésus l’authentique redécouvert sous les scories des manipulations?

Peut-on se prononcer ? L’erreur serait justement de vouloir trancher et d’arrêter un mouvement qui a pour vocation de susciter l’interrogation. L’intérêt est pour nous d’observer comment Nietzsche s’explique avec Jésus qui se présente comme « la figure indépassable de l’inesquivable épreuve de la rencontre par l’homme du divin » (8). Or l’explication témoigne, en la matière, de la valeur de ce qu’il attaque, ce qui est chez lui « une preuve de bienveillance, en certains cas, une preuve de reconnaissance » (9).

                Il peut ainsi faire peau neuve et se débarrasser de ce qui s’enracine si profondément en lui. Mais l’éradiquer n’est-ce pas se condamner à périr? Partant de sa rupture avec son passé religieux dans « Humain trop humain » il y verra la scission avec « son amour et son adoration ».

                Nietzsche est confronté à un double problème dans la quête de sa propre dureté, trouver des modèles, se débarrasser de tout modèle. Jésus lui en fournit un, orphelin comme lui, Nietzsche ne mentionne jamais Jésus comme fils, au sens propre du terme. II est comme lui animé de la dure force des créateurs qui pratiquent une vie et sont ce qu’ils deviennent.

                Mais le modèle a échoué. Nietzsche y voit peut-être son propre sort et de toute façon l’échec témoigne des erreurs. Mais en quoi a-t-il échoué? Non pas d’être mort comme une canaille sur une croix, mais d’avoir prêté flanc à sa propre défiguration et  la naissance d’un cancer qui gangrène l’humanité depuis des siècles et contre lequel, lui, Nietzsche voudrait donner aux hommes les moyens de lutter (10). C’est pourquoi, il fait de Jésus, de son Jésus, un solitaire, ni amont, ni aval, ni père, ni épigones. Pareil aux figures de David Gaspar Friedrich, dos au monde, face à l’avenir, au sommet d’un « formidable bloc de rocher », il se dresse. Mais pour cela il faudra tout d’abord tordre son cou au christianisme.Caspar David Friedrich : quarante oeuvres - Regards Féériques ...

II – Tirer l’épée

                Le diagnostic ne fait pas de doute : le christianisme est une maladie mentale (12), psychosomatique comme en témoignent les abus ascétiques qui font d’un corps en pleine santé uncorps fatigué « maigre, hideux, affamé » afin qu’en lui échappant l’âme échappe aussi à la terre (13).

Diagnostic déjà rendu par Voltaire, le grand seigneur de l’esprit, divulguant les contradictions horribles d’une religion qui bénit le crime commis pour l’amour de Dieu, qui recommande d’égorger (14) ceux qui ne vont pas à la messe ou qui pensent autrement que leurs juges. Maladie incurable qui gangrène l’esprit et préfère aux avis de la raison l’obéissance à un Dieu qui, dit-on, promet le ciel à ceux qui trucident en son nom. La maladie est d’autant plus grave qu’elle est épidémique et pernicieuse. Elle se pare des séductions de l’amour, car c’est par amour que l’on tue, amour de Dieu, amour de son prochain dont l’âme est ainsi sauvée, amour de l’humanité pour laquelle Dieu n’hésite pas à sacrifier son fils (15). Et les chrétiens d’agiter la croix comme le signe glorieux de leur victoire alors qu’ils y ont suspendu l’innocent (16).

Voltaire

                Tirer l’épée s’avère donc à la fois nécessaire et urgent non seulement pour l’humanité, mais Nietzsche ne s’en soucie pas, mais avant tout pour lui car la question se pose impérieuse et souterraine : en tant que chrétien, et doublement de par le contexte familial, suis-je malade? Si oui, et comment pourrait-il en être autrement, en quoi le mal consiste-t-il, comment puis-je m’en guérir? Que choisir et qui choisir aut Jésus aut Zarathoustra? Jésus peut-être la plus grande tentation à laquelle Nietzsche à du résister (17).

Trois moments scandent la généalogie du christianisme :

- le ressentiment qui est à l‘origine de la morale

- la mauvais conscience qui, intériorisée, devient l’art pervers de se faire du mal afin d’en éprouver la     plus profonde jouissance

- l’idéal ascétique qui animé par l‘idée de vengeance rend le monde morbide.

A l’origine un ramassis d’esclaves, de pauvres, de ratés, rebus de la société, méprisés par l’impérium romanum tout autant que par la caste sacerdotale régnante. « Au fond il s’agissait de nouveau de faire arriver une certaine catégorie d’âmes : c’était en quelque sorte une insurrection populaire au milieu d’un peuple sacerdotal – un mouvement piétiste qui venait d’en bas, les pêcheurs, les péagers, les femmes les malades » (18).

  • La matière première des fondateurs de religion était à portée de main toute prête à se rassembler sous la houlette du psychologue infaillible qui voyant la vie modeste des juifs des provinces romaines lui conféra une valeur suffisante pour qu’ils méprisent tout autre genre de vie (19) et honorent leur sauveur. Faire peur et rassurer devint dès lors ses moyens d’asseoir sa domination. Tantôt menaçant du jugement dernier et des flammes infernales, tantôt indiquant les moyens pour y échapper : l’obéissance à la loi. Il fit de l’amour, de l’espérance et de la foi les moyens rusés d’ériger la morale chrétienne (20).

                Le plus bel artifice fut sans doute celui de l’amour dont la promesse attira tous les frustrés et ceux dont la sexualité frileuse s’était sublimée. L’amour fut universellement promis à condition d’y renoncer ! Le dualisme était consommé ; l’homme serait affligé d’un corps – tombeau dans lequel son âme se serait égarée. Le processus morbide était dès lors amorcé en même temps que nié car le christianisme a besoin de la maladie, la subtilité consiste à l‘ignorer. Dès lors le malade se pense en parfaite santé (21), le malade c’est-à-dire l’autre, lui, ne le sait pas. Alors pour se rendre parfait comme le Père, s’assurer de la vie bienheureuse promise il faut soigner l’autre, l’aimer (22) même s’il est un irréductible ennemi, en avoir pitié (23) et substituer à la force de l‘amour susceptible de surmonter sa compassion le plus vil des sentiments qui cache le mépris sous l’attention et la faiblesse maladive sous la valeur. Le monde une fois réduit à un vaste hôpital, reste à trouver les remèdes rédempteurs.

                Ils seront radicaux, puisque le mal s’origine dans le corps. Le monde, le réel, il faut les mater et s’en détourner, l’au-delà, les promesses de vie bienheureuse, « Dieu » « l’âme » « moi », « esprit » « libre arbitre » rien que des causes imaginaires » (24) seront les armes garantissant la victoire. Bien chère payée, la victoire car elle sera accompagnée d’une cohorte d’effets imaginaires « le pêché » « le salut » « la grâce » « l’expiation » « le pardon des pêchés » qui feront périr le monde, l’homme, et la vie. Devenu un mystère à soi-même l’homme sera sans cesse aux aguets de la bête tapie au fond de lui muant la faute en pêché et le malheur en punition. Taraudé par une mauvaise conscience obsessionnelle le chrétien sera voué à la culpabilité, à l’insatisfaction qu’il tentera d’endiguer par une ascèse parfois démente le menant à la maladie nerveuse, ascèse signifiant non seulement renoncement, mais acharnement sur soi-même, sur la vie et sur les autres, au point de placer « le centre de gravité de la vie… dans l’au-delà, dans le néant… de vivre de manière à ne plus avoir de raisons de vivre… »(25) au point de devenir un élu sublime et diabolique à la fois, le bourreau le plus acharné et méthodique de soi-même.

