LES TAOLENNOU OU TABLEAUX DE MISSION
LES TAOLENNOU OU TABLEAUX DE MISSION
L’EVANGELISATION EN BRETAGNE AU XVIIème SIECLE
SUR LA VOIE
Les « taolennou » (1) terme étrange qui fleure un certain exotisme, pourtant il est breton et retentit pendant trois siècles d’un bout à l’autre de la Bretagne. Il retentit même haut et fort dans la bouche des taolenneurs qui évangélisaient à la baguette (2) une population craintive et fascinée. Il n’est à ce propos que de lire les souvenirs de Norbert Hélias dans le « Cheval d’orgueil » (3). Pourquoi évoquer, si ce n’est à titre anecdotique ce moyen désuet, naïf, maladroit et souvent menaçant grâce auquel les missionnaires diffusaient l’Evangile ? Tout d’abord parce que le propos est encore d’une parfaite actualité et en effet l’on rencontre tant en Afrique qu’en Asie, ces images qui en mettant le pécheur en face du miroir de son cœur sont censées opérer sa conversion. Or, après Vatican II on est stupéfait de constater que la mission puisse encore être conçue en ces termes. C’est pourquoi il nous a semblé nécessaire de procéder à une enquête historique nous permettant de cerner les origines de cette pratique. Chemin faisant nous avons été confrontés au Concile de Trente sans l’évocation duquel on ne peut comprendre comment fut conçue la mission et comment elle l’est encore sur certains continents.
En second lieu, le choix d’images comme support de l’évangélisation nous a amenés à réfléchir sur le statut de celles-ci puisqu’on sait de quel interdit les frappe le second commandement. Comment dès lors éviter le piège de l’idolâtrie et faire de ce qui est anathématisé un objet de dévotion ? Cependant sachant que les vitraux étaient considérés comme la « Bible des ignorants » c’est vers cette piste d’explication que nous nous sommes orientés en nous demandant à quelle population cette BD à caractère sacré était destinée, quelles fonctions elle était censée assumer, quels objectifs elle poursuivait. Mais cela ne suffisait pas, car après tout l’emploi de l’image en pastorale n’était pas nouveau, par contre l’élaboration de Cartes, dans un premier temps (XVIème siècle) puis de Cœurs (XVIIème siècle) enfin de Tableaux (XIX – XXème siècles) était assez particulier pour en rechercher l’origine. Le choix en effet d’une figure repose toujours sur des présupposés, en l’occurrence anthropologiques et mystiques. Or, lorsqu’on sait que ces images s’intitulaient aussi Tableaux énigmatiques, on devine que sous l’apparente naïveté se cachent des degrés de lecture, ceux la même pratiqués au Moyen Age pour la compréhension des textes sacrés. Ceci laisse augurer une analogie profonde entre l’énigme du cœur de l’homme et celle de la Révélation que dévoilent progressivement et initiatiquement les séries de Miroirs. Ceux-ci apparaissent alors comme un jeu complexe de symboles ou plutôt d’allégories que le missionnaire a pour fonction d’interpréter. De la sorte la mission ne consiste pas seulement à convertir en enseignant les Evangiles, mais avant tout à mettre l’homme, en l’occurrence le pécheur, face à un cœur qui épuré de ses scories aura l’humilité requise pour entendre l’oraison cordiale.
Enfin le dernier point qui a retenu notre attention a été celui des problèmes d’acculturation, inculturation, déculturation que pose la mission en général et celle-ci en particulier. Il serait en effet superficiel de penser que les missionnaires procédaient à une éradication féroce des mœurs et des coutumes. Bien sûr l’état moral des populations qui s’adonnaient souvent et joyeusement aux sept pêchers capitaux demandait des interventions énergiques mais les missionnaires, pour la plupart des jésuites, avaient appris à composer avec l’esprit du temps et ils n’hésitaient pas à se mettre au diapason de leurs futures ouailles comme l’indique le choix d’images, évoquant la vie quotidienne , le recours à des chansons du cru dont les paroles deviennent celle d’un psaume, ou encore l’emploi du breton pour s’adresser aux futurs fidèles.
Mais avant tout il s’agissait pour nous d’évaluer la légitimité de la mission, qui, nous semble-t-il, était et est peut-être encore toujours menacée par la tentation de l’utopie, laquelle ne va pas sans celle de l’idéologie totalitaire présupposant à son tour une anthropologie infantilisante. Alors les miroirs, étape sur la voie qui mène de l’allégorie à l’anagogie ou bien véhicule de menaces qui occultent le Dieu humble d’amour au profit du Dieu tout puissant du jugement ?
SOMMAIRE
Sur la voie
I – LES ORIGINES DE LA MISSION EN BRETAGNE
1. Les origines conciliaires
2. Origine du choix de la métaphore du cœur
3. Origine du choix de l’image
4. Les fondements de l’image
II – LE SENS DE LA MISSION
1. Nature et fonction de la mission
2. Critique des représentations
3. Problème d’acculturation
A l’horizon
Iconographie : images accompagnées de textes
Annexes n°1 à 18
Notes et Bibliographie
I – Les origines de la mission en Bretagne
1) les origines conciliaires
Pour comprendre l’esprit de la mission dans le monde chrétien à l’époque, il est nécessaire de se reporter aux décrets du Concile de Trente qui dessinent le paysage moral et spirituel du christianisme postérieur. Quelques traits intéressent particulièrement notre propos. Tout d’abord la peur. En effet la théologie post tridentine est une théologie de la peur (4), visant à in-quiéter le pêcheur afin qu’il opère une rapide et nécessaire conversion. Traduite en images, cette théologie s’incarne en des animaux plus ou moins répugnants, diable grimaçant en majesté et surtout représentations terrifiantes du pêcheur non repenti sur son lit de mort, ainsi que des tourments qui l’attendent en enfer où il grillera sur un lit de flammes ardentes. La mort est là, omniprésent, c’est l’Ankou qui au quotidien emporte les marins pêcheurs, sème la peste ou le choléra.
En second lieu c’est une théologie des œuvres puisque l’homme doit son salut à son mérite. Non pas que la grâce soit absente mais elle ne joue pas le rôle de premier plan que lui avait accordé la Réforme. Du reste on remarque que la présence de l’Eglise est rare dans les Taolennnou, l’homme face à lui-même comme à Dieu, symbolisé en général par l’œil de la conscience, n’est généralement accompagné que de son ange gardien. Notons au passage que la dévotion aux anges à laquelle les jésuites qui constituaient le contingent des missionnaires en Bretagne étaient favorables, est l’un des traits de la Contre Réforme. A celui-ci il faut ajouter l’eucharistie, la Vierge et les Saints qui sont autant de truchements de la conversion tandis que l’Esprit Saint omniprésent dans tous les Tableaux signifie l’invisible Présence. Sujet conscient, l’homme est de ce fait libre et en conséquence responsable des choix toujours contingents qui peuvent assurer son salut ou entraîner sa chute. La contingence est du reste l’un des thèmes majeurs des Tableaux lorsqu’on observe la série des douze, on voit s’y développer en un mouvement infini, la succession de l’état de pêcheur à celui de converti puis de pêcheur à nouveau. Le mal n’est jamais éradiqué, il rôde toujours autour du cœur corruptible. La représentation de l’homme est donc invariablement celle d’un être faible, mais dont la force est de le savoir.
Par ailleurs le catholicisme post tridentin est profondément populaire. C’est pourquoi les missionnaires vont vers les pêcheurs en battant la campagne et en rendant accessible une théologie savante afin d’assurer un compromis entre celle-ci et la sensibilité populaire que symbolise l’emploi des cœurs. Aussi justifie-t-il le culte des reliques comme des images et des Saints. Du reste lorsque le peuple commença à déconsidérer les Tableaux, l’évêque de Cornouaille n’hésita pas à promulguer une indulgence pour encourager les fidèles à assister à l’exercice des Taolennou (5). Populaires les Tableaux le sont d’autant plus que la vie quotidienne des Bretons y est évoquée fournissant un aperçu sociologique de la population, qu’il s’agisse des coutumes, de l’architecture des églises, des corps de métier, des jeux, instruments de musique, loisirs (souvent des réunions aux cabarets ou bien des fêtes villageoises qui sont autant de thèmes pour les Taolenneurs fustigeant les pêcheurs (6)). Mais c’est aussi tout un univers fantastique que l’on y découvre nous révélant entre autre un imaginaire où l’animal fait figure d’incarnation du diable. Bien sûr rien n’est gratuit et chaque motif a en même temps une valeur morale voire spirituelle sur la voie de la conversion.
Au Breton parcoureur de mers, c’est sous la forme de cartes que s’adresse l’initiateur des missionnaires le Père Le Nobletz,
car de même que le marin cherche sa voie sur les mers tempétueuses afin de se garder en vie, de même le pêcheur doit-il chercher la sienne pour assurer son Salut. On aura remarqué l’habileté de la démarche car tout en tenant compte de l’univers quotidien des bretons afin de ne pas les dépayser c’est cependant là qu’agit le malin de façon d’autant plus insidieuse et pernicieuse. Ne pas effaroucher les fidèles et cependant combattre les superstitions (7) tel est le but de la manœuvre qui nous dévoile l’une des stratégies de la déculturation.
Enfin dernier acquis du Concile de Trente intéressant notre propos, la volonté de réformer le clergé en commençant par les Evêques tant pour accroître leur pouvoir que pour leur rappeler les devoirs de leurs charges. Eux-mêmes tirent des leçons de la littérature dite des « miroirs » qui est le pendant écrit des Miroirs peints. Ainsi le clergé et la population à évangéliser ont-ils une base commune qui signifie la volonté unitaire du Concile désirant instaurer une doctrine claire et rassurance, une théologie cohérente enseignée par un clergé compétent, discipliné, attentif à son devoir pastoral. Et il faut souligner que les missionnaires jésuites en Bretagne furent un modèle pour le clergé rénové puisqu’ils pratiquaient cette cure des âmes fondée sur l’office divin et la célébration des messes propitiatoires. Ce qui n’est pas sans excès notable lorsque le P Maunoir comptabilise jusqu’à 30 000 hosties distribuées par sept prêtres durant 63 heurs de communion. Hormis cet esprit missionnaire engagé, voire combatif, Trente donna une place considérable aux ordres religieux, et spécialement actifs, dont la Compagnie de Jésus était le modèle. Du reste ceux-ci utilisèrent des Tableaux similaires pour évangéliser les indiens Guaranis au Paraguay. Ainsi Trente poursuivit-il deux objectifs : donner un catéchisme et des pasteurs au peuple de Dieu, comme en témoignent un certain nombre de décrets que nous proposons au lecteur (8).
Dans le détail ceux-ci portent sur :
-le rôle du clergé
- la grâce et les mérites. Ce qui suppose la valeur éminente accordée à la liberté et à la volonté du pêcheur
- le Saint sacrement
- la confession. Laquelle s’avérait un impératif catégorique à la pénitence, précédée de l’attrition et de la contrition
- la formation de la jeunesse et la constitution d’un corps de séminaristes dans tous les diocèses
- l’emploi de la langue vulgaire
- le culte des images du Christ, de la Vierge Marie et des Saints.
Ce canon cautionne pleinement l’emploi des images, en explicite le rôle et les fonctions, ainsi que le statut de l’image. Celle-ci remplit avant tout une fonction didactique et se révèle un instrument pédagogique prééminent pour une population illettrée. Elle illustre en effet les miracles accomplis par Jésus Christ, enseigne les dogmes, incite à l’imitation mais préserve toujours la distance requise entre l’idole et l’icône. C’est ainsi une véritable codification de l’image normalisée qu’élabore le Concile.
Enfin nous avons placé en vis-à-vis des Taolennou concernés les décrets sur : la contrition : la pénitence : la rechute : le jugement divin : la persévérance.
2) Origine du choix de la métaphore du cœur
Il serait tout à fait hors de propos de vouloir retracer la genèse de ce choix privilégié de l’image du cœur, disons simplement que son usage est cautionné par toute une littérature d’ordre philosphico –théologique avec : Saint Augustin (9) qui insiste sur le cœur comme lieu de la rencontre de Dieu en tant qu’il signifie l’intériorité silencieuse propice au recueillement et avant tout à la connaissance de soi comme pêcheur et néanmoins capax dei. ; l’Ancienne et la Nouvelle Alliance (10) où le cœur, cité plus de 1000 fois, signifie, successivement, un organe, (dimension physiologique) l’âme, l’ensemble de facultés spirituelles et morales de l’homme. En tant que tel il est le siège de la pensée, de la sagesse, de la mémoire, de la volonté, des passions, de la conscience et des sentiments. Autrement dit son statut est des plus ambigus puisqu’il concilie des contraires. C’est pourquoi les Miroirs du cœur sont aussi nommés énigmatiques car le cœur n’est pas sans référer à la complexité de l’être et à l’énigme de sa relation à Dieu. N’est-il pas du reste étonnant que le même support puisse tour à tour présenter l’état moral du pêcheur comme celui du converti ?