                En fait c’est une histoire vieille comme le monde, c’est même une fable, celle d’un renard et de grappes de raisin si belles mais si inaccessibles qu’elles en deviennent objets de mépris et pourquoi pas, de meurtre. En effet si je ne puis les atteindre personne ne le pourra, faites confiance à l’ascète. Son désir frustré par sa propre paresse et lâcheté se muera en ressentiment contre le mangeur de raisins objet d’une persécution méthodique. Incapable de souffrir, dévoré par la peur de la confrontation, à l’altérité et à la douleur qu’inflige le réel, le chrétien tente d’y échapper en lui substituant un arrière-monde idyllique où tout ne serait « qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté » (26).

                En attendant il s’inflige des douleurs qui dépassent toutes celles promises en Enfer. L’Enfer existe, mais, comme le Royaume des Cieux, non pas ailleurs et plus tard mais hic et nunc. Le renversement des valeurs est opéré et une partition manichéenne des valeurs est mise en place sur la base d’une mutation de toutes les valeurs positives : force, dureté, noblesse, en leur contraire. Le grand « non » au monde est prononcé « jeu de forces et ondes de forces, … (une) mer de forces agitées » (27).

                Une fois abêti par des tuteurs qui l’ont persuadé que marcher seul est un trop grand risque, le bétail rendu sot, paresseux et lâche (28), se laisse mener, « bête domestique, bête du troupeau, bête malade de l’homme (tel est) le chrétien » (29).  En fait, il suffit que le mensonge satisfasse à ce qu’il désire pour qu’il devienne valeur de vérité de Dieu notre mensonge le plus ancien et le plus nécessaire « le mensonge qui a le plus duré » (30), non seulement une erreur mais un crime contre la vie (31) et disons même le garant de la perpétuation de ce crime qui paye en monnaie de singe au moyen de promesses dans un au-delà hypothétique. Mais qui pourrait croire à de telles affabulations, au point de mettre sa raison au service de sa foi de rejeter toutes « les voies droites, probes, scientifiques qui mènent à la connaissance » (32), au point de confondre doute et péché, si ce n’est celui qui veut y croire, qui s’aveugle volontairement, systématiquement englué qu’il est dans l’illusion dont on sait que contrairement à l’erreur, elle renait sans cesse de ses cendres.

                Le chrétien est donc un décadent, titre qu’il partage avec bien d’autres, anarchistes, socialistes et nationalistes (33) de tout bord, c’est-à-dire avec ceux qui craignent tant la confrontation, le changement, le devenir qu’ils érigent leur vérité en valeur absolue, définitive, impitoyable. Tels sont les hommes" bons" dont l’instinct de décadence se caractérise par : la paresse, l’incapacité de résister, la conspiration contre les forts, le besoin de narcotiques, la faiblesse dans la crainte des passions et dans l’aveuglement volontaire, la séduction par les grands décadents : la croix, le saint, la pureté, le vice intellectuel (34). Après cela, sachant cela, comment peut-on encore être croyant? ! Et Nietzsche de rendre sa terrible sentence :

 

« Je condamne le christianisme, j’élève contre l’Eglise chrétienne la plus terrible des accusations… Elle est la plus grande corruption que l’on puisse imaginer… »(35).

Alors dans le silence effrayant de la salle, une pensée de derrière la tête traverse l’esprit de Nietzsche :

« Et Jésus dans tout çà? »

 

III – Enquête sur un dénommé Jésus de Nazareth

1 – Peut-on parler de Jésus ?

                Après tout, il aurait dû sombrer dans le naufrage de son propre navire. Première question : en était-il le capitaine? Réponse de Nietzsche : non ! Une étymologie n’est pas une preuve et un air de famille Christ/Christianisme n’est pas une filiation (36). Si l’on y tient on dira qu’il n’y eut qu’un seul chrétien et qu’il mourut sur la croix (37), le reste n’est que généalogie falsifiée et ce d’autant plus que ses « épigones » l’ont systématiquement trahi, manipulé, réifié. Alors ce Christ c’est un double, une ombre rapportée à un individu nommé Jésus de Nazareth. Voilà pour son identité, du reste on n’en sait guère plus. Mais la question demeure, qui est le capitaine? Réponse de Nietzsche : Paul, et lui sombre effectivement avec son équipage, c’était du reste un mauvais capitaine qui sacrifiait des hommes, calomniait les mémoires, violait les tombes, pour la trahison il surpassait Juda.

                Troisième question : si on ne sait rien de ce Jésus, s’il fut manipulé, récupéré, défiguré, pourquoi s’intéresser à lui, et qu’en dire? Problème d’historien : quels documents interroger, quels témoignages solliciter? Les témoins actuels ne sont pas fiables, ils ont la foi ; restent les contemporains de Jésus qui relatèrent sa vie dans les Evangiles.

                Le philologue entre alors en scène partagé entre « la colère et le rire » (38) peut-on effectivement se fier à un texte issu d’une véritable farce philologique comme en témoigne la mésinterprétation de l’Ancien Testament où toute évocation de bois, verge, échelle, rameau « ne pouvaient être que des prophéties relatives au bois de la croix »? Et même en admettant que l’on ne prenne pas les écrits au pied de la lettre à quel tissu de contradictions est-on confronté ! Il y est question d’un « Juif crucifié il y a 2 000 ans qui se disait Fils de Dieu » mais le récit tourne vite en mythe : son père aurait été un Dieu faisant des enfants à une mère mortelle ! Lui-même aurait été un sage professant le cannibalisme puisqu’il recommandait de boire son sang ; bouc-émissaire il se serait sacrifié en victime expiatoire. Enfin tout cela est bien ancien, vient de temps fort reculés et on accorde sa créance par habitude et manque d’esprit critique (39).

                Mais sous ce fatras il y a peut-être bien quelque chose, un je-ne-sais-quoi que flaire le nez  (40) de Nietzsche et que perçoit sa petite oreille (41). Nietzsche et son double. Nietzsche double de Jésus. Jésus redécouvert? Ou Jésus « créateur, sculpteur marteau impitoyable et divinité qui au septième jour contemple son œuvre »? (42)

 

2 – De qui, de quoi parle-t-on?

combas, robert jésus chris ||| figure ||| sotheby's pf1315lot73lzpfrLa Représentation De Jésus-Christ Face Aux Perles De Verre ...

 

                Jésus c’est avant tout un juif et à ce titre il est le plus noble (43) héritier du nomadisme de ses ancêtres qui au sein du désert firent l’épreuve de l’altérité, condition nécessaire de l’identité. Ils ont appris que de la confusion naissaient les totalitarismes, la clôture, le refus des affrontements et des brassages salvateurs. Ils étaient parcoureurs de désert, Jésus parcourra à son tour la Palestine sans faire de disciples, sans délivrer de message, sans imposer de pratiques cultuelles mais en pratiquant l’art du créateur. Dès lors refusant la sédentarisation qui privilégie l’avoir sur l’être, il se fera passage, passager fugace d’une terre qui peut tout offrir à qui l’accueille. Il apprendra le relatif qui sauvegarde des tentations despotiques et fait goûter chaque instant avec délice.

Il y a du carpe diem chez celui qui se sachant mortel et voué à la terre jouit de chaque instant sans lui accorder une importance de désespéré.