Enfin c’est dans l’oraison cordiale que s’origine l’usage du cœur. L’Oraison du cœur est une prière d’ordre mystique qui apprend à monter dans la déification par la voie descendante de la kénose. Or la prière ayant pour lieu le cœur tout le travail sur soi consiste à « retourner » l’esprit dans le coeur afin cependant de les réunir « en Jésus-Christ au sein du Père caché en sa divinité ». Le cœur se révèle donc le topos de Dieu. A l’observation des Miroirs on remarque que tous les ingrédients sont présents, le visage surmontant le cœur pour représenter l’esprit mais aussi la relation à l’extériorité, les yeux du converti mi-clos et tournés vers l’intérieur, l’Esprit Saint symbolisé par des flammes ou une colombe, Dieu le père en majesté dans le cœur de celui qui connaît la ferveur, enfin le Fils en croix ou en majesté. Les Miroirs sont donc autant d’étapes sur la voie de la conversion, comme les Cartes le sont dans la recherche d’un orient (11). Le cœur reflète donc tout à la fois l’état actuel de l’âme du pêcheur mais aussi l’inhabitation divine dont il est le miroir. Aussi assiste-t-on à une métaphorisation du cœur qui est, de ce fait, le support d’infinis déplacements. C’est pourquoi plus qu’une métaphore ou un symbole, il nous semble être une allégorie, celle du passage possible du cœur à un autre état que celui que connaît le pêcheur. Ceci suppose une métaphysique du Vide d’inspiration mystique et il faudrait du reste ne pas oublier l’influence des exercices spirituels d’Ignace de Loyola. Vide nécessaire pour que le cœur apuré puisse recueillir Dieu à condition de fermer la porte des sens comme y invitent yeux fermés du converti qui (12) a su, avec l’aide de Jésus Christ ouvrir les 7 sceaux qui empêchent la descente intérieure de l’âme, à savoir : le péché, l’attachement aux biens de la terre, au plaisir des sens extérieurs, aux passions et sens intérieurs, l’emploi propriétaire des puissances de l’âme, l’attachement à sa propre vie, l’attachement aux dons de Dieu. Lorsque l’âme les a successivement brisés elle rejoint le cœur de Jésus ressuscité qui l’entraîne avec lui « pour s’abysmer heureusement dans la glorieuse immensité de sa divinité ». Ce n’est pas autre chose que cette vision que nous offre l’image de la Ferveur où l’œil intérieur mi-clos dit assez le recueillement de l’âme en la Sainte Trinité. Mais la tentation qui suit immédiatement indique aussi que ce point miraculeux d’abandon plénier est aussi évanouissant qu’est erratique le cœur de l’homme. En tout cas il ne nous semble pas arbitraire de supposer que les Taolennou, comme les textes bibliques, pouvaient être l’objet d’un discours de type herméneutique en quatre stades : historique (c’est l’espace temps quotidien du Tableau) ; allégorique (c’est le cœur comme miroir de l’âme) ; tropologique (c’est l’éducation morale apurant le cœur de ses péchés) ; anagogique (c’est le seuil mystique, la fusion de l’homme en Dieu). L’objectif ultime est de préparer les vivants à la mort comme l’attestent les Tableaux de la bonne et de la mauvaise mort qui clôturent la série des Miroirs. Là encore le discours et l’image se correspondent puisque tandis que l’un décrit verbalement les affres de la mort du pécheur et l’invite à penser constamment à celle-ci (13) tout comme Montaigne constatant que philosopher c’est apprendre à mourir, l’autre illustre le combat intérieur que mène une âme taraudée par les démons. Un texte du commentaire du Taolenn de la mauvaise mort (14), susceptible de correspondre à tous les tableaux de ce type, souligne l’urgence de la situation du pêcheur qu’illustre l’image qui n’économise pas les figures de l’horreur. L’ange se retire, tandis que le diable présente le livre des comptes, les objets du pécher sont dispersés au sol et les flammes sont déjà là qui attendent le pêcheur irrémédiablement condamné. L’image est bien sûr naïve, mais l’efficacité assurée aux dires mêmes des pères qui voyaient se démultiplier les conversions.
3) Origine du choix de l’image
Afin de comprendre le choix de ce véhicule de la foi il faut d’une part se resituer par rapport à la querelle iconoclaste et à la Réforme et d’autre part dans le cadre de l’éthique et l’esthétique du Moyen-Age.
D’un côté en effet Trente prend parti pour l’image tout en menaçant d’anathème celui qui lui rendrait un culte. De l’autre le XVIème siècle hérite d’une iconographie familière aux populations qui la voient sur les cathédrales, retables, autels portatifs… Par conséquent l’image rend accessible un contenu spirituel en l’incarnant dans un système de représentations connues.
L’art du Moyen Age possède cinq caractéristiques qui nous intéressent particulièrement.
a) L’art du Moyen Age est une écriture sacrée, ayant un code de signes arrangés de façon conventionnelle. De même les Taolenou recourent-ils à un ensemble de signifiants, le cœur, les animaux, la figure du diable, l’ange gardien, l’œil (la conscience), les flammes (grâce) le triangle (trinité), la croix, les objets de la passion, l’étoile (la foi) qui n’évolueront pas au cours des siècles et qui chacun incarne allégoriquement un signifié spécifique. Cependant chaque signe peut être l’objet d’une herméneutique amenant jusqu’au seuil de l’anagogie.
b)
C’est aussi une mathématique sacrée où, place, ordonnance, symétrie ont un sens. En l’occurrence, on observe toujours dans les Tableaux, 7 animaux ; la paon à gauche (quoi qu’avec des exceptions modernes) ; l’ange gardien à gauche ; le signe de Dieu à gauche ; les 7 sceaux organisés verticalement.
c) S’observe aussi une hiérarchie spécifique, ainsi le Christ ou la croix, ou le diable sont-ils toujours au centre du cœur ; la tortue ou l’escargot en bas, le crapaud en haut…
d) Une synthèse stéréotypée qui est dans l’art du Moyen Age l’expression d’une harmonie mystérieuse se retrouve dans les Taolennou. Ainsi les yeux de l’homme sont-ils soit tous deux ouverts sur le monde, soit mi-clos dans une expression d’intériorité, soit l’un ouvert l’autre fermé lorsque la tentation revient.
Dans le même ordre d’idées les chiffres contiennent le secret du monde : 3 : trinité et âme, toutes choses spirituelles ; 4 ; choses matérielles, la terre ; 7 : 3 + 4, c'est-à-dire union du corps et de l’âme. Ainsi y-a-t-il 7 âges de l’homme, 7 vertus, 7 sacrements, 7 péchés capitaux, 7 sceaux.
e) Enfin cet art se présente comme un langage allégorique, puisqu’à l’instar de Dieu qui voile la révélation, l’art renvoie à autre chose qu’à soi en opérant d’infinis déplacements permettant l’accès au divin.
En règle générale on observe un désintérêt pour la réalité, voir pour l’esthétique, les Taolennau ne sont pas là pour plaire mais éduquer.
Par ailleurs les Taolennou puisent aussi leur inspiration dans l’œuvre de V. de Beauvais, le « Speculum Majus » (1624) constitué de quatre parties intitulées Miroir : de la Nature, de la Science, de la Morale, de l’Histoire. Le monde matériel y est la figure du monde moral, ainsi la rose symbolise-t-elle le sang des martyrs ; l’ortie, le vice ; la paille, le pécheur ; bourgeons et feuilles enveloppées, la jeunesse et la puissance ; branches, tiges et vignes, la fécondité, tout signe que l’on retrouve sur la Carte de la Croix. De même le monde animal donne-t-il naissance à un bestiaire symbolique qui nous permet de mieux comprendre les figures des Taolennou. Ainsi l’éléphant est-il le plus froid des animaux ; le veau est la victime que l’on immole ; le lion incarne le courage et en l’occurrence la colère ; l’aigle symbolise l’élévation (quoiqu’il devienne celui de l’orgueil dans certains tableaux ; l’aspic, qui est une espèce de dragon, est l’image du pécheur fermant yeux et oreilles à la Parole.
Cependant on y rencontre peu de monstres, le monstrueux est ramené au cœur de l’homme qui se donne en spectacle (speculum : miroir, spectacle) et fait l’objet d’une mise en scène assez théâtrale où l’on voit l’âme mener un combat contre le mal, à l’instar du Christ venu apporter la guerre et non la paix.

Il est bon aussi de mentionner Honorius d’Autun qui représente la vertu par une échelle, à l’instar de celle de Jacob,et l’on retrouve en effet tant dans la Carte de la Croix, que dans le Taolennou n°28, ou dans celui de la Dévotion, l’image des degrés à monter. Ainsi la carte de la Croix présente-t-elle trois voies, l’une vers l’Enfer, l’autre vers le Paradis, la troisième (à gauche) n’étant que l’illusion de celui-ci, de chacune sept degrés qui peuvent s’interpréter comme les sept vies et sept vertus au nombre desquels les trois vertus théologales (foi ≠ idolâtrie ; espérance ≠ désespoir ; charité ≠ avarice) et les quatre vertus cardinales (tempérance, force, prudence, justice). De la sorte la Carte est une véritable théologie par l’image illustrant le fondement, l’élévation et le couronnement en Dieu et en l’amour du prochain. Le tout s’ordonne hiérarchiquement (à la droite du tableau) en Jésus Christ qui accueille le croyant.
Au terme de cette rapide analyse on peut affirmer que l’on a bien à faire à une combinatoire d’allégories puisque celles-ci recherchent, à la différence du symbole, le particulier en vue du général. L’allégorie est l’expression d’idées, en l’occurrence spirituelles et morales, au moyen d’images dans lesquelles l’élément intellectuel prévalant, la taolenneurs s’avèrent nécessaires pour décrypter le code. Le Taolenn rend donc compte à la fois de l’état de l’âme de l’homme mais de plus il l’insère dans une histoire, celle de son salut, comme le signifie la série des douze tableaux au regard desquels on peut mettre des textes édifiants (15).
4) Les fonctions de l’image
En conclusion de cette analyse de l’image nous pouvons noter que celle-ci était le véhicule privilégié d’une pédagogie de choc, visant avant tout à émouvoir mais supposant aussi que l’émotionnel était le truchement privilégié, et pas seulement pour les ignorants, de l’intelligibilité de la Bonne Parole, ainsi que des commandements (16) à observer pour assurer son Salut.
Celui-ci dépendant des mérites du pécheur les Cartes mettent en valeur la pénibilité quotidienne de l’effort à faire, mais aussi son caractère énigmatique et aléatoire. Aussi les diables environnent-ils le cœur, toujours prêts à y revenir. L’énigme est aussi signifiée par l’allégorie complexe de saynètes dont le sens n’est pas immédiatement saisissable et ce afin de piquer la curiosité. Cependant les tableaux se veulent simples, c’est pourquoi les signes sont toujours les mêmes, d’un contenu unique et précis, ce qui explique qu’au fil des siècles des scènes réalistes succèderont aux Cœurs rendant compte parfois d’une réalité historique et politique fortement idéologique (Marx-Staline-Lénine-Hitler-Blum, côte à côte en Enfer). Ainsi les tableaux du XIXème siècle dénonceront-ils les formes modernes de la tentation : la femme, les politiciens, la rébellion prolétarienne, le juif, la ville, au profit d’une civilisation paroissiale.
Les images frappent et sont en conséquence des procédés mnémotechniques et (audio) visuels privilégiés, ce qui suppose une prééminence de la vue sur l’ouïe. Fidèles à la tradition hellénique mais aussi philosophique européenne identifiant la vue, la lumière, la raison, l’intuition (in-tueri), l’évidence (videre : voir), les missionnaires font donc de la vision un vecteur privilégié de l’intelligence, puisqu’elle permet un contact immédiat avec l’objet et se révèle par conséquent le support de la vérité définie comme adequatio rei et intellectu.
Par ailleurs, ce qui est un détail pratique ayant son importance, les tableaux sont facilement transportables car soit ce sont des parchemins enroulables, soit des tableaux de petites dimensions et en conséquence exposables en tout lieu.
Les raisons du succès des Taolennou sont donc à la fois d’ordre :
- pédagogique : graphie simple, bande dessinée, stimulation de l’imagination (17).