                C’est pourquoi il enseignait à ne plus travailler, ni juger, ni hésiter, ou dominer, mais à se laisser pénétrer par le grand vent de la vie. La loi est bonne pour les esclaves, pour ceux qui, inquiets, peureux,  irresponsables ont besoin qu’on leur dicte leur comportement et qu’on veille à ce qu’ils s’y tiennent, ce qui jette un certain soupçon sur la réelle adhésion à la Loi. Par contre agir par amour pour Dieu et ainsi se faire fils de Dieu voilà qui dénote la liberté, à condition cependant que ce Dieu ne soit pas l’épouvantail à moineaux brandi par les prêtres.

                Ainsi « sur le tronc de cet arbre de la vengeance et de la haine juive… sortit quelque chose d’incomparable, un amour nouveau, la plus profonde et la plus sublime de toutes les formes d’amour » (46) et cela sans guerre, sans vengeance, par delà le bien et le mal car avec Jésus « l’amour est sorti de la haine ». Du reste il ne dit pas même « non » au péché, à la culpabilité, à la mauvaise conscience, il ignorait ce vocable superbement, en toute innocence sachant que c’est précisément la résistance qui témoigne de l’importance de l’objet combattu.

                Exempt du péché et par conséquent de tout sentiment de responsabilité (47) il ignorait la culpabilité, la faute, le jugement qui phagocyte insidieusement l’être. C’est pourquoi il enseigna que la loi n’existe pas, du moins celle des pharisiens, car la Loi demande à être transgressée et la transgression demande la réparation du juge. Donc point de loi, et point de juge, Jésus ne juge pas (48) ce qui présupposerait qu’il fût détenteur de la vérité une, unique, absolue et par conséquent que celle-ci existât. Or s’il est bien une tentation perverse c’est celle de la vérité à tout prix ou plutôt de ce qui en nous veut la vérité à tout prix, au prix justement de la vie qui confronte l’être à l’incertitude. Or, pour suspendre l‘angoisse que celle-ci engendre on la fait passer pour fausse et on érige le mensonge, l’illusion, l’erreur, en vérité, vérité cautionnée par Dieu lui-même (49).

                Jésus se refuse à juger, lui sera juste (50), disons même qu’il ne refuse pas de juger, car pour juger il faut appliquer une Loi, et  savoir ce qu’est la faute, or Jésus ignore l’une et l’autre, c’est pourquoi il n‘est pas un moraliste, un légaliste – « de ceux qui croient en des réalités qui n’en sont pas » - (51).Yéshoua (Jésus) et la femme adultère face à la loi de Moïse ...

                Il est innocent Jésus comme tout homme l’est (52), comme le réel l’est, glorieusement. Cet « évangile incarné de l’amour » clame l’innocence du premier jour sans péché originel, sans faute à expier, sans bien ni mal si ce n’est celui de dire « non » au monde. Là git la racine du diabolique. Ce n’est pas envers Dieu que l’homme pêche c’est envers le monde, envers lui-même (53), dès lors plus moyen de se « planquer » derrière l’observance de la Loi, ni l’application tatillonne des cultes c’est à lui-même que l’homme est confronté, son juge sera sa capacité à aimer, à s’aimer (54) et clamer un grand « oui » salvateur. La conversion est délicate, difficile, c’est celle de la voie de l’intériorité dans laquelle brille doucement la lumière de l’évangile. Jésus semble « un bouddha sur un terrain très peu hindou » (55). « Laissez venir à moi les petits enfants », disait Jésus, enfant lui-même, du moins innocent, il est animé d’une candeur enfantine préservée dans l’esprit et non pas conquise par la force. Or un tel être ne porte point l’épée, ni ne sème la discorde, il n’est pas un fanatique mais un contemplatif qui a découvert qu’en lui gisait le Royaume de Dieu. La bonne nouvelle c’est justement qu’il n’y a plus d’oppositions (56), il est ici et maintenant le Royaume si l’homme se mue en « idiot ». Jésus ne nie rien, il prend tout et c’est précisément cet accueil qui le situe au-delà des dualités malsaines et réductrices qui opposent l’être à soi-même et dès lors à autrui.

                Jésus vit et vivant il pratique sa bonne nouvelle loin des débats d’école, des dialectiques qui veulent avoir raison à tout prix parce qu’elles soupçonnent qu’elles ont tort. Les preuves ce sont ses lumières intérieures, ses sensations de plaisir intérieur, son sentiment océanique d’osmose avec le tout qui en font « un cas de puberté retardée et restée à l’état latent dans l’organisme »  (57). Première dissonance : Jésus souffrirait-il de quelque symptôme secondaire de dégénérescence? Aurait-il ignoré que le « oui » est fruit du « non »?

                A une foi nouvelle il substitue une pratique nouvelle car la pratique évangélique seule est Dieu. Jésus ouvre ainsi une nouvelle voie et peut être une nouvelle façon de traiter le mal. Certains le combattent, d’autres le méprisent, d’autres encore s’en accommodent, Jésus lui n’y résiste pas, Nietzsche révèlera qu’il est falsification du bien.

                Mais « ne pas résister » cela est fort ambigu d’autant que Jésus privilégie les réalités intérieures dont tout le reste, temps, espace, histoire, nature devient occasion de paraboles (58). Alors, fuite devant le réel ou bien détachement à l‘égard de tout ce qui rend l’être petit, mesquin et le divertit (59) de l’essentiel?  Cette prévalence de l’intériorité a pour corrélat le nominalisme (60) de Jésus qui en fait un grand symboliste. En effet les termes de « Dieu » « Royaume de Dieu » « Enfant de Dieu » « Fils de l’homme » ne sont pas des réalités en soi et c’est précisément dans l’illusion réaliste que s’origine le mal dont souffre le christianisme qui confère à des mots valeur d'absolu. Ainsi le terme « fils » « exprime la pénétration dans le sentiment de la transfiguration générale de toute chose c’est-à-dire la béatitude » (61), celui de « père » signifie un sentiment d’éternité et d’accomplissement, le « Royaume des cieux » est un état du cœur et non un état au-delà de la mort. Il signifie que la distance instaurée par le péché entre l’homme et Dieu est supprimée (62).

                Faut-il éclater de rire ou en sanglots devant une telle dérision : nos tortures ne seraient-elles que des mots?! Allons plus loin car le privilège des mots a sa source en l’individu qui fait bien des embarras autour de la personne dont il proclame l’immortalité. C’est pourquoi on multiplie les chimères, un Dieu personnel, une immortalité en paiement de son ascèse, une résurrection assurée par un innocent en croix. Cela a pour effet de « sublimer l’égoïsme » (63) au détriment de la survie de la société puisque ce type d’égoïsme est le symptôme de l’état maladif de la personne et non pas, comme il peut et doit l’être, le signe de sa bonne santé.

                Dire « oui » à la vie c’est aussi dire « oui » à la souffrance et à la mort, ne plus les condamner comme mal et tenter d’y échapper, mais les accepter et les vouloir, parce que la mort n’est pas une punition, parce que la souffrance n’est pas un châtiment parce que seul leur accueil voulu peut nous délivrer de la tentation des arrière-mondes destructeurs de la vie. Dire « oui » à la mort, c’est dire « oui » à la vie, ce qui manque au chrétien c’est d’être enraciné dans la terre. A la nature il a substitué une surnature. C’est pourquoi il n’a pas compris ou plutôt accepté que Jésus soit mort pour rien, parce que la mort n’est pas le prix à payer pour racheter les péchés et accéder à la vie éternelle. Il faut l’accepter : notre personne est mortelle, mais l’instinct de vie est tel qu’il préfère se sacrifier en échange de la pérennité. C’est en fait une histoire de dette, on vend, on achète, tout a un prix, et l’on parie aussi qu’en misant peu on obtiendra tout.

                Jésus n’est pas mort pour nos péchés, il est mort par cessation de la vie comme un « danseur dans la bataille » (64), il est mort pour ce qu’il a vécu, mais il est mort en disant « oui » à la vie, enfin presque car il s’est cru abandonné (65).

La crucifixion, scène d'abandon et de révélation

Deuxième dissonance : après tout n’y croyait-il pas à l’au-delà, aurait-il autrement poussé ce cri à l’adresse d’un père l’abandonnant? Amertume de Nietzsche, soulagement aussi car si Jésus n’avait point failli il n’eut point été un homme et Nietzsche aurait fini par suivre celui qu’il avait poursuivi.

                La mort de Jésus ne fut point un joyeux message laissé à ses héritiers (66) mais le cri douloureux du martyre qu’endure celui qui connait l’amour (67). Mais le connaissant l’a-t-il vécu? Des hommes furent-ils capables d’y répondre c’est-à-dire de vivre avec lui ce « oui » sans restriction? Est-ce la raison pour laquelle Jésus eut pitié des hommes et méritât dès lors qu’ils le crucifient pour sa compassion sans pudeur qui voyait toutes les hontes et laideurs de l’homme (68)?

                Mais avant d’en arriver là il fallait que par une subtile alchimie « la vie du chrétien finit par être tout entière la vie dont le Christ enseignait qu’il fallait se séparer » (69).

 

IV – Le Christ recrucifié

                Après tout le proverbe n’a pas tort « il n’y a pas de fumée sans feu », entendons : si Jésus n’a pas été compris, s’il fut trahi, défiguré, recrucifié c’est que sa psychologie comme son action en furent l’occasion. Trahi par les siens? Après tout pas tant que cela, le dysengelium nous révèle peut être la part maudite de Jésus, le juif.

                A la mort de Jésus les disciples vivent une tragédie :

- Acte I : la mort du héros

Qui est coupable ?  Il faut un coupable pour que cette mort ait un sens et qu’en conséquence la vie des disciples en conserve une ainsi que leur expérience post-mortem.

- Acte II : l’enquête s’oriente vers les romains, la caste sacerdotale, Dieu.

- Acte III : mais si Dieu a sacrifié son fils pour les péchés des hommes alors les coupables réels sont…

- Acte IV : Jésus apparait dès lors comme : un martyre, un révolté, un héros, le sauveur.

- Acte V : les hommes sont sauvés, vie et mort conservent un sens, dotés d’un idéal transcendant ils pourront se détourner du monde, éliminer toute résistance, supporter en les ignorant, douleur et mort. Le « non » à la vie est prononcé, la machine de guerre est prête. Exit Jésus, gloire à la mauvaise conscience.

                Détaillons à présent chacun des actes de la tragédie du monde. Deux faits marquants ont suscité la réaction des disciples :

- les exigences surhumaines du message de Jésus (70) ;

- la mort de celui-ci.

                Disons que la première cause est à imputer à Jésus qui n’a pas su se faire comprendre de sorte que son message fut laissé prudemment dans l‘ombre, ce qui témoigne néanmoins de la faiblesse constitutive des disciples qui « ont interprété le monde selon leur désir de domination né de leur faiblesse. Ils ont castré Dieu de ce qui paraissait inconvenant » (71). La seconde cause les a confrontés violemment à leur faiblesse c’est-à-dire à leur incapacité à affronter le réel tel qu’il est, dur, cruel, douloureux, incertain et à comprendre que la vie veut la profonde douleur qui d’une matière humaine brute, molle, informe fait une sculpture.

                Que faire devant la perte de l’être aimé, bien plus, de celui qui a donné sens à la vie et à la mort, qui a promis la rédemption, la vie éternelle et bienheureuse à ses côtés et qui est mort ! Une pensée fulgurante traverse l’esprit : aurait-il échoué? (72)

                Mais s’il avait échoué (on ne pensa pas que la mort pouvait ne pas être un échec) c’est qu’il n’était pas le fils de Dieu, donc il aurait menti, il aurait trompé, les promesses seraient fausses et l’homme d’être renvoyé au désespoir de se savoir irrémédiablement mortel. Il s’y refuse et commence le travail méthodique et dément de défiguration qui fait de la raison la servante des désirs. De quoi est-il question? De ne pas souffrir, puisqu’en fait c’est au principe de plaisir que toutes ces manigances sont liées. On peut dire, bien sûr que les responsables furent les romains, ou encore la caste sacerdotale ce qui a l’avantage d’en faire un héros (73), le meneur d’une insurrection contre l’Eglise juive, les saints d’Israël, la caste, les privilèges. Renan n’hésitera pas du reste à le grimer en génie romantique pour les besoins de sa cause. On y verra aussi le premier anarchiste (74), un socialiste avant l’heure rameutant les pauvres, exclus de la société, aux aspirations desquels il aurait satisfait. Mais cela ne suffit pas, l’homme veut plus, il veut un sauve-conduit pour le paradis, de Jésus il fera le Sauveur.

                La création du type se met peu à peu en place aux prix de manipulations telles qu’un double fictif, le Christ, prend la place de Jésus. Le moule était du reste déjà tout prêt, celui du Roi, du Messie, de Jean-Baptiste (75) qui n’attendait qu’un contenu. Mais il fallait que le Sauveur fût auréolé de la gloire du martyr afin que sa vérité ne souffrît nulle contestation, car il est bien connu que le témoignage d’un martyr a nécessairement valeur de vérité (76).

                Alors on dépouilla Jésus de sa mort après l’avoir dépouillé de sa vie. Bien sûr il en était responsable lui qui avait cautionné l’au-delà en criant après son père. Mais ce cri pouvait être celui de l’ultime clairvoyance au moment de mourir, celle de Don Quichotte (77), celle de tout crucifié qui acquiert la clairvoyance sur le mirage de la vie et sur lui-même. Jésus aurait-il eu alors la conscience de son propre échec, c’est-à-dire de son incapacité à vouloir la souffrance pour lui et pour les autres afin de leur conférer la vigueur, la tension que seul le malheur peut éveiller? Au lieu de cela il  avait eu pitié des hommes, il avait voulu les soigner, il s’était fait médecin des âmes, il en avait fait des malades, des hypocondriaques(78). De même que l’hôpital crée son fou le médecin crée son malade et le transfert allait fonctionner pour les siècles à venir.

                Donc on le dépouilla de sa mort, on en fit un martyr mort sur la croix d’infamie pour sauver les hommes. On frémit devant l’horreur de ce que cela présuppose : un père sacrifiant son fils innocent (79), un créancier rachetant sa dette au prix du sang. Décidemment les chrétiens étaient des barbares, des orientaux (80), des cannibales (81) et ce d’autant plus qu’ils sacrifiaient leur Dieu au néant, à la sottise, à la pesanteur, à la pierre.

akg-images - Sacrifice d'Abraham

                En effet, sauver présuppose un danger, lequel? Réponse : la faute envers Dieu qui condamne l’homme incapable d’y résister et requiert une victime expiatoire, un bouc émissaire pour calmer la colère dudit Dieu. Mais si celui-ci n’existe pas, s’il n’est que le mensonge et l’illusion forgés par les forces réactives afin de masquer leur faiblesse, et d’en faire un instrument de guerre contre ce que les hommes sont incapables d’acquérir, alors la fable du sauveur éclate au grand jour ainsi que les véritables motivations du chrétien ; dont les idéaux : amour, compassion, égalité, morale, vertu, sont l’expression de sa (trop faible)  volonté de puissance, de son ressentiment, de sa haine de soi et du monde. Qui veut alors la religion de l’amour, de cet amour susceptible de sacrifier l’innocent et d’en faire une victime consentante, heureuse de quitter le monde auquel pourtant il a dit « oui »? Par crainte de l’affrontement, de l’altérité, de la dureté le chrétien a fait de l’amour pitié. Il faut dire que Jésus là encore avait tracé la voie. Nuançons, disons plutôt que sa condition physiologique l’avait prédisposé à une hypersensibilité maladive. N’était-il pas en effet doué d’une nature irritable au plus au point le rendant particulièrement sensible à la souffrance? Dès lors il lui fallait éviter tout contact.