- psychologique : on y parle des hommes, de leurs inquiétudes et on lui permet d’accéder à une connaissance de soi.
- spirituel :
* Le cœur représente l’énigme de l’intériorité de l’homme tant spirituelle que physique. N’oublions pas que Descartes décrit le corps comme une machine, qu’Harvey découvre le fonctionnement de la circulation sanguine et que Vaucanson, grâce à ses automates présente le corps à la fois comme le lieu d’un inconnu troublant mais cependant compréhensible.
* En second lieu le cœur est le siège d’affects contradictoires et illustre une anthropologie de type pessimiste puisque le mal y siège même s’il peut en être éloigné. L’affrontement normal-pathologique se joue sur le plan spirituel et le cœur témoigne d’une quasi fascination pour l’énigmatique et le monstrueux.
* Enfin l’homme prend conscience de soi grâce à une méditation sur soi originée dans une inquiétude spirituelle d’où le qualitatif de tableaux énigmatiques.
- existentiel : l’individu taraudé par des angoisses existentielles se demande qui il est et se découvre un monstre, une anomalie au sein de la création. C’est pourquoi il a peur de soi, se vit coupable, craint la mort et l’au-delà.
- éthique : le cœur est le lieu d’une psychomathie ainsi que d’une dénonciation des hypocrisies qu’illustre la disparité du visage du pécheur, beau, propre et bien poudré, tandis que son cœur enfin dévoilé abrite des monstres. D’où le nom de Tableaux ou Images morales car elles sont censées instruire les cœurs sur la façon de vivre dans le monde sous le regard de Dieu.
- sotériologique : les Tableaux offrent les réponses fournies par la théologie à l’état de pécheur. Ce sont la conversion grâce à un changement de vie, au courage d’affronter ses monstres, à celui de réprimer ses désirs, de faire retraites, pèlerinages et exercices jusqu’à ce que peu à peu le visage du pécheur devienne celui du repenti. Du reste le changement des expressions, de la toilette, du regard et de son orientation est très sensible au fil des Tableaux.
- mystique : tout concourt à faire ressentir la possible fusion de l’homme et de Dieu, sans toutefois de confusion, selon l’inhabitation trinitaire d’inspiration johannique.
Pour toutes ces raisons on peut dire que le travail fait par les missionnaires fut, sans doute un travail durable non seulement à cause de leur vaillance (18) mais aussi grâce à leur tactique visant à créer du déséquilibre dans les cœurs et le société en y installant le doute quant à la moralité des mœurs, et à négliger leur stratégie visant à l’établissement du christianisme par l’intermédiaire de la conversion des clercs, de la formation des prédicateurs, de l’usage de relais laïcs féminins, de la création de retraites et de l’adaptation à la culture indigène. De la sorte c’est une véritable civilisation paroissiale que les missionnaires mirent en place, pour preuve les Taolennou y furent utilisés jusqu’à 1950, ce qui explique sans doute que la Bretagne soit, actuellement moins touchée par le phénomène des sectes et de l’athéisme.
II – Le sens de la mission
Dans cette seconde partie nous voudrions faire d’une part le point sur la façon dont la mission était conçue à l’époque et même jusqu’à nos jours dans certains pays, aussi évoquerons-nous les descendances étrangères ; d’autre part procéder à une analyse de diverses représentations de l’homme, du monde et de l’Eglise ainsi véhiculées, ce qui s’accompagnera d’une critique d’ordre idéologique ; enfin envisager les problèmes afférents à l’acculturation.
L’état de la société de l’Ancien Régime, en ce qui concerne surtout le peuple, s’inscrivait globalement sous le signes de l’exclusion , de la marginalisation, du déracinement avec sa cohorte de divertissements, abus de boissons, bacchanales, qui avaient pour corollaires la négligence des offices, le mépris des lieus saints, l’irreligion, l’amoralité.
D’où un énergique effort d’évangélisation assorti d’une moralisation non seulement du peuple mais aussi de la noblesse comme en témoignent les visages poudrés et perruqués des Miroirs. C’est pourquoi le concubinage, les divorces, naissances illégitimes furent l’objet de fustigation. De même la taverne souvent représentée sur les Taolennou devint la bête noire de l’Eglise. L’oisiveté fut combattue en tant que mère de tous les vices, et les superstitions (se couper les ongles le vendredi ; l’usage des psaumes pour retrouver des objets perdus) furent éradiquées, quoique les missionnaires n’hésitassent pas à recourir aux pratiques magiques, telles que les processions contre les intempéries. Les missionnaires eurent bien sûr à cœur d’enseigner le respect des lieux saints, l’austérité, la régularité, la connaissance des écritures ainsi que le sentiment de culpabilité, et ce grâce à la peur de la mort et au souci du salut de l’âme. La moralisation et la spiritualisation au prix de la névrose et de la paranoïa, c’est ce que les commentaires des Taolennou donneraient à penser. Quoiqu’il en soit les missionnaires grâce à leurs nombreuses visites dans les diocèses, les prédications, le catéchisme et l’instruction du clergé furent à la hauteur des objectifs du Concile de Trente, à savoir : inculquer l’assiduité au culte, fréquenter les sacrements, enseigner les articles de foi, les Commandements, les noms des Sacrements, le Mystère la Trinité, ce dont s’acquittaient les Taolennou en tant que théologie en images. Du reste cela s’imposait de façon impérative puisque la plupart des bretons ne connaissaient pas le nom de Dieu, ne savaient faire le signe de croix, ignoraient la trinité, confondaient la Vierge et le Créateur, hésitaient quant au nombre de Dieux. Et le missionnaire de déplorer :
« L’ignorance estait extrême et la plupart des personnes de tout âge ne sçachant ny l’oraison dominicale, ny aucune autre prière, ny mesme les articles de notre sainte foy ».
Moyennant quoi être chrétien c’était connaître les articles élémentaires de la foi, sans du reste nécessairement les comprendre. Education et évangélisation dirigistes bien sûr, mais qui introduisirent la conscience d’une commune identité chrétienne inscrite dans une traditon conférant sens, cohérence, orientation à une existence dont la finitude irrémédiable, la misère, les menaces auraient pu faire croire qu’elle était vouée à l’absurde. Ce faisant les missionnaires incarnèrent cette évangélisation combative et populaire voulue par Trente mais dans un souci de résultats qui faisait sans doute confondre conversion réelle et prosélytisme. C’est pourquoi on ne lésinait pas sur l’eucharistie, le baptême, la confession, et la procession, le tout accompagné de leçons de catéchisme. Moyennant quoi après une mission d’un mois et plus de cent sermons le succès était assuré (19).
Mais si on peut à la rigueur comprendre cette démarche dans le contexte du XVIIème siècle, on est très étonné pour ne pas dire stupéfait de constater que les Tableaux continuent à être utilisés de par le monde.
Les descendances immédiates furent d’une part françaises et l’on notera dans le Tableau n°37 le caractère à la fois historique et idéologique de la scène puisque la tentation est représentée par un juif usurier en l’occurrence Stavisky, tandis qu’on trouve côte à côte en Enfer, Lénine, Staline, Marx, Blum et Hitler (ce qui pour 1930 dénote un remarquable sens politique) ; et d’autre part étrangères que ce soit en Chine, en Asie où le Miroir du cœur du P. Constance est traduit en cinghalais en 1826, puis 1897, ainsi qu’en Tamoul en 1910 ; en Allemagne ; en Russie . On sera sensible à l’adaptation iconique du Miroir qui correspond à l’état intérieur de l’orthodoxe, temple de Dieu et monastère de la Sainte Trinité ; à la croix à double branche ; à l’église à bulbes et aux costumes) ; en Hollande ; en Grèce, où le Miroir Spirituel arrivé au XIXème siècle était toujours en vente à Athènes en 1980 ; en Amérique du Nord ; Asie (où l’on notera que l’évangélisation du pêcheur va de pair avec l’occidentalisation de son visage) ; à Madagascar où le succès est si vif que les Miroirs étaient tirés à 50 000 exemplaires en 1972 ; enfin en Afrique où la disparité des noirs et des blancs est soulignée par les Taolennou spécifiques qui leur correspondent et où l’on peut voir que tandis que la bête sauvage est au cœur du noir, le Christ en Croix siège dans celui du blanc.
Pour l’heure les Miroirs sont diffusés dans 127 pays du Monde entier, en 256 langues et à trente millions d’exemplaires. On peut parler là d’un indéniable succès (20).
A quoi celui-ci est-il dû ? Les quelques témoignages que l’on a pu recueillir révèlent une naïveté immédiate et définitive du pécheur. Représentations ou reliques ? La nature des Images morales est fort ambigüe (21).
2) Critique des représentations
Ceci nous est une bonne transition pour faire le point quant à l’ensemble des représentations véhiculées par les Tableaux.
Tout d’abord l’image de l’homme : celui-ci est un pécheur, faillible et inquiet, originellement coupable, et méritant le châtiment divin qu’un Père infligerait à son enfant quoiqu’il soit susceptible de se racheter grâce à ses mérites ; Dieu est avant tout le juge dont la colère s’affirme plus remarquablement que son amour, tandis que concurrement l’Enfer est plus représenté que le Paradis. Cependant l’image de Jésus Christ en croix vient pondérer cette représentation et prête donc à espérer ; le diable souvent en majesté, est omniprésent, soit au cœur de l’homme, soit alentour, afin de souligner que la tentation est toujours là ; la mort constitue l’horizon d’une vie difficile et se prête à de nombreux usages, qu’elle soit bonne ou mauvaise, objet de méditation, menace constante et donc stimulation à la conversion ; Elle a une valeur tout à la fois philosophique, il faut y penser toujours ; morale, elle dénonce les vanités du monde ; spirituelle, elle induit l’urgence de la conversion ; l’Eglise est peu représentée, parfois un bâtiment la symbolise, mais en tant que lignée croyante susceptible d’aider le pêcheur elle n’apparaît pas. Comme en témoignage l’œil de la conscience, l’homme est responsable de ce qu’il se fait être ; par contre l’état d’esprit de la mission se caractérise par son engagement, son caractère volontariste, son souci d’efficacité immédiate, sa pédagogie adaptée à un public spécifique, à sa culture, son histoire, ses moeurs (en quoi on peut voir les prémices d’une politique d’acculturation), son objectif universel puisqu’il est question d’enseigner l’Evangile, son respect des consignes du Concile de Trente ; quant à celui-il il alimente et informe la mission puisqu’il encourage les conversions en masse, grâce à l’engagement du clergé, la valorisation des missions implantées dans les campagnes, la participation des laïcs devenus souvent tableauteurs, la catéchisation (d’autant que la menace de l’Islam est aux portes), l’élaboration d’un dogme précis et son enseignement par des moyens qui parfois manquent de finesse et n’hésitent pas à recourir à l’anathème (il faut dire qu’à la même époque les rabbins prononçaient le herem) ; enfin la religion y apparaît comme une force idéologique prépondérante puisqu’elle joue un rôle politique important dans une civilisation paroissiale qu’elle dirige en guidant les âmes, informant la société, exerçant un pouvoir moral fort. Son autorité, comme en témoignent les Images de mort (n°VIII) est absolue, et il n’est que de regarder les Tableaux d’Afrique pour remarquer que cette représentation n’a pas varié. Et si l’efficacité est avérée on peut se demander si ce n’est pas au prix d’une déformation pernicieuse réduisant le christianisme à un manichéisme.
3) Problèmes d’acculturation
Si l’on reprend le texte du P. Verjus décrivant la démarche de Le Nobletz (22) on y voit le souci de se mettre au diapason de ses ouailles, de tenir un discours simple en recourant à la vue plutôt qu’à l’ouïe selon une stratégie progressive élevant du simple au complexe, prenant en compte un quotidien toutefois apuré et sélectionné et en l’interprétant comme allégorie de la situation spirituelle.
Dans cette perspective les missionnaires n’hésitaient pas à recourir à des chansons populaires, voire gaillardes dont ils remplaçaient les paroles par d’autres édifiantes, ainsi « Le véritable dévot de Paris » était chanté sur « Ma maîtresse est jolie » ; « l’Estime et le désir des vertus » sur « Bon, bon, bon, que le vin est bon » ; « Les souffrances de la sainte Vierge » sur « Un canard tendant ses ailes ». Il fallait en effet opter pour une politique du compromis si l’on voulait évangéliser durablement et profondément la population, or la religion étant conçue comme secours et l’histoire Sainte décrivant des miracles, il était logique que l’on s’en servît pour guérir les maladies, assurer la fertilité (y compris des animaux. On trouve toujours dans certaines chapelles bretonnes des queues de vache et de chevaux), obtenir de bonnes récoltes grâce à l’invocation des Saints et à des rituels agraires agréés par le clergé.