« L’exclusion instinctive de toute aversion, de toute inimité, de toutes les frontières et de toutes les distances dans le sentiment » était conseillé par l’instinct de conservation qui préconisait l’amour « comme unique, comme dernière possibilité de vie (82)… ». C’est sans doute ce qui avait amené Jésus à se réfugier dans une intériorité le préservant de tout contact. Universalisant ce mode de vie lui permettant de survivre il avait pensé que le péché rendait l’homme malheureux et avait voulu, grave erreur voire tromperie, supprimer la souffrance(83). « Il s’imaginait que rien ne faisait plus souffrir l’homme que ses péchés. Il avait pitié de l‘homme qui était lui-même l’inventeur du péché. Mais après coup on a sanctifié cette erreur pour en faire une vérité (84) ». Il eut donc pitié et cela le perdit, il en mourut, et perdit les hommes dès lors persuadés de leur faiblesse, de leur misère, de  leur culpabilité, de leur complicité, professant à leur égard le mépris qu’il leur avait enseigné.

             Du moins c’est l’argument du plus laid des hommes qui se sent persécuté par la compassion des hommes, lui qui tua celui qui en avait pitié et ainsi le méprisait, jouait le voyeur, se voulait, avec impudeur, sondeur des consciences et lui renvoyait sans cesse l’image de sa difformité (85). La propre faiblesse de Jésus ne lui permit pas de surmonter sa pitié par amour de l’homme (86), afin que celui-ci apprenne à ne plus avoir honte de ce qu’il pense et fait, afin qu’il ne se conduise plus en victime dont on a justement pitié.

         Ainsi parlait Zarathoustra - Un livre pour tous et pour personne ...      

Mais Jésus avait lui-même un trop grand besoin de l’amour de l’autre « Il se pourrait bien que sous la légende sacrée et le déguisement de la vie de Jésus se dissimule l’un des cas les plus douloureux du martyre qu’endure celui qui connait l’amour : le martyre du cœur le plus innocent et le plus avide qu’aucun amour humain ne rassasiât jamais, qui exigeait d’être, d’être aimé et rien d’autre… avec de terribles explosions de colère contre ceux qui lui refusaient leur amour… qui ayant appris à connaître l’amour humain dût inventer un Dieu qui fut tout amour (87)… »

                Terrible ironie de l’incompréhension, le Dieu d’amour crée ce Jésus fou d’amour  qui devient aux mains des chrétiens et du premier d’entre eux Paul, une terrible machine de guerre qu’anime le ressentiment à l’égard de tous ceux qui font de la souffrance et du malheur les composantes de la force de leur être.

Jésus a « dérapé », lui le naïf, l’imaginatif, le pitoyable, le candide (88) a occulté la souffrance et en a privé les hommes, il s’est fait médecin (89) au lieu de sauveur (90), il s’est fait chameau au lieu de lion et s’il fut innocent ce ne fut pas au même titre que l’enfant rédempteur qui sait qu’au jeu de la création, il faut la sainte affirmation (91).

                Peut-être eut-il pu se rétracter, mais il mourut trop tôt et l’on cria haro sur le baudet. Le pire ce fut Paul, les disciples étaient encore sous le choc mais lui eut le temps, l’énergie et la perversion nécessaire pour se donner le plus formidable instrument de vengeance, annonciateur de toutes les guerres de religion. Méthodiquement, quasi-scientifiquement, il attaqua l’impérium romanum dont il se fit le vampire au nom des juifs opprimés dont Jésus devint le champion (92), puis ce fut le tour de la caste sacerdotale juive qui régnait par l’intermédiaire de la Loi (93), des cultes, des dogmes, enfin c’est aux puissants, aux maîtres, aux personnes de distinction qu’il s’en prit « osant le renversement de l’aristocratique équation des valeurs (bon = noble ) puissant = beau = heureux = aimé de Dieu» affirmant « les misérables seuls sont les bons,… en revanche vous qui êtes nobles,… vous êtes de tous temps les mauvais (94)… ».

                Ainsi s’opéra le « soulèvement des esclaves dans la morale » c’est-à-dire le plus formidable mouvement des forces réactives qu’on vit jamais sous l’impulsion d’un homme dont la volonté de puissance lui donna la force de dominer à tout prix (95). L’antéchrist ce fut lui. A l’évangile il substitua, sans qu’on en sût rien, le dys-engelium, c’est-à-dire le moyen de faire de la haine un devoir religieux (96).

La plus ancienne représentation de Saint paul - SERAPHIM

                Avec ce génie de la haine prit fin la bonne nouvelle, il inventa la fable de Jésus ressuscité car il avait besoin de sa mort et de sa résurrection pour asseoir sa puissance sur la menace du jugement dernier et la promesse en l’immortalité. Là encore il trahit, mais il en avait l’habitude, car il transforma la promesse en la vie bienheureuse hic et nunc en l’espoir d’un paradisiaque au-delà. Jésus fut consciencieusement cloué et recloué à la croix de Paul (97). Adieu la bonne conscience, la béatitude, la réalisation du bonheur sur terre, l’innocence des passions (98), le rire salvateur pourfendeur des idoles. Avec Paul il faut être sérieux, pratiquer l’ascétisme, la purification, le mea culpa impitoyable car « la sanglante fantasmagorie de la victime (99) » est là pour rappeler aux hommes qu’ils sont mauvais (100) et qu’ils doivent mériter le paradis.

                Condamné à être un débiteur le chrétien s’abîma dans son remord et fit du prêtre son intermédiaire bienveillant, réinstaurant la distance avec Dieu que Jésus avait supprimée en supprimant l’au-delà. Le monde lui-même fut voué aux flammes du péché tandis que les quelques rares élus pouvaient  seuls se targuer de posséder une vérité qu’ils acceptaient de partager si l’on faisait vœu d’obéissance (101). Ainsi, Dame folie, la bouteille à la main (102) conquit-elle le monde (103).

 

Sans fin

                Le combat fut rude pour préserver Jésus de l’ogre chrétien qui voulait s’assimiler le monde. Pauvre Jésus, lui-même victime à la fin, de ce raz de marée. Nietzsche saura s’en souvenir pour préserver son gai savoir qui sera cependant la victime de multiples manipulations.

Mais il fut rude aussi pour Nietzsche tout préparé et prêt à céder à la séduction de ce « décadent au charme sublime morbide et enfantin » (104) et à s’apitoyer sur son sort ainsi que sur le sien.

Cependant, et même si l’Antéchrist fut un attentat contre le crucifié (105), il fallait bien se trouver un père pour s’en débarrasser. Le refoulé n’en finira pas de revenir et de l’obséder.

                Comme son Jésus Nietzsche ne se voudra ni saint, ni prophète, ni sage, ni sauveur, mais devin. Il refusera les disciples si ce n’est ceux dont il n’aura pas pitié, leur recommandant de partir seuls (106) comme seul il s’en va. « Je vous le conseille, leur dira-t-il, éloignez vous de moi… L’homme qui cherche la connaissance ne doit pas seulement savoir aimer ses ennemis mais aussi haïr ses amis » (107). Comme lui, il délivrera un joyeux message, celui d’une nouvelle pratique de vie, sans péché ni mauvaise conscience, celui de la vie intérieure, celui d’une autre réalité « ce qui vient en tout temps et n’est en tout cas jamais encore là » (108), le message d’une béatitude (109) qui est là dès qu’on la vit et agit.