Mais le processus d’acculturation s’accompagnait d’une forte déculturation qui consistait à éradiquer les mœurs incompatibles avec les Evangiles car pour que l’acculturation soit possible encore faut-il que le compromis soit viable et que l’objectif de conversion puisse être atteint. Ainsi avons-nous déjà évoqué la moralisation des moeurs, l’interdit des fêtes et bals, l’anathème jeté contre les cabarets, mais aussi contre tout recours aux superstitions, à la sorcellerie… Par conséquent l’évangélisation s’accompagnait d’un travail en profondeur opérant une conversion au service d’un Dieu, en principe libérateur, du moins des passions.
Il faudrait pour mener à bien une étude sur l’acculturation, prendre en considération ses différentes composantes, à savoir, les circonstances historiques, les facteurs économiques, sociaux, politiques, religieux et psychologiques en présence, considérés tant sous l’angle de la situation originaire rencontrée par les missionnaires que sous celui de ses transformations en vertu de l’objectif poursuivi.
Ainsi pourrions-nous en déduire l’impact social du christianisme en Bretagne, et dans les pays actuellement concernés, selon la grille interprétative élaborée par Bastide.
A 1 - Castrer
2 – Domestiquer
3 – Récupérer
4 – Manipuler
5 – Mouler
6 – Contrôler
7 – Gérer
B 8 - Administrer
9 – Canaliser
10 – Réguler
11 – Institutionnaliser
C 12 – Traduire
13 – Communiquer
14 – Baptiser
15 – Incarner
Vaste problème s’il en est et dont nous nous contentons de fournir quelques pistes de réflexions, dont le développement requerrait une enquête, débordant le cadre de notre propos.
A l’horizon
L’objectif de cette monographie, et les résultats en témoignent, était modeste puisqu’il s’agissait pour nous d’aborder la nature et la fonction de la mission au XVI – XVIIème siècles en Bretagne essentiellement, (bien que nous ayons fait une incursion à l’étranger aux temps modernes) par le biais de l’une de ses spécificités, les Taolennou ou Miroirs du Cœur dont le succès fut tel qu’ils ont une descendance contemporaine.
Miroirs autant qu’Enigmes et Images morales, les Taolennou, qui s’ouvrent sur l’intériorité humaine comme un rideau sur une scène de théâtre sont tout à la fois révélateurs de la disparité entre l’extériorité et l’intériorité de l’homme dont la teneur énigmatique est analogue à celle du mystère de la Conversion qu’opère la Révélation. L’homme est à soi une interrogation qui ne cesse de l’inquiéter et ce faisant de le mettre sur la voie que tracent les Cartes de Le Nobletz.
Cheminant sans jamais savoir s’il atteindra son but, qui telle une ligne d’horizon s’éloigne proportionnellement à son avancée, l’homme est un pèlerin qui demeure irrémédiablement un profane (pro-fanum). Sans être pessimistes, puisque la Rédemption est possible, les Taolennou dessinent les cadres d’une situation précaire à tous les niveaux et pour toutes les catégories sociales.
Dans cette perspective la mission apportera-t-elle une aide efficace, et durable, ses méthodes furent-elles légitimes, son implantation fut-elle acceptée ? Aucune réponse définitive ne peut être apportée, mais en tout cas elle fit son chemin et s’inscrivit progressivement comme une donnée naturelle dans la culture bretonne au point d’y devenir une exigence, voire, une revendication identitaire.
Mais la représentation du christianisme ne sortit-elle pas meurtrie de cette évangélisation combative assortie à la noirceur du cœur humain ? Ce que nous apprend ainsi la mission c’est qu’une religion est toujours vue à travers le prisme de ce qu’elle est destinée à combattre. C’est pourquoi devant convenir à une population ignorante, rude et païenne le christianisme a revêtu le masque austère du juge menaçant et châtiant s’érigeant en père tandis que ses enfants menés à la baguette (celle du taolenneur) devaient obéir à son autorité incontestée et absolue sous peine d’être voués aux flammes de l’Enfer. Aucune échappatoire n’était donc possible et le missionnaire, persuadé que hors de l’Eglise il n’y a point de salut, opérait des conversions, à « bras tendu ». Non-chrétien donc pêcheur, donc irrémédiablement perdu, tel était le destin d’un peuple auquel Dieu apparaissait comme tout-puissant plutôt que miséricordieux. Mais dès lors qu’on met en vis-à-vis un Dieu tout-puissant et un homme-enfant qu’en est-il de cette conversion qui doit venir de l’intérieur du cœur ? Qu’en est-il de la liberté de l’individu ? Qu’en est-il des multiples voies et formes que peut revêtir la Rencontre ? Bon, tout puissant et compréhensible Dieu ne peut être les trois ensemble. Les siècles précédents optèrent pour la toute-puissance solitaire, l’histoire nous a appris à lui préférer la bonté voire la faiblesse du Dieu fait homme.
ICONOGRAPHIE
N° 186 – Carte mêlée

Elle comporte 25 petites scènes, pratiquement sans rapport les unes avec les autres, mais chacune point de départ d’une histoire édifiante. Le commentaire se fonde sur un passage des Ecritures, en général rappelé en latin sous l’image, et explique brièvement le sens de celle-ci. Voici à titre d’exemple le texte se rapportant aux images de la cinquième colonne qui rappelle l’imagerie d’Epinal et ses légendes :
« 1. Peincture
Le maistre chastie ses serviteurs sans quilz regardent en arrière pour résister ou gronder, pour monstrer le debvoir des vrays serviteurs comme nous lisons en l’epistre de st pierre et de st paul, voies aux colloss. Chap. III Servi obedite per via dominis carnalibus.
2. peincture
Lavveugle porte le boyteux et celluy cy monstre le chemin a lautre, affin de nous represanter comme celluy qui est fort pour travailler de son corps doibt servir et nourrir celluy qui est impotent ou debile du corps, specialement lors quil est homme d’entendement ou donnee de science. Ainssin lhomme lay doibt nourrir l’ecclesiasticque et autres gens de lettres, et ceux cy doibvent aussy diriger les autres sur le droict chemin de leur vertu par leur scavoir et intelligence par ce quilz sont aveugles.
3. peincture
Vous voies une beste monstrueuse qui a la teste d’un cerff et les griffes d’un oyseau ravissant, pour monstrer la vie de plusieurs qui affectionnent l’honneur du monde et touttesfois nont pas honte de vacquer a l’avarice et a la rapine. Bonus odor lucri etiam ex qualibet re.
4. peincture
Cette beste de 7 testes represante l’amour propre duquel sortent les 7 peches mortelz. De ceste matière il n’et besoing de parler en cest endroit.
N° 187 - Carte de la croix

De part et d’autre de la croix (fig.187), trois chemins s’élancent, illustrés de vignettes qui constituent très exactement ici une bande dessinée. A l’extrême droite, le large chemin des mécréants est le moins intéressant pour nous : il mène évidemment à un Enfer représenté par une chaudière pleine de flammes, et nous y voyons notamment le « payen qui honore l’idole » (a), le ministre huguenot « qui se travaille à estudier sa bible et à enseigne le peuple » (c). Tous ceux là ont été trompés, dit la conclusion moralisatrice, par des vices qui sont « idolâtrie, hérésie, apostasie, obstination, sorcelerie, negromantie ». Cet enseignement est abandonné dans la plupart des autres Cartes, en raison de son évidence sans doute mais peut-être aussi de ses dangers : l’idole qu’adore le païen ressemble fort à une Vierge à l’Enfant, et il devait être bien malaisé, dans la Basse-Bretagne du début du 17è siècle, de définir avec clarté et précision la notion…
La voie de gauche, essentielle dans l’enseignement de Le Nobletz, illustre l’idée que quelques bonnes œuvres ou actes pieux ne prouvent rien « sans vray foy et charitté », et donc « ne méritent la vye éternelle » : le démon a pu les inspirer pour mieux tromper le fidèle. Nous suivons donc un chrétien qui dit son chapelet et fait offrande à l’église (f), baille aumône à l’hôpital (g), pardonne à ses ennemis (h). Tout serait parfait s’il n’y avait en lui un vice initial : il n’aime pas Dieu plus que toute chose, ce que montre clairement son refus de porter la croix au début du chemin (e), son refus encore de celle que lui offre un mendiant (g). Le symbolisme, jusque-là d’autant plus simple que les dessins – vus de près – parlent bien, se complique alors dans un style tout à fait typique de Le Nobletz. La scène suivante (i) montre ce chrétien vieilli (longue barbe), la lune devant les yeux « parce qu’il considère en touttes ses actions ce que dira le monde », le soleil sous les pieds « parce qu’il mesprise l’évangile et les doctrines salutaires de Jésus crist ». La sanction l’attend : à la fin de sa vie, il doit porter quatre croix (k), représentant « la vision des démons, la cognoisssance de sa misère, la privation de la vision divine, la damnation éternele ». Il est trop tard pourtant : la chaudière infernale est bout du chemin.
Ce bref résumé ne suffit pas, à beaucoup près, pour saisir la force mais aussi la complexité parfois du discours de Le Nobletz. La force tient à la capacité d’illustrer, de concrétiser les abstractions les plus subtiles parfois. Passe encore pour les roses qui parsèment le chemin, la fleur rappelant les « quelques vains plaisirs » de cette voie, mais les épines l’emportant. La scène (j) nous montre le chrétien allongé sur le sol, entouré de huit têtes d’où sortent… « huit vents », indique le commentaire, symboles de huit vices, six sur le thème de l’amour de ceux monde et deux sur l’ignorance spirituelle. Chaque menu détail en effet ouvre la possibilité d’un petit sermon particulier, souvent interchangeable d’ailleurs : Le Nobletz propose ainsi deux autres listes d’interprétation des huit vents… L’ensemble du discours ne passe peut-être pas, mais nous imaginons volontiers les auditeurs bouche bée, un peu comme les premiers spectateurs du cinématographe.
Le défilé d’images se poursuit bien entendu avec la troisième voie, la plus proche de la croix, la plus étroite aussi, celle du bon chrétien. Il a accepté la croix présentée par l’ange (l), écouté le « maistre » prêchant en sa chaire (m). Intervient alors un symbolisme que l’illustrateur n’a pu concrétiser, puisque n’apparaissent en (n) et (o) que des étoiles, trois comme autant de vertus nécessaires pour persévérer (avec deux versions de la liste…), sept comme autant de grâces, douze encore à la fin du chemin (q) représentant les vertus mortificatrices. Le Paradis est au bout, les saints apparaissant aux fenêtres tandis qu’un Christ énorme accueille notre fidèle.
N° 190 – Carte des Coeurs

Tout au haut du parchemin, on lit d’abord, en grec et en latin, la célèbre maxime de Socrate : « Connais-toi toi-même ». Signalons à cette occasion que Michel Le Nobletz considérait cette démarche d’analyse intérieure comme essentielle au chrétien. Il avait même composé sous ce titre un ouvrage en quatre parties dont le P. Verjus nous a retransmis l’argument.
Au dessus de cette maxime est inscrit un titre : « Exercice quotidien pour tout homme chrétien qui désire parvenir à la vie éternelle ».
Viennent ensuite les images, au nombre de trente, disposées sur cinq rangées horizontales, qu’il faut « lire » dans le sens normal d’un texte écrit, de gauche à droite et de haut en bas.
1. Une figuration symbolique de Dieu et du paradis. Au bas de l’image, une porte fermée à clef, qui est la porte du ciel. Les différentes pièces qui la composent, diversement coloriées, représentent les vertus qui sont nécessaires au salut. « La clef d’icelle porte, c’est un acte d’amour divin envers le Créateur ». Au centre, un cercle divisé en plusieurs compartiments, qui sont les demeures des élus et où figurent des étoiles plus ou moins grosses et plus ou moins nombreuses. Le triangle que renferme le cercle symbolise la vision bienheureuse, qui est la dernière fin de l’homme. Tout en haut, le Père éternel.
2. Une échelle, permettant de parvenir à l’amour divin. Les montants des côtés représentent la connaissance et la souvenance de Dieu. Chaque échelon a une signification symbolique : le premier, marqué 72, rappelle qu’il « faut croire la doctrine des 72 interprètes et disciples de Notre-Seigneur » ; le deuxième, marqué 3, évoque les trois vertus théologales ; le troisième, marqué 4, les vertus cardinales, etc. sautons quelques degrés pour arriver à l’avant-dernier, Labor, et au dernier, Amor.
3. Un cœur d’où s’échappent, en alternance, douze flammes et rayons, qui symbolisent les douze articles de la foi.
4. Une roue qui a un cœur pour moyeu et dont les dix raix représentent les dix commandements.
5. L’observation des dix commandements conduisant à unir la volonté de l’homme à la volonté divine, deux cœurs sont engravés l’un dans l’autre pour figurer cette union. Les Tables de la Loi figurent au centre du cœur de l’homme.
6. Les bons propos sont symbolisés par des cercles concentriques et différents emblèmes entourant un cœur.
7. Le cœur se défend des attaques qui le menacent en se protégeant dans une forteresse à doble enceinte, avec quatre corps de garde et autant de sentinelles.
8. L’ornement du cœur, constitué de divers cercles et emblèmes, s’appuie sur les vertus cardinales et théologales.
9. Le cœur humain, renfermé dans le cœur divin, contient la fournaise de l’oraison où se forgent les armes spirituelles. C’est la vue de la bonté et de la justice de Dieu, figurées par une balance, qui enflamme l’âme chrétienne.
10. L’horloge du chrétien clôt cette première série. Les douze heures, en forme de soleil, indiquent les exercices journaliers qui doivent être consacrés à Dieu.
La deuxième série d’images comporte douze représentations qui occupent les compartiments 11 à 22. Il s’agit avec quelques modifications, dont des suppressions, de la série de cœurs gravée par Antoine Wierix et qui figure l’évolution du cœur humain.
Voici quelles sont les douze illustrations qui la composent :
11. L’état de l’âme souillée par le péché originel. Dans le cœur, « une image d’homme balaffrée, défigurée, honnye et amorcie ». Un ver rampe sur le côté.
12. L’état de l’âme après le baptême. Le cœur est enveloppé et orné des vertus infuses. Le Saint-Esprit y plane sous la forme d’une colombe, tel qu’il se retrouvera dans le cœur des Images morales.
13. Première des images à reprendre une des figures symboliques de Wierix, cette illustration montre l’action du siècle sur le cœur du baptisé. Le diable et les tentations du monde et de la chair tendent des rets pour le captiver. Le Saint-Esprit s’envole – autre point commun avec les Images morales - tandis que l’ange gardien présente, en vain, la couronne de vie pour encourager l’âme à ne pas se laisser détourner du bon chemin.
14. Le consentement du péché après la tentation. Tandis que, de l’extérieur, le diable et un personnage mondain entament l’écorce du cœur, l’intérieur sert d’abri aux mauvais désirs.
15. Satan n’a plus qu’à prendre possession de la place : parvenu en son centre, il y vomit, au milieu des ténèbres, des « crapauds, serpents et autres bêtes venimeuses », qui correspondent aux péchés.
16. Le Christ, sous la forme de l’Enfant Jésus, vient frapper à la porte du cœur.
17. Ayant pénétré dans le cœur, il le visite et éclaire avec une lanterne la vermine qui y est enfermée.
18. Il balaie cette vermine hors du cœur.
19. Des plaies de ses mains et de ses pieds coule le sang de la rédemption, qui lave le cœur.
20. Il s’installe dans le cœur et y institue l’amour de la Croix et celui de la Loi, figurée par un livre.
21. Ravie en l’amour de Dieu, l’âme considère les bénéficies divins. Dans le cœur, où se sont fichées quelques flèches, Jésus allume les langues de feu de son amour.
22. L’âme est enfin parvenue « au comble des vertus et des contentements spirituels ». Jésus peut se reposer en elle, tandis que des anges insufflent les inspirations célestes. C’est au bas de cette dernière image que l’on peut lie la signature « Allin Lestobec fecit », qui est pour nous une garantie d’exactitude puisque cet artiste devait peindre ses cartes sur les indications précises de Michel Le Nobletz et dans une grande fidélité aux modèles proposés.
23. L’Envie. C’est « une femme qui mange le coeur de son prochain et porte la teste d’un mort sur la pointe d’une épée, pour montrer que la propriété de l’Envye est de désirer la vengeance jusqu’à la mort ». Chaque figure est accompagnée d’un symbole animal, ici le chien.
24. L’Avarice. Tournant le dos à la Croix, un vieillard contemple sa bourse emplie d’argent. Un crapaud sert d’emblème.
25. La Luxure. Deux personnages cette fois : un homme et une femme que Le Gouvello et Renaud décrivent comme étant « dans une attitude peu convenable », tandis que Pérennès n’hésite pas à parler de « gestes déplacés ». Un bouc les observe.
26. La « Superbité », ou orgueil, est figurée par une femme coquette qui brandit un miroir alors que derrière elle un paon fait la roue.
27. La Gourmandise. Un homme attablé lève son verre tandis qu’un porc, sur le côté gauche, montre son groin.
28. La Paresse. Une femme somnole, la tête appuyée sur une de ses mains. L’animal symbolique est un âne, et non, comme l’indique F. Renaud, une tortue.
29. La Colère, enfin, est représentée par un homme qui brandit une épée, et par un loup.
N° 19
Cette série des péchés mortels est dite avoir été composée d’après des « peintures anciennes et modernes » dont Michel Le Nobletz n’a pas précisé les auteurs. Il semble probable que c’est lui qui a eu l’idée de faire figurer ces péchés dans des coeurs, pour compléter la carte. Quant aux modèles qui l’ont inspiré, il est difficile de les identifier car la représentation des péchés capitaux se réfère à une longue tradition. Une série antérieure a néanmoins retenu notre attention : celle de Jacques Callot, intéressante par de nombreux détails. Nous la décrivons donc brièvement, non dans son ordre propre, mais dans celui qui correspond aux péchés de la Carte des Cœurs : l’Envie est une femme décharnée qui, accompagnée d’une chienne et tenant en main un serpent, dévore un cœur ; l’Avarice est une vieille femme qui, un serpent à ses pieds, compte des écus dans une bourse ; la Luxure est une femme en partie dénudée et parée de bijoux, qui tient un oiseau sur son poing tandis qu’un bouc la regarde ; l’Orgueil est une femme élégante qui se contemple dans un miroir, avec à ses côtés un paon qui fait la roue ; la Gourmandise est une femme brandissant un verre et tenant une fiasque de l’autre main alors qu’un porc se vautre derrière elle ; la Paresse est une femme assise qui semble dormir ainsi que l’âne qui est couché auprès d’elle ; la Colère est un chevalier vêtu à l’antique, qui élève son bouclier et son épée tans qu’un lion bondit derrière lui. Dans ces sept gravures, de petits démons voletant jouent le rôle de tentateurs, ce que nous ne trouvons pas dans les images de Michel Le Nobletz mais, à cela près, bien des détails se ressemblent dans les deux séries.
Il reste enfin à étudier le cas de la trentième image qui n’est pas la moins curieuse. A demi effacée dans l’angle inférieur droit de la carte, elle n’est pas aisément déchiffrable, mais l’on y devine pourtant un homme à quatre pattes, monté par un diable qui d’une main tient les rênes et de l’autre brandit un petit fouet. L’homme est bâté de deux paniers d’osier qui contiennent chacun trois animaux représentant des péchés capitaux : on reconnaît bien l’âne, à) gauche, et le bouc, à droite. Sur la croupe de l’homme, derrière le diable, se pavane le paon. Cette image a pour titre Les Sept Péchés mortels en une âme, mais les sources nous enseignent que dom Michel se plaisait à l’appeler Le Cheval du quincaillier. Sans doute les marchands de quincaillerie parcouraient-ils les campagnes sur un âne, avec leur assortiment dans des bâts. Mais c’est ici l’homme qui, plié sous le poids des péchés, sert de monture au démon.
N° 191 carte du Désirant

Image morale n° 1
Ce premier tableau représente l’état d’un homme tel que pourroit être quelqu’un de ceux qui viennent en retraite. Il est comme une médaille à deux faces, d’un costé vous voyez son extérieur et de l’autre son intérieur. Considérons l’un et l’autre.
A voir cet homme à l’extérieur, il ne se peut rien concevoir de plus content. On diroit qu’il a toujours vescu sans la moindre inquiétude, qu’il n’a pensé qu’à se divertir, qu’à se réjouir avec ses amis, qu’à faire bonne chère et à goûter tous les plaisirs de la vie ; voyez quelle gayeté sur son visage, quel est son embonpoint, quel soin il a de sa personne, comme il a l’air rieur ! Tout cet extérieur ne respire que santé, que joye, que contentement. Vous diriez que c’est un de ces hommes du monde que Salomon fait parler en ces termes dans le livre de la Sagesse : Venez, jouissons des biens qui se présentent à nous ; servons-nous des créatures pendant notre jeunesse qui dure si peu ; buvons des vins les plus exquis ; parfumons-nous des plus prétieuses odeurs ; ne laissons pas passer inutilement le temps agréable et florissant où nous sommes ; couvrons-nous de roses, avant qu’elles se flétrissent… Vous jugeriez que c’est ce t homme dont il est parlé dans l’Evangile, qui se félicite lui-même de l’heureux état où il est : mon âme, se dit-il à lui-même, tu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années : repose toy, mange, bois fais bonne chère… en effet voilà toute son occupation, voilà le règlement de chaque journée de sa vie, manger, boire, jouer, se promener, aller au bal et à la comédie, quand il y en a, se trouver dans toutes les assemblées de plaisir, ou de débauche, etc. C’est ainsi que cet homme passe les plus beaux de se sjours dans un entier oubly de Dieu et de son salut. Voilà cependant ce que le monde, qui ne juge que par ce qui paroît au dehors, appelle communément un homme heureux… O monde trompeur, que tu caches de véritables misères sous une belle apparence ! pour vous en désabuser et vous faire voir combien le bonheur de cet homme est vain et peu solide, considérons la conscience et tout ce qui se pases au-dedans et au dehors de son cœur…
Vous avez paru contents, vous n’avez songé qu’à vous divertir : si quelques fois vous avez été tristes, chagrins, troublés, c’est seulement ou parce que vous n’avez pas réussi dans cette entreprise ; parce que vous n’avez pas gagné ce procès ; ou parce que vous avez perdu beaucoup d’argent au jeu ; ou parce que cette personne d’autorité sur qui vous comptiez vous a abandonnés dans le besoin ; ou parce que vous avez manqué de faire un profit considérable dans quelque occasion ; ou parce qu’une gresle a ravagé vos champs et vos vignes ; ou parce qu’on vous a méprisés, ou dit quelques paroles qui vous ont offensés ; ou parce que vous avez été affligés de quelque mal, ou de quelque maladie ; ou parce que la mort vous a enlevé quelqu’un de vos amis, ou de vos parents, ou de vos protecteurs, etc. ; mais quand vous avez péché ? mais quand vous vous êtes laissé aller à cette impureté, à cet emportement, à cet débauche ? quand vous avez pensé et que votre conscience vous a reproché que vous êtes mal avec Dieu, vous en êtes –vous mis beaucoup en peine, en avez-vous été affligé ? Nullement ? vous vous êtes dit à vous-mêmes : une retraite réformera toute maa conduite et remédiera à tout le mal que j’ay commis…
Image morale. II. Atrition
Il* craint qu’on ne l’en chasse et se tient comme s’il étoit prêt d’en sortir. Ces bestes ne sont point non plus couchées parce que le cœur de celui-ci n’est pas encore endurci dans le péché. Ce n’est pas comme dans le dixième tableau, où tous ces animaux sont couchez à plat coûture, et où ce démon est assis, parce qu’ils règnent en paix dans ce cœur endurci, au lieu que dans celui-ci, ils craignent quelque allarme, ils craignent qu’il n’aille à confesse, qu’il n’aille à quelque sermon patétique, à quelque retraite, ou à quelque mission qui lui fasse connoistre son malheureux état, et qu’il ne soit chassé de ce coeur, aussi il grince des dentes et enrage de peur. Voiez comme il a la gueule de travers…
* Il s’agit du Diable
N° 3 Contrition

Concile de Trente
Chapitre IV. La contrition
Session XIV
La contrition, qui tient la première place parmi les actes du pénitent dont il a été parlé, est une douleur de l’âme et une détestation du péché commis avec le propos de ne pas pécher à l’avenir. En tout temps ce mouvement de contrition a été nécessaire pour obtenir le pardon des péchés ; dans celui qui est tombé après le baptême, il prépare encore à la rémission des péchés s’il est joint à la confiance en la miséricorde divine et au désir de faire tout le reste requis pour recevoir ce sacrement comme il convient. Le saint concile déclare donc que cette contrition comporte non seulement l’abandon du péché, le propos et le début d’une vie nouvelle, mais aussi la haine de la vie ancienne, conformément à ces paroles : Rejetez loin de vous touts les iniquités par lesquelles vous avez prévariqué, et faites-vous un cœur nouveau et un esprit nouveau. Et assurément celui qui aura considéré ces cris des saints : Contre toi seul j’ai péché et en ta présence j’ai fait le mal ; j’ai peiné en gémissant, chaque nuit, je baigne ma couche ; je me rappellerai pour toi toutes mes années dans l’amertume de mon âme, et d’autres de ce genre, comprendra aisément qu’elles provenaient d’une violente haine de la vie passée et d’une très grande détestation des péchés. Le saint concile enseigne en outre que, même s’il arrive parfois que cette contrition soit rendue parfaite par la charité et réconcilie l’homme avec Dieu avant que ce sacrement ne soit effectivement reçu, il ne faut néanmoins pas attribuer cette réconciliation à cette seul e contrition sans le désir du sacrement, désir qui est inclus en elle. La contrition imparfaite, qu’on appelle attrition, parce qu’on la conçoit en général ou bien en considérant la laideur du péché ou bien par crainte de l’enfer et des châtiments, si elle exclut la volonté de pécher jointe à l’espoir du pardon, le saint concile déclare que non seulement elle ne fait pas de l’homme un hypocrite et un plus grand pécheur, mais qu’elle est aussi un don de Dieu, une impulsion de l’Esprit Saint qui, n’habitant pas encore le pénitent, mais le mouvant seulement, lui vient en aide, pour qu’il prépare pour lui-même le chemin vers la justice. Et bien que sans le sacrement de pénitence elle ne puisse par elle-même conduire le pécheur jusqu’à la justification, cependant elle le dispose à obtenir la grâce de Dieu dans le sacrement de pénitence. C’est fort utilement frappés par cette crainte que les gens de Ninive firent une pénitence complète à la prédication terrifiante de Jonas et obtinrent la miséricorde du Seigneur. C’est pourquoi on calomnie faussement des écrivains catholiques, comme s’ils avaient enseigné que le sacrement de pénitence conférait la grâce sans aucun bon mouvement de la part de ceux qui le reçoivent ; jamais l’Eglise de Dieu n’a enseigné ni pensé cela. Mais fausse est la doctrine qui enseigne que la contrition est extorquée et forcée, et non pas libre et volontaire.