                Mais Nietzsche qui n’est fils de personne, ne se veut pas non plus suiveur de quelqu’un, d’autant qu’en définitive la séduction de la croix dont Jésus fut lui-même victime doit être dénoncée comme fallacieuse si l’on veut une humanité rayonnante. Or l’héritage de Jésus est lourd à porter, triste et morbide. Il a péché par naïveté et par naïveté fut tué, son ignorance du réel lui fit ignorer que l’homme est cruel. C’est pourquoi il ne sut préserver la vie nouvelle qu’il offrait faute d’en passer par un rapport rigoureux aux choses (110).

                Il pécha aussi par esprit de sérieux lui qui ne béatifia pas ceux qui rient de ce rire doré propre aux dieux espiègles (111). Aussi son « oui » fut-il inconsistant car il n’eut pas accès à la science de celui qui souffre. Par crainte de n’être pas aimé il ne sut se détacher (112) et enseigner le détachement. Il devint la chose des hommes qui s’étaient aliénés à lui et pareil au « serpent (qui) périt lorsqu’il ne peut pas changer de peau » (113) il fut cloué sur une planche d’insectes rares sur lesquels on glose sans fin.

serpent qui mue - Photo de reptiles

                Foisonnement d’hypothèses : Jésus, la grande tentation de Nietzsche ; le modèle à abattre car on ne se pose qu’en s’opposant à un adversaire à sa hauteur ; le substitut d’un père mort trop tôt pour que l’affrontement structurant ait lieu ; ou bien le double, le frère lui aussi sans père, créateur de soi mais s’abîmant dans la mer ; frères, encore dans la quête insatisfaite de l’amour condamnée à l’insatisfaction car incompatible avec la liberté. Aimer, c’est en effet risquer de se perdre en l’autre et d’être mangé, alors comment canaliser l’amour, la différence et l’altérité? Mais ennemis aussi car le frère a déçu c’est pourquoi Nietzsche lui en veut tant, d’autant qu’il pourrait être le miroir de son propre échec. Il a déçu par son inconsistance par sa faiblesse, par son manque de clairvoyance, il a déçu, car il fut malgré tout l’investigateur du plus grand des dangers qui guette l’homme : le monothéisme. « C’est alors que l’humanité fut menacée de cet arrêt prématuré » interdisant « que chaque individu puisse édifier son propre idéal pour en déduire sa loi, ses joies, ses droits » afin d’échapper aux horizons et perspectives éternels (114). C’est pourquoi Nietzsche-alias  Saint Paul fait de Jésus sa machine de guerre cette fois contre le christianisme et toute théodicée (115). Et l’on se prend à penser que Jésus fait partie du panthéon Nietzschéen aux côtés de Bouddha,  Dionysos et d’autres dans la perspective d’un polythéisme salvateur parce que libératoire.

Dionysos — Wikipédia

                Telle sera sa dernière volonté, ou plutôt son unique volonté, volonté qui fit sa puissance, volonté de donner et de « mourir comme jadis, je le vis mourir, vainqueur, destructeur… » (116). Nietzsche aura vécu de cette quête qui l’enténèbrera. Peut-être aura-t-il été « le dernier philosophe allemand qui ai cherché Dieu avec passion » (117).

                Mais quel Dieu?

Ni celui des chrétiens qui l’ont déjà tué depuis bien longtemps, ni celui des philosophes qui ont rendu l’hypothèse inutile (118) mais celui des hommes à venir. Métaphysique et christianisme auront en tout cas eu cela de bon ; ils auront nettoyé la place pour repenser le divin car « ce n’est qu’après la mort de la religion que l’invention du divin pourra reprendre toute sa luxuriance » (119). Donc c’est du divin qu’il s’agit et non d’un dieu, même si l’apparition de Dionysos (120) pourrait nous tromper. Mais n’oublions pas que l’attachement à un être, fut-il un Dieu, enchaîne. C’est pourquoi Dionysos, comme Jésus du reste, incarne des types du divin et même si l’un est contre l’autre, l’un et l’autre doivent demeurer. La multiplicité est garante de l’innocence. A-t-il même un nom Ce Dieu?

Très tôt Nietzsche l’avait dit inconnu. En 1864, à 20 ans, il écrivait :

 

« Je veux te connaître Inconnu

Toi qui profondément te saisis de mon âme

Toi qui telle une tempête vas traversant ma vie

Toi qui es insaisissable, toi qui m’es apparenté !

Je veux te connaître et même te servir. »

 

                La révélation de Sils Maria est déjà là et la douleur aussi et le voyage dans le désert de celui qui ne vise pas un but ultime, mais trouve son plaisir au changement et au passage, à l’incertitude et au provisoire (121) en proie parfois à l’épouvantable nuit, las de voyager aussi mais toujours en quête de ce dieu inconnu qui a aussi pour nom la philosophie d’avant midi (122).

                Le joyeux message que Nietzsche divulgue dans son Zarathoustra dont la structure est étrangement christique nous découvre que la divinité consiste dans le fait qu’il y a des dieux et pas un dieu (123). Et même, allons plus loin, ne nous révèle-t-il pas que le divin n’est pas à chercher ailleurs qu’en l’homme? Le fini serait-il capable de l’infini? Dès lors Nietzsche « fait à l’humanité le plus beau présent qui lui fut jamais fait » (124), à moins que… à moins qu’un autre ne l’ait fait avant lui mais qu’il n’aurait pas voulu entendre. Nietzsche, homme du ressentiment? Se vengeant de ces raisins si beaux, si hauts qu’il préfère y voir des trompe l’œil… mais ça c’est une histoire entre Nietzsche et son double.

 

Que retiendrons-nous de ce voyage? 

                Pour notre part trois interrogations essentielles auxquelles Nietzsche fournit des perspectives ouvertes : l’amour, la liberté, la réalité.

                Au difficile problème de l’amour qui confronte l’être à son néant et le fait hésiter entre l’osmose aliénante et l’altérité blessante, Nietzche répond par un « Vade mecum, Vadetecum» (128) qui insiste sur le danger des attachements quels qu’ils soient (129) y compris à soi-même. Tout peut tuer, la lettre, l’esprit, le symbole.

                 Est-ce dès lors une irréductible condamnation à l’isolement et à la solitude, mais en sera-t-on pour autant plus heureux? Faut-il vouloir la liberté à tout prix? Nietzsche ne connaît pas ces excès. Il veut de l’homme faire un fils de Dieu, mais pour cela il faut s’aimer c’est-à-dire savoir se mépriser, savoir mépriser ce qui en nous veut l’être, l’individu, la vérité, l’absolu, au lieu du passage. Alors, et alors seulement on pourra être assez fort pour aimer l’autre sans pitié et s’en faire aimer sans l’aliéner. Qui dit amour, dit par conséquent liberté, celle du créateur qui n’attend rien de l’extérieur, mais qui se créant ouvre la voie à ceux qui par paresse et lâcheté, par abêtissement aussi et mauvaise conscience à l’égard de l’unique Créateur se définissent comme créatures. La foi est dès lors nécessaire mais la foi en soi et non en l’autre réel ou fictif, qui par amour condamne à mort. Or si l’homme est à soi-même sa création, sa vie devient une  ex-istence, un hors-de-soi projeté dans une histoire qui est son histoire. Il est dès lors ce qu’il devient, ou plutôt il sera ce qu’il devient. Le réel n’est pas l’être parménidien qui ne convient qu’à des arrière-mondes aussi illusoires que dangereux mais il est le transitoire héraclitéen, ce fleuve divin où l’on ne se baigne qu’une fois  pour y replonger à nouveau, fleuve de divine souffrance. Le réel c’est le monde qui « devient, passe, mais n’a jamais commencé à devenir, n’a jamais cessé de passer… un monstre de force » (127). Pour lui résister il faut une solide énergie, celle d’un être en bonne santé qui se rit de l’archer. Le centaure ainsi enfanté (128) peut enfin gambader dans ce temple qu’est le monde « où de vivants piliers laissent parfois sortir de vivantes paroles » (129) et où parfois dans l’air clarifié un fou seulement, un poète seulement, cherche pour trésor des images colorées (130).