IV. La pénitence
Concile de Trente
Chapitre I. Nécessité et institution du sacrement de pénitence
Session XIV
S’il y avait dans tous les régénérés une telle reconnaissance envers Dieu qu’ils gardent constamment la justice, reçue dans le baptême de sa bonté et de sa grâce, il n’aurait pas été besoin d’instituer un autre sacrement que celui du baptême pour la rémission des péchés. Mais parce que Dieu, riche en miséricorde, sait de quoi nous sommes faits, il a aussi donné un remède rendant la vie à ceux qui se sont ensuite livrés à l’esclavage du péché et au pouvoir du démon : le sacrement de pénitence, par lequel le bienfait de la mort du Christ est appliqué à ceux qui sont tombés après le baptême. Pour tous les hommes qui se sont souillés de quelque péché mortel, la pénitence fut certes nécessaire en tout temps pour obtenir la grâce et la justice, même pour ceux qui avaient demandé à être lavés par le sacrement de baptême, pour que, ayant rejeté et amendé toute perversité, ils détestent une si grande offense faite à Dieu en ressentant en même temps la haine du péché et une sainte douleur dans leur âme. Aussi le prophète dit-il : Convertissez-vous et faites pénitence de toutes vos iniquités, et votre iniquité ne sera pas pour votre ruine. Le Seigneur dit aussi : Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous de la même manière. Et le chef des apôtres, Pierre, disait, en recommandant la pénitence aux pécheurs qui allaient recevoir le baptême : Faites pénitence, et que chacun de vous soit baptisé. Mais, avant la venue du Christ, la pénitence n’était pas un sacrement ; et, après sa venue, elle n’en est un pour personne avant le baptême. Or le Seigneur a principalement institué le sacrement de pénitence lorsque, ressuscité des morts, il souffla sur ses disciples en disant : Recevez le Saint-Esprit ; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez ; ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. Que, par un fait hors du commun et par des paroles si claires, le pouvoir de remettre et de retenir les péchés, afin de réconcilier les fidèles tombés après le baptême, ait été communiqué aux apôtres et à leurs successeurs légitimes, les Pères l’ont toujours compris unanimement ; et l’Eglise a eu grandement raison de rejeter et de condamner comme hérétiques les novatiens, qui autrefois, niaient avec obstination le pouvoir de remettre les péchés. C’est pourquoi ce saint concile approuvant et faisant sienne cette signification très authentique des paroles du Seigneur, condamne les interprétations mensongères de ceux qui détournent faussement ces paroles pour les appliquer au pouvoir de prêcher la parole de Dieu et l’Evangile du Christ et pour s’opposer à l’institution de ce sacrement.
VII. La Rechute
Concile de Trente
Chapitre XIV. Ceux qui sont tombés et leur relèvement
Ceux qui, après avoir reçu la grâce de la justification, en sont déchus par le péché pourront être de nouveau justifiés lorsque, poussés par Dieu, ils feront en sorte de retrouver la grâce perdue au moyen du sacrement de pénitence, grâce aux mérites du Christ. Ce mode de justification est le relèvement du pécheur, que les saints Pères ont fort bien appelé la seconde planche après le naufrage qu’est la perte de la grâce. En effet pour ceux qui tombent dans le péché après le baptême, le Christ Jésus a institué le sacrement de pénitence, lorsqu’il dit : Recevez le Saint-Esprit, à ceux à qui vous remettrez les péchés, ils seront remis, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. Aussi faut-il enseigner que la pénitence du chrétien après une chute est très différente de la pénitence baptismale. Elle comporte non seulement l’abandon des péchés et leur détestation, ou un cœur contrit et humilié, mais aussi la confession sacramentelle de ceux-ci, ou du moins le désir de la faire en temps opportun , l’absolution par un prêtre, et, de plus, la satisfaction par le jeûne, les aumônes, les prières et autres pieux exercices de la vie spirituelle, non pour remettre la peine éternelle – laquelle est remise en même temps que la faute par le sacrement ou le désir du sacrement -, mais pour remettre la peine temporelle qui (comme l’enseigne l’Ecriture Sainte) n’est pas toujours totalement remise, comme elle l’est au baptême, à ceux qui, ingrats envers la grâce de Dieu qu’ils ont reçue, ont contristé l’Esprit Saint et n’ont pas craint de violer le temple de Dieu. Il est écrit de cette pénitence : Souviens-toi d’où tu es tombé, fais pénitence et reviens à tes premières œuvres, et aussi : La tristesse qui est selon Dieu produit une pénitence pour un salut durable, et encore : Faites pénitence, et : Faites de dignes fruits de pénitence.
Voiez comme cette teste est peignée, frisée, poudrée. Voiez ce visage comme il est décrassé et lavé, voïez les moustaches. N’a-t-il pas aussi un ruban pour lasser sa chemise. Car c’est l’ordinaire des fringands. Si vous expliqué le tableau des femmes vous direz : voiez ce tour de perles qu’elle a au col, et cet autre qui est sur sa toilette, cela marque bien que cette personne est enchaînée par plusieurs mauvaises habitudes. Voiez ces mouches qu’elle a au visage. Une darne de viande où les mouches se mettent est en danger de se corrompre bientôt, et ces personne emploient toutes sortes de mouches pour se faire paroistre plus belles et plus blanches parce que le noir fait mieux paroistre le banc. Mais Dieu sçaura bien humilier et abbatre toutes ces vanitez. Deus superbis reistit. Voïez ces joües potelées, voïez ce miroir où elle a soin de voir si elle a quelques taches au visage, si sa coëffure est bien mise, si ses favoris quadrent bien, si l’un cheveu passe l’autre, si ses mouches sont bien placées. Voiez quel soin elle a de son corps, qui doit être un jour la pâture de vers. Mais elle n’a nul soin de voir si son âme est en bon état…
Commentaire d’un Taolenneur.
VIII. La mauvaise mort
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Concile de Trente
Et parce que nous péchons tous en bien des choses, chacun doit avoir devant les yeux non seulement la miséricorde et la bonté, mais aussi la sévérité et le jugement, et l’on ne doit pas se juger soi-même, même si on n’est conscient d’aucune faute. Car toute la vie des hommes doit être examinée et jugée non par un jugement d’homme, mais par celui de Dieu qui éclairera les secrets des ténèbres et rendra manifestes les secrets des cœurs ; et alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui revient, lui qui, comme il est écrit, rendra à chacun selon ses œuvres.
Regardez comme il meurt peu à peu : ses bras n’ont plus de force ; il n’a l’usage de presqu’aucun de ses sens ; à peine entend-il ce qu’on lui dit, en criant bien haut. Une sueur froide découle de tout son corps, ses membres n’ont presque plus de mouvement, son visage est pâle et tout changé, son nez s’affile et devient froid, ses joües s’enfoncent, ses yeux sont effrayés et s’éteignent insensiblement, ses lèvres sont toutes livides, ses dents se noircissent, sa langue s’épaissit, son estomac se soulève, sa gorge se remplit, sa respiration devient rare et difficile, il souffre dans toutes les parties de son corps, les douleurs de la mort l’environnent de tous côtés, et est-ce cette mesme personne qui étoit il y a peu de jours si gaye, si agréable dans les compagnies ? Et est-ce libertin hardy, intrépide dans le Mal ? Et cet avare ? Et ce voluptueux ? Et ce vindicatif et cet impie, qui s’en moquoit et qui luy insultoit ? Et ouy c’est le mesme. Quelle différence d’estat à estat, et d’homme à homme ? Il reconnoit le malheureux et l’insensé qu’il est, il reconnoit mais trop tard qu’il a mal fait de ne penser qu’à conserver son corps, qui luy cause maintenant tant de douleurs… Il faut tout quitter… richesses, honneurs, charges, et adieu les amis de débauche, adieu les cabarets, adieu l’or et l’argent… La mort vous surprendra, croyez-moi, vous n’aurez ni le loisir, ni la commodité, ni la présence d’esprit nécessaire pour faire une bonne confession… Vous mourrez comme vous aurez vécu. De quelque qualité et condition que vous soyez…
Entre toutes les différentes peines qu’un damné souffre dans l’enfer, celle qui est la première et la plus considérable, et dont toutes les autres ne sont que comme une suite naturelle… c’est la peine du dam, c’est-à-dire la perte ou la privation de Dieu, et de la gloire éternelle… Le damné cherche et souhaite avec ardeur de trouver le moyen de sortir de sa prison, pour aller posséder son Dieu. Mais jamais il ne le possédera, jamais il n’obtiendra ce qu’il désire…
X. La persévérance
Concile de Trente
Chapitre XIII. Le don de la persévérance
Il en est de même du don de la persévérance. Il est écrit à son sujet : Celui qui persévérera jusqu’ la fin sera sauvé (cela ne peut se faire que par celui qui a le pouvoir de maintenir celui qui est debout pour qu’il continue de l’être et de relever celui qui tombe). Que personne donc ne se promette rien de sûr avec une certitude absolue, bien que tous doivent placer et faire reposer dans le secours de Dieu la plus ferme espérance. Car Dieu, s’ils ne sont pas infidèles à sa grâce, mènera à son terme la bonne œuvre, comme il l’a déjà commencée, opérant en eux le vouloir et le faire. Pourtant, que ceux qui se croient être debout, veillent à ne pas tomber et travaillent à leur salut avec crainte et tremblement dans les fatigues, les veilles, les aumônes, les prières et les offrandes, dans les jeûnes et la chasteté. Sachant, en effet, qu’ils sont nés de nouveau dans l’espérance de la gloire, mais pas encore dans la gloire, ils doivent avoir des craintes concernant le combat qui leur reste contre la chair, contre le monde, contre le diable, combat dans lequel ils ne peuvent être vainqueurs que si, avec la grâce de Dieu, ils obéissent aux paroles de l’Apôtre : Nous ne sommes plus tenus, vis-à-vis de la chair, de vivre selon la chair. Si vous vivez, en effet, selon la chair, vous mourrez. Mais si par l’Esprit vous faites mourir les œuvres de la chair, vous vivrez.
XII. Le Paradis
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Le voyla pour jamais au-dessus des tentations du péché et exempt pour toujours des misères de la vie et des supplices de l’enfer. Le voyla pour jamais dans le pays des lumières éternelles et dans la compagnie des anges… Le voyla pour jamais dans la possession de Dieu, rempli de Dieu ,absorbé en Dieu… Le voyla pour jamais dans les joyes et dans les délices que l’œil ici-bas n’a jamais vu, et que ny les sens, ni le cœur de l’homme mortel n’ont jamais goûté… Voyla ce juste dont la bienheureuse âme est entre les mains de Dieu…
Voici quels sont les sept sceaux :
Celui du péché, celui de l’attachement aux biens de la terre, celui de l’attachement au plaisir des sens extérieurs, celui des passions et sens intérieurs, celui de l’emploi propriétaire des puissances de l’âme, celui de l’attachement à sa propre vie et enfin celui de l’attachement aux dons de Dieu. Lorsque l’âme est parvenue à les briser successivement, elle rejoint au fond du cœur Jésus ressuscité qui l’entraîne avec lui « pour l’abysmer heureusement dans la glorieuse immensité de sa Divinité ». Deux figures complètent l’image : en bas et à gauche du cœur, celle de Saint Jean, pleurant de ne voir personne digne d’ouvrir le livre fermé qu’est son propre cœur ; en bas et à droite, les vieillards qui le consolèrent en lui disant : « Ne pleure plus car voicy venir l’Agneau occis qui a vaincu, et qui est digne d’ouvrir le Live, et deffermer les sept sortes de sceaux ».
Quel que soit le prestige des prédicateurs et des conférenciers, le premier rôle de la mission, c’est celui du « tableauteur » ; il doit être un solide théologien doublé d’un humoriste. Dans les tableaux tout parle. Suspendues aux piliers ou alignées sur une longue ficelle se suivent les peintures simplistes et schématiques des vices et des splendeurs, symboles des dogmes heureux ou terribles de la religion. Les imageries pieuses et consolantes ne frappent pas autant que l’horreur des représentations symboliques des âmes pécheresses, des destinées malheureuses. Les regards vont droit aux êtres repoussants et aux couleurs terrifiantes : les animaux, emblèmes des sept péchés capitaux, le paon, le dragon, le bouc, le serpent, le crapaud, le tigre, le limaçon s’étalent dans un réalisme horrifique ; le diable trône assis dans un cœur, la fourche à la main en guise de sceptre. La baguette du prédicateur insiste, fixe le regard sur tel ou tel détail, et sa parole tour à tour familière et grave provoque des éclats de rire, soulève des mouvements d’émotion, instruit et moralise. Cette ingéniosité naïve qui revêt de formes concrètes ou de personnifications les embûches de la chair et les pièges de l’esprit saisit les âmes en quête de salut et qui voient dans le tableau comme dans un miroir leurs angoisses, leurs périls et leurs chutes. Mais en même temps se donnent les élévations consolantes sur les recours surnaturels, la prière, la dévotion spécialement à la Vierge et à l’Eucharistie. Ces pieuses méditations, c’est le tableau encore qui les suggère.
P. Kerbiriou
Descendances françaises 1930
Première moitié du 20° siècle
N° 56. Descendances étrangères Inde
Très souvent, les éditions publiées aux Indes, qu’elles soient dues à l’American Baptist Missionary Union, à la Religious Tract and Book Society, à la Church Missionary Society, à la Christian Literature Society, etc…, furent illustrées par une même série de dix images, spécialement conçues pour le pays et dont il devait exister des clichés en galvanoplastie permettant leur utilisation par des presses variées et dans des villes différentes. Les animaux des péchés y ont été modifiés et plus ou moins adaptés à la faune locale, puisqu’il s’agit d’un éléphant, d’un cobra, d’un chien, d’un rat, d’un lion, d’un renard et d’un vautour. Le diable y est figuré par une sorte de génie trapu, noir et cornu, qui est muni de petites ailes de chauve-souris, tandis que, d’une blancheur parfaite, l’ange reste immuablement européen. Le cœur du juste ne contient pas la représentation de la Trinité mais seulement la colombe au-dessus de la croix, alors que descendent vers lui des rayons issus du ciel. Dans le cœur du persévérant ont été introduits de nouveaux symboles : glaive, cuirasse, bouclier, ceinture et chaussures. Les images de la mort sont en composition bipartite, telles que nous les avons décrites dans l’édition hindie de 1897. Enfin, il est piquant d’observer quelles modifications affectent les visages surmontant les cœurs : celui du pécheur est un visage indigène dont le crâne dégarni s’orne seulement d’une farouche queue-de-cheval qui, dès la seconde image, disparaît ; puis, au fur et à mesure de l’acheminement vers le bien, l’ensemble s’européanise et l’on peut constater que, lorsqu’il parvient au stade de la persévérance, l’homme a subi une transformation qui fait de lui, non seulement par la coiffure et la forme de la moustache, mais encore par le traits du visage, un véritable Occidental…
Descendances étrangères Russie
Descendances étrangères Madagascar 1972
N° 62. Afrique du Sud Prétoria 1988
La série pour Blancs est polychrome et les détails des dessins y sont plus fouillés. La tête qui surmonte les cœurs rappelle curieusement celle de l’acteur Sean Connery. Le bouc y reste bouc. Anges et démons sont de race blanche, mais l’ange seul est blond. Les tentateurs, qui, au XVIIème siècle, étaient de purs gentilshommes de la cour de Louis XIV, ont pris ici une allure très actuelle de petits malfrats, vêtus de blue-jeans aux coutures piquées apparentes, de blousons et de tee-shirts. Dans le tableau de la mauvaise mort, trois amis de l’agonisant, en complet veston, s’affligent au pied du lit, près duquel gisent la traditionnelle bourse de pièces d’or et la cruche renversée, mais aussi quelques bouteilles d’alcool supplémentaires, un paquet de cigarettes et un coffret d’où sortent des billets de banque, un collier de perles et une montre à quartz. Le squelette, qui n’apparaît qu’en buste, drapé dans une cape noire, y est gigantesque et particulièrement repoussant. L’image de la bonne mort est actualisée par un lit à roulettes, une table de chevet en stratifié, une carafe de nuit avec son verre, un éclairage électrique à tirette et un fauteuil de style moderne. L’âme y prend aussi son envol vers une couronne d’or qui resplendit dans les cieux.
ANASTASIA CHOPPLET
Conférencière et Philosophe
Annexe 1 – La Sibylle d’Erythrées : An novelo Ancien. 1652 in J. Delumeau « Au rythme du monde Atlantique ».
Religion et peur
Les campagnes bretonnes, au XVIIème siècle, étaient-elles restées plus païennes que celles de Lorraine ou du diocèse de Chartres ? Ce n’est pas sûr. Depuis longtemps en tout cas des forces de christianisation y étaient à l’œuvre qui, ici comme ailleurs, s’efforçaient d’agir en inspirant la crainte. La Bretagne, elle aussi, connut les danses macabres (église de Ker-Maria, C0-du-N.) et la peur du jugement. Celui-ci est annoncé par la Sibylle d’Erythrées dans An Novelov Ancien, Ha Devot, imprimé à Quimper en 1650, mais qui reprenait un texte breton sensiblement antérieur XVème ou XVIème siècle).
565 « E syn an barn, an douar hep arat, « Au signe du jugement, la terre, sans labour,
En pep bro à chueso an goat : En tout pays suera le sang.
Ma-z duy a-n effaou dezraou mat, De sorte que viendra des cieux pour commencer
Vn roue à reno dreist pep oat. Un roi qui règnera par-dessus toute génération
566 - Present, ha stum, en quic humen, Présent et sous forme de chair humaine
Ezbarno an bet, hep retren, Il jugera le monde, sans merci( ?)
Hac Hac ez guillint Doue ho Roue plen, Et verront Dieu tout à fait leur roi,
Heretic trist,ha-n guir Christen. Le triste hérétique et le vrai chrétien.
567- A vuhel e-n oat padel en guelher, En haut, dans l’âge durable on le verra,
Gant é oll sent ententet, Avec tous ses saints, comprenez :
An corffaou antier gant ho speret, Les corps entiers avec leur esprit
En vn sarn, à vezo barnet . Tous ensemble seront jugés.
568 - An bet e-n strouez à gouruezo Le monde reposera dans les broussailles
Na merchetour gour ne labouro Ni fille ni homme ( ?) ne travailleront,
Idolou en saouzan à mono, Les idoles demeureront dans l’effroi ,
Ha madaou e-n bet en ho treto. Et il les considèrera comme des biens du monde ( ?)
569 – An tan glaou e-n effaou à dezraouo, Le feu de braise commencera aux cieux,
Ha-n douar sor hac an mor à deuoro, Et il dévorera la terre( ?) desséchée( ?) et la mer
Da-n Ifern à bern en em cerno, Dans l’enfer en tas il s’enroulera,
He perzet du a remuo. Il brisera( ?) les anges( ?) noirs.
570 – Cals sclerien guirion deboner, Beaucoup de lumière véritable pieuse,
Da corffou ansent à rener, On rendra aux corps des saints ;
Tu mechant puant à presenter, On présentera des gens méchants, puants,
Hac an tan eternel o faler. Et le feu éternel (sera) leur salaire.
571 – Neuse pep vnan à sauzano, Alors chacun s’effrayera,
E euraou da-n bet à repeto, Il récapitulera ses œuvres d’ici-bas ( ?),
Ha Doue da-n goulaou pan dezraouo, Et Dieu à la lumière, quand il commencera,
Calonaou secret à tretto. S’occupera des cœurs secrètement.
572 – Allas ouz traou ez caffaouer, Hélas ici-bas on gémira,
Ha dent gant gigonc à stroncer, Et on grincera des dents ;
An heoll an oer hep é sclerder, Le soleil, l’air (sera) sans sa clarté,
Ha-n oll à strou à reprouher. Et tous astres on détruira.
573 – An euff tizmat à trelato, Le ciel bientôt passera
Ha-n sclerder a-n loar à separo, Et la clarté se séparera de la lune ;
Ne mano menez ma couezo, Il ne restera montagne qui ne tombera
Ha treuier ho gra ho n-em sauo Et les vallées se soulèveront de leur abîme( ?).
574 – Iues ingal ez deualher, De même aussi on aplanira
Meneziou mor bras à goasquer, Les montagnes, on pressera la grande mer,
Ho labour da pep specc à cesser, On fera cesser leur ouvrage à toute espèce,
Ha-nouar dre fin à ruhiner. Enfin on ruinera la terre.
575 – A-n tan en pep guen feunt euniaou, Dans tout marais par le feu les fontaines
A secher hac àlosq e-n riureraou On assèchera, lui qui brûle dans les rivières ;
Neuse an stirill a-n trompillaou Alors l’éclat des trompettes,
A cleuer, ho leuff diouz an effaou. On entendra leur plainte du ciel.
576 – Oz rentiff da-n bet he pechedaou, Récitant au monde ses péchés,
Oz diougan gant goueluan an poaniau, Prophétisant en gémissant ses peines,
Ma-z guelher a-n lfern he cernaou, De sorte qu’on verra les cercles de l’enfer
Dre-n douar fraillet é metaou. A travers la terre brisée en son milieu.
577 – Asambles Rouanez e-n dezraou, Ensemble, des rois, au début,
A preanter hep guer faut da-n Autraou, On présentera sans qu’il manque un mot au Seigneur
A-n euff ez duy an tan da-n traou, Du ciel viendra le feu ici-bas,
Hac vn riuier souff. Leun à gouffrou. » Et une rivière de soufre pleine de gouffres.
(D’après G. Pinault, An Novelo Ancien Ha Devot, dans Annales de Bretagne, 1968, t. LXXV (1969), pp. 676.682).
In Jean Delumeau « Au rythme du monde atlantique (1550-1675) »
Annexe 2 – Indulgence pour montrer les Cartes. In X. Séjourné. « Histoire du Vénérable P. Maunoir ». 1895
INDULGENCES POUR MONTRER LES CARTES
Nous, René du Louet,
Par la grâce de Dieu et du Saint-Siège
Evêque et comte de Cornouaille,
Ayant appris que les habitants de Douarnenez avaient interrompu la louable coutume qu’ils avaient, tous les dimanches devant vêpres, de lire et de voir dans le cimetière ou autres places décentes les instructions spirituelles que feu M. Michel le Nobletz avait laissées dans les énigmes et peintures spirituelles pour inspirer la crainte et l’amour de Dieu dans l’esprit des fidèles, exhortons les mêmes habitants de Douarnenez, les paroissiens de Plouaré et autres, de reprendre leur ancienne coutume selon les ordres que feu M. Michel le Nobletz nous avait présentés et que nous approuvons ; et à ce que chacun y assiste avec lus de ferveur, nous donnons quarante jours d’indulgence à ceux des fidèles de l’un et l’autre sexe, toutes fois et quante qu’ils seront présents à cet exercice, avec défense à toutes personnes de les trouver , sous peine d’obéissance.
Donné dans notre palais épiscopal de Lanyron, ce 23 août 1660
René du Louet, Evêque de Cornouaille.