 Le Voyageur contemplant une mer de nuages — Wikipédia

ANASTASIA CHOPPLET

Conférencière et Philosophe

 

(1) Dictionnaire de Voltaire : Article : Fanatisme

(2) Lettre à Overbeck 1884

(3) Gai Savoir : Livre III § 137

(4) Ecce Homo : « Pourquoi j’écris de si bons livres » § 3 in Ainsi parlait Zarathoustra

(5) Crépuscule des idoles § 2

(6) E. H. ibd

(7) Ainsi parlait Zarathoustra III « Le Marteau parle » ; Par delà le Bien et le Mal § 125

(8) Jean-Luc Marion « L’idole et la distance »

(9) Ecce Homo « Pourquoi je suis si sage » § 7

(10) A. C. § 50

(11) E. H. « Pourquoi j’écris de si bons livres »

(12) A. C. § 51

(13) A. P. Z. I § 3

(14) H. T. H. § 96

(15) Aurore § 114

(16) G. M. § 8

(17) A. P. Z. L. IV « Le plus laid des hommes »

(18) Volonté de puissance § 99  «Pour l’histoire du christianisme » 

(19) G.S. § 353

(20) A.C. § 23

(21) A.C. § 51

(22) G.T.H. § 96

(23) A.C. § 7

(24) A.C. § 15

(25) A.C. § 43 

(26) Baudelaire « L’invitation au voyage »

(27) V.P. § 385

(28) Kant « Qu’est-ce que les lumières »

(29) A.C. § 2

(30) G.M. § 24

(31) A.C. § 47

(32) A.C. § 52

(33) H.T.H.I § 475

(34) V.P. Dernier plan automne 1888 § 3

(35) A.C. § 62

(36) Fragment 1888 Cité in Boisset p 22

(37) A.C. § 39 ; H.T.H. II § 98

(38) Aurore Livre I § 84

(39) H.T.H § 113

(40) C. des I. La raison dans la philosophie § 3

(41) Dithyrambes de Dionysos : Plaintes d’Ariane

(42) PB M § 225

(43) H.T.H. § 475

(44) A.C. § 32 ; H.T.H § 113

(45) P.M.B. § 164

(46) P.M.B. § 8

(47) H.T.H. 1 § 144

(48) H.T.H. § 33

(49) P.B.M. 1ère partie § 1, § 2 ; G.M. § 24 ; C des I § 5 ; A.C. § 9

(50) H.T.H. § 33

(51) C des I 2 § 1

(52) Voir note n° 35 p 103 in Marion « L’idole et la distance »

(53) H.T.H. § 80-81

(54) A.P.Z. « Le plus laid des hommes » L. IV

(55) A.C. § 31

(56) A.C. § 32    

(57) Ibd

(58) A.C. § 34

(59) Nietzsche a repris le thème pascalien du divertissement

(60) H.T.H. I § 11

(61) A.C. § 34

(62) A.C. § 41 ; A.C. § 33 ; G.S. § 137

(63) VP § 151

(64) Dithyrambes de Dionysos : Dernière volonté

(65) Voir interprétation Marion p. 82 OPC

(66) APZ De la mort volontaire

(67) PBM § 69

(68) APZ IV Le plus laid des hommes

(69) VP § 131

(70) PBM § 269 ; VP § 131

(71) HTH II § 86

(72) HTH § 98

(73) AC § 27

(74) AC § 28 ; CdI § 34

(75) AC § 31

(76) APZ Des prêtres

(77) Aurore § 114 ; HTH § 80

(78) HTH § 47 ; II § 83

(78) HTH § 47 II § 83

(79) AC § 41

(80) GS § 141

(81) Aurore Livre IV § 221

(82) AC § 30

(83) GS Avant propos § 3 ; APZ § 5

(84) GS § 138

(85) APZ Le plus laid des hommes ; APZ II Les compatissants

(86) APZ Des prêtres

(87) PBM § 269

(88) GS § 138

(89) Aurore § 52 ; 54

(90) Au sens fort où l’entend Nietzsche et non pas au sens chrétien

(91) APZ I Les trois métamorphoses

(92) VP § 100

(93) Aurore § 68

(94) GM § 7 Bien et Mal

(95) HTH II § 68

(96) VP § 147

(97) AC § 41 ; 42

(98) GS § 139

(99) VP § 128 ; 129

(100) HTH § 113

(101) Les prisonniers

(102) GS § 147

(103) GS § 370

(104) AC § 27 ; 31

(105) Lettre à Brandes Novembre 1888

(106) VP II

(107) EH Av-propos § 4

(108) Inédit 1888 Cité in Valadier Nietzsche et le christianisme p 408

(109) KGW VIII 2.91.360

(110) AC § 30

(111) PBM § 294 ; APZ IV Des hommes supérieurs

(112) PBM § 41

(113) Aurore § 573

(114) GS § 143

(115) GS § 357

(116) Dithyrambes de Dionysos : Dernière volonté

(117) Heidegger Discours de Rectorat 1982 P 12

(118) CdI § 1 à 6

(119) VP II p 379

(120) PBM § 295

(121) VP § 379

(122) HTH § 638

(123) APZ En passant § 2 ; Les vielles et nouvelles tables § 11

(124) EH Av-propos § 3

(125) Plaisanterie, ruse et vengeance § 7

(126) PBM § 41

(127) VP § 384 ; 385

(128) Lettre à Rodhe 1870

(129) Baudelaire « Correspondance »

(130) Dithyrambes de Dionysos - Fou seulement, Poète seulement

 

BIBLIOGRAPHIE

 

G. BATAILLE – Oeuvres complètes VI Somme athéologique T II (NRF)

L. BOISSET – Visages insolites de Jésus (CTM)

CONCILIUM – Nietzsche et le christianisme (Beauchesne)

C. DUMOULIE – Nietzsche et Artaud. Pour une éthique de la cruauté (PUF)

M. HAAR – N. et la métaphysique (FEL Gallimard)

JL MARION – L’idole et la distance (Poche Biblio. Essais)

G. MOREL – Nietzsche (3 Tomes Aubier Montaigne)

NIETZSCHE – Œuvres complètes T 1, T 2 (Bouquins)

NIETZSCHE – La volonté de puissance (Poche)

X. TILIETTE – Le Christ des philosophes 2 (Cours polycopiés de l’ICP 1988)

P. VALADIER – Nietzsche : l’athée de rigueur (Desclée de Brouwer)

P. VALADIER – Jésus Christ ou Dionysos (Jésus et Jésus Christ n° 10 Desclée)

P. VALADIER – Nietzsche et la critique du christianisme (Cogitato Fidéi. Cerf)

 

 

INDEX RERUM

 

 

Athéisme                            GM § 20 ; 27 ; 29

 

Antéchrist                           AC § 47

 

Amour                                 HTH I § 523 ; § 95

                                               PBM § 7 ; 67 ; 269

                                               A § 132

                                               APZ : I ; II « Des Compatissants » ; III « Le voyageur »

                                               EH § 4

                                               GS § 345

                                               CW § 2

                                               AC § 23 ; 30

 

Béatitude                           GM § 17

                                               AC § 51

                                               NT § 15

 

Compassion                       EH § 4

 

Pitié                                      HTH I § 50

                                               HTH II § 45

                                               A § 135

                                               GS § 338

                                               PBM § 222

                                               GM § 14

                                               AC § 7  

 

Croix                                     A Livre 1 § 68

                                               APZ II Des prêtres

                                               APZ IV § 12

                                               APZ IV Hors de service

                                               PBM § 46 ; 229

                                               AC § 39 ; 40 ; 51 ; 58

 

Crucifié                                A Livre I § 77

                                               APZ III § 26

                                               GM § 21

 

Cruauté                               PBM § 55

                                               GM § 7

                                               EH La généalogie de la morale Pamphlet

 

Douleur                               GS Livre IV § 318

                                               PBM § 270 ; 271

                                               GM § 7

                                               CdI § 4

 

Dostoïevski                        AC § 31

 

Décadent                            CdI § 35

                                               AC § 24 ; 58

 

Dieu                                      A § 93. 94

                                               APZ II Dans les îles bienheureuses ; IV § 2

                                               GM § 22 ; 21 ; 25

                                               AC § 16 ; 25 ; 26

                                               Dithyrambes de Dionysos : Plaintes d’Ariane

 

Enfant                                  APZ I Les trois métamorphoses

                                               PBM § 57

                                               AC § 41

 

Erreurs                                 HTH I § 25 ; 226

                                               GS § 115 ; 346

                                               CdI § 1 ; 3 ; 4 ; 7

                                               GM § 24

                                               AC § 47

                                               EH § 2 

 

Vérité                                   HTH § 53 ; 54

                                               PBM 1ère partie § 1 ; 2

                                               GM § 24

                                               CdI § 1 à 6

                                               AC § 9 ; 53

                                               Dithyrambes : Fou seulement ! Poète seulement !

 

Evangiles                             CW Epilogue

                                               AC § 27 à 45

 

Foi                                         PBM § 46 ; 287

                                               EH § 4 Avant-propos

 

Fondateur de religion    GS Livre V § 353

                                               EH § 4 Avant-propos

 

Fou-Folie                            A § 14 ; 451 GS § 107

                                               PBM § 178

                                               Dithyrambes : Fou seulement !

                                               EH § 8

 

Génie                                   HTH I § 635

                                               A § 538

                                               PBM § 248

                                               CdI § 44

                                               AC § 29

 

Héros                                   AC § 29

                                               ZAR I Des Hommes sublimes

 

Intérieur/Intériorité       CdI § 3

                                               Cons. Inact II § 4

 

Idée ecclésiastique

du monde                          EH Pourquoi je suis un destin § 8

                                               AC § 26 ; 43 ; 49

                                               EH § 7

 

Innocence                          HTH § 107

                                               A § 321

                                               APZ II « L’immaculée connaissance »

                                               CdI § 8

 

Jugement

1) dernier                           AC § 31

                                               CdI Flâneries § 34

2) moral                               CdI § 1 

 

Juif                                        A § 71 ; 205 ; 314

                                               GS § 361 ; 136

                                               PBM § 195 ; 248

                                               GM § 7 ; 16

                                               AC § 24 ; 44       

 

Justice                                  APZ Des vertueux ; IV § 1 Le réveil ; La fête de l’âne

                                               CdI § 48 ; 20

                                               PBM § 62

                                               HTH § 92 ; 451

 

Mal                                        GS Livre IV § 19

 

Messager                            EH Pourquoi je suis un destin § 1

 

Médecin                             THI § 243

                                               A § 52 ; 54

                                               AII § 134

                                               GM § 17

                                               CdI § 36

 

Malade                                GM § 14

                                               CdI § 2

 

Dieu est mort                    GS § 125

                                               APZ § 2

                                               APZ II Des compatissants

 

Mort                                     HTH § 187

                                               CdI § 36

                                               Dithyrambes « Dernière volonté »

 

Mystique                            GS § 126 ; appendice

                                               EH § 3 Pourquoi j’écris de si bons livres

                                               PBM § 205

                                               NT § 5

 

Péché                                   A § 53 ; 202

                                               GS § 135 ; 138

                                               GM § 16 ; 20

                                               AC § 41

 

Père                                      APZ II Des tarentules

 

Personne                            PBM § 41

 

Pharisien                             PBM § 135

                                               AC § 40

 

Pieux                                    HTH II § 93

 

Paysage (climat)               CW § 2

                                               AC § 21

 

Plaisir                                   AC § 51

 

Polythéisme                      GS § 292 ; Livre IV § 326

 

Psychologie                       HTH I

 

Rédemption                      APZ II De la rédemption

                                               AC § 33

 

Résurrection                     APZ II Le chant du tombeau

                                               AC § 41

 

Bien / Mal                           APZ III Des vieilles et nouvelles tables

 

Rire                                       APZ III

                                               APZ IV § 20

 

Royaume de cieux           AC § 15 ; 17

 

Sacrifice                               A Livre IV § 221

                                               PBM § 55 ; 46

 

Sagesse                                GS § 351

                                               CdI Le problème de Socrate I

 

Sauveur                               HTH § 47

                                               GS § 370

                                               AC § 24 ; 28… ; 49

 

Souffrance                         NT § 4

                                               A § 18 ; 114 ; 140

                                               PBM § 225 ; 293

                                               CdI § 34

 

Saint Paul                            HTH § 85 II ; 68 ; 94 ; 118

                                               GS § 138 ; 139

                                               AC § 41 ; 42 ; 43 ; 45 ; 47 ; 58

               

 

Symbole                              HTH I § 11

                                               A § 526

                                               GS § 58

                                               AC § 32 et 24

                                               APZ III § 2

                                               EH § 4 Pourquoi je suis si sage

 

Terre                                    APZ I § 3 ; 2

                                               APZ III § 3

 

Vie                                         GS § 370

                                               PBM § 259

                                               EH § 3

 

Vertu                                    GS § 21

                                               GM 11

 

 

INDEX DES REFERENCES A JESUS SOUS SES DIVERSES APPELATIONS

 

Considération inactuelles : 1873 – 76

                                               § 7 ; 12

 

Humain trop humain : I 1878 ; II 1880

                                               § 47 ; 113 ; 144 ; 235 ; 475

                                               § 33 ; 96 ; 98

                                               II § 33 ; 80 ; 83 ; 86

 

Aurore : 1881

                                               § 68 ; 71 ; 84 ; 114

 

Gai Savoir : 1882

                                               § 137 ; 138 ; 140 ; 353

 

Ainsi parlait Zarathoustra

                                               Livre I : de la mort volontaire

                                               Livre IV : le plus laid des hommes

 

Par delà le Bien et le Mal : 1886

                                               § 164 ; 225 ; 269

 

Généalogie de la morale : 1887

                                               § 7 ; 8

 

Antéchrist : 1888

 

Volonté de puissance

                                               § 89 ; 99 ; 100 ; 102 ; 103 ; 104 ; 105 ; 116 ; 128 ; 129 ; 131 ; 134 ; 141 ; 147

 

L’instinct de décadence chez l’homme bon. Plan automne n° 2 § 385                     

               

 

 

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