(D’après une copie tirée des archives de l’Evêché de Quimper.)
In Xavier Augustin. Séjourné « Histoire du Vénérable P. Maunoir »
Annexe 3 – Journal du P. Maunoir. « La mission en 1642 ». in A. Croix et F. Roudaut
La mission de 1642
« L’an passé, l’époque de la moisson ne nous avait pas permis de tout mener à bien. Il nous fut agréable de constater que ces insulaires, qui l’année précédente, avaient goûté la douceur de l’Evangile, avaient fait de grands progrès dans la connaissance de l’amour de Jésus-Christ, et que presque tous avaient persévéré dans la pratique de la vertu. Nous donnâmes le Carême tout entier aux iles. L’île d’Ouessant est la plus grand et est habitée par 4 000 personnes environ (1).
Cette constance des insulaires dans la vertu, nous l’espérions déjà de la mission de l’an dernier. Au cours de celle-ci, on célébra dans l’île d’Ouessant les noces de notables de l’île : personne n’osa y danser, d’autant plus que nous étions attaquées aux danses. Comme certains assuraient qu’il était permis de danser dans les noces, (les îliens) déclarèrent : « Jamais nous e danserons ». On ne vit personne non plus en état d’ivresse aux mariages. Que personne parmi nos jeunes n’allât danser dans les noces, ce fut admirable ; que personne ne s’y enivrât, ce fut un prodige chez des Bretons.
On trouvera peut-être bon d’avoir quelques connaissances sur la nature de cette île et de ses habitants. Ce sont les marées, nous l’avons vu, qui rendent le passage à l’île de Sein si dangereux : ce son les mêmes que l’on retrouve dans ce passage qui sépare l’ile du continent de cinq lieues. L’accès de l’ile est redoutable à cause des roches qui entourent celle-ci : pour aborder l’ile, il faut escalader en rampant un rocher très élevé qui domine les constructions, et on n’y monterait pas sans la main d’un guide qui connaisse le chemin. L’ile abonde en moutons, vaches, chevaux et céréales de toutes sortes. La tentation d’Eve n’aurait pas eu lieu ici : il n’y a ni arbres (et, si l’on en transplante un du continent, il meurt aussitôt), ni serpents. Les habitants vivent jusqu’à cent, cent vingt, certains même jusqu’à cent quarante ans. Si l’un d’eux meurt octogénaire, on le pleure comme enlevé par une mort prématurée. Les hommes se livrent à la pêche, les femmes au travail de la terre. Pour aviver le feu, on emploie cette herbe marine dont j’ai parlé à l’ile de Sein (2), de la bouse de vache séchée au soleil, et des mottes d’une certaine sorte de terre : bouses et mottes sont utilisées en beaucoup d’endroits de Cornouaille. »
Journal de P. Maunoir
(1) L’autre île dont il est question est Molène
(2) Le goémon séché
Annexe 4 – P. Verjus. « Religion et magie » in Vie de M. Le Nobletz. 1666
Religion et magie
Le P. Boschet, qui publia en 1697, Le parfait missionnaire ou la vie du R.P. Julien Maunoir, écrivit que la foi pénétra alors en Bretagne « comme au commencement d l’Eglise ». Quant au P. Michel Le Nobletz, qui prêcha en Basse Bretagne à partir de 1610, il y découvrit « des désordres et des superstitions qui lui tirèrent les larmes des yeux ». Voici un passage caractéristique d’une biographie de Michel Le Nobletz publié en 1666 :
« Il se trouvait des femmes en grand nombre qui balayaient soigneusement la chapelle la plus proche de leur village et, en ayant ramassé la poussière, la jetaient en l’air afin d’avoir le vent favorable pour le retour de leurs maris ou de leurs enfants qui étaient en mer. Il y en avait d’autres qui prenaient les images des saints dans les mêmes chapelles et qui les menaçaient de toute sorte de mauvais traitements s’ils ne leur accordaient le retour prompt et heureux des personnes qui leur étaient chères : et elles exécutaient en effet leurs menaces, fouettant ces saintes images ou les mettant dans l’eau quand elles n’en obtenaient pas tout ce qu’elles prétendaient.
Quelques-un jetaient dans les champs un trépied ou n couteau crochu pour empêcher que les loups n’endommageassent leur bétail quand il était égaré. On en voyait plusieurs qui avaient grand soin de vider toute l’eau qui se trouvait dans une maison, quand quelqu’un y était décédé, de peur que l’âme du défunt ne s’y noyât, et qui mettaient des pierres auprès du feu que chaque famille a coutume d’allumer la veille de la saint Jean-Baptiste, afin que leurs pères et leurs ancêtres vinssent s’y chauffer à l’aise. On souffrait en quantité d’endroits que les jeunes gens des deux sexes dansassent durant une partie de la nuit dans les chapelles qui sont en ce païs-la en grand nombre à la campagne et l’on eût cru commettre quelque sorte d’impiété de les empêcher de célébrer les fêtes des saints d’une manière si profane et si dangereuse.
C’était dans ces mêmes lieux une coutume reçue de se mettre à genoux devant la nouvelle lune et de dire l’oraison dominicale en son honneur ; c’en était une aussi de faire le premier jour de l’an une espèce de sacrifice aux fontaines publiques, chacun offrant un morceau de pain couvert de beurre à celle de son village. Ils faisaient encore ailleurs au même jour à ces fontaines les offrandes d’autant de pièces de pain qu’il y avait de personnes dans leurs familles, jugeant de ceux qui allaient mourir cette année-là par la manière dont ils voyaient flotter sur l’eau les morceaux qu’ils avaient jetés en leur nom. Mais les offrandes que plusieurs faisaient au malin esprit étaient bien plus abominables : ces pauvres gens, pensant aussi bien que les Manichéens qu’il y eut deux principes des bonnes choses et des mauvaises choses, croyaient que le diable avait produit le blé noir ou sarrazin : de manière qu’après avoir fait la récolte de cette dernière sorte de grains dont se nourrissent les plus pauvres de quelques provinces du royaume, ils en jetaient plusieurs poignées dans les fosses qui bordaient les champs d’où ils les avaient recueillis pour en faire présent à celui à qui ils s’imaginaient en avoir l’obligation. »
(Antoine de Saint-André dit le P. Verjus, Vie de Michel Le Nobletz, 1666, livre V, ch. III)
In J. Delumeau : documents de l’histoire de Bretagne.
Annexe 5 – Concile de Trente. T. 1 – T. 2.
Concile de Trente – Session V
Sur la charge du clergé :
9 Mais parce que prêcher l’Evangile n’est pas moins nécessaire que l’enseigner à l’Etat chrétien, et que c’est là la charge principale des évêques, le même saint concile a statué et décrété que tous les évêques, archevêques, primats ainsi que tous les autres prélats des églises seraient tenus de prêcher eux-mêmes le saint Evangile de Jésus, à moins qu’ils n’en soient légitimement empêchés.
10 S’il arrive que les évêques et autres dignitaires nommés plus haut soient retenus par un empêchement légitime, ils seront tenus, conformément à la forme prescrite par un concile général, de prendre les hommes capables pour remplir cette charge de la prédication, d’une manière salutaire pour les âmes. Si quelqu’un méprise l’accomplissement de cette tâche, il sera soumis à un châtiment rigoureux.
11 Les archiprêtres aussi, les curés et tous ceux qui sont à la tête, de quelque manière que ce soit, d’églises paroissiales ou autres ayant charge d’âmes, eux-mêmes ou par d’autres capables, s’ils sont légitiment empêchés, au moins les dimanches et lors des fêtes solennelles, nourriront des paroles de salut le peuple qui leur est confié selon leur capacité personnelle et celle de leurs auditeurs. Ils leur enseigneront ce que tous doivent savoir pour leur salut et leur apprendront brièvement, et en un langage facile, les vices dont il leur faut s’écarter et les vertus qu’il leur faut pratique pour qu’ils puisse échapper aux peines éternelles et obtenir la gloire céleste. Si l’un d’eux néglige de s’en acquitter, même s’il prétend être exempt pour quelque raison que ce soit de la juridiction de l’évêque, même si l’église était dite exempte de quelque manière ou peut-être annexée ou unie à un monastère se trouvant hors du diocèse, du moment qu’en fait ces églises sont dans le diocèse, que la sollicitude pastorale des évêques ne fasse pas défaut, de peur que ne se réalise la parole : Les petits enfants on demandé du pain, et il n’ avait personne pour le leur rompre. C’est pourquoi lorsque, avertis par l’évêque, ils auront manqué leur charge pendant trois mois, ils seront l’objet des censures ecclésiastiques ou d’autres au jugement de l’évêque lui-même, en sorte que même, si cela semble convenir à ce dernier, on prenne sur les revenus des bénéfices pour verser à un autre, qui remplira la fonction, une juste somme, et cela jusqu’à ce que le titulaire revenant à résipiscence s’acquitte de son devoir.
Concile de Trente session VI
Chapitre X. L’accroissement de la grâce reçue
Ainsi donc, ceux qui ont été justifiés et sont devenus amis de Dieu et membres de sa famille, marchant de vertu en vertu, se renouvellent (comme dit l’Apôtre) de jour en jour, c’est-à-dire en mortifiant les membres de leur chair, en les présentant comme des armes à la justice pour la sanctification, par l’observation des commandements de Dieu et de l’Eglise ; ils croissent dans cette justice reçue par la grâce du Christ, la foi coopérant aux bonnes œuvres ; et ils sont davantage justifiés, selon ce qui est écrit : Celui qui est juste, sera encore justifié, et aussi : Ne crains pas d’être justifié jusqu’à la mort, et encore : Vous voyez que l’homme est justifié par les oeuvres et non par la foi seule. Cet accroissement de justice, la sainte Eglise le demande quand elle dit dans sa prière : Seigneur augmente en nous la foi, l’espérance t la charité.
Chapitre XI. L’observation des commandements. Sa nécessité et sa possibilité
Personne, si justifié qu’il soit, ne doit penser qu’il est libéré de l’observation des commandements. Personne ne doit user de cette expression téméraire et interdite sous peine d’anathème par les Pères, à savoir que pour l’homme justifié les commandements de Dieu sont impossibles à observer. Car D'une commande pas de choses impossibles, mais en commandant il t’invite à faire ce que tu peux et à demander ce que tu ne peux pas, et il t’aide pour que tu le puisses ; ses commandements ne sont pas pesants, son joug est doux et son fardeau léger. En effet, ceux qui sont enfants de Dieu aiment le Christ ; ceux qui l’aiment (comme il en témoigne lui-même) gardent ses paroles, ce qui leur est toujours possible avec l’aide de Dieu. Bien qu’en cette vie mortelle, aussi saints et justes qu’ils soient, ils tombent parfois au moins dans les péchés légers et quotidiens, qu’on appelle aussi véniels, ils ne cessent pas pour cela d’être justes. En effet l’expression humble et authentique des justes est celle-ci : Remets-nous nos dettes. C’est pourquoi les justes eux-mêmes doivent se sentir d’autant plus obligés à marcher dans la voie de la justice que, désormais libérés du péché, devenus serviteurs de Dieu, vivant dans la tempérance, la justice et la piété, ils peuvent progresser par le Crist Jésus qui leur a ouvert l’accès à cette grâce. Car ceux qu’il a justifiés une fois, Dieu ne les abandonne pas, à moins qu’il ne soit d’abord abandonné par eux. C’est pourquoi personne ne doit se rassurer dans la foi seule, pensant que par la foi seule, il a été constitué héritier et obtiendra l’héritage, même s’il ne souffre pas avec le Christ pour être glorifié avec lui. Car le Christ lui-même (comme le dit l’Apôtre), tout Fils de Dieu qu’il fût, a appris par ses souffrances à obéir, et, ayant tout accompli, est devenu cause de salut éternel pour tous ceux qui lui obéissent. C’est pourquoi l’Apôtre lui-même avertit ceux qui ont été justifiés en ces termes : Ne savez-vous pas que, dans les courses du stade, tous courent, mais un seul obtient le prix ? Courez de manière à le remporter. Pour moi, donc, c’est ainsi que je cours, non à l’aventure ; c’est ainsi que je combats, non comme en frappant dans le vide. Mais je châtie mon corps et je le réduis en esclavage, de peur qu’après avoir prêché aux autres je ne sois moi-même éliminé. Et Pierre, le prince des Apôtres : Appliquez-vous à rendre certaine votre vocation et votre élection par vos bonnes œuvres ; en agissant ainsi vous ne pécherez jamais. Il est par là évident qu’ils s’opposent à la doctrine orthodoxe de la religion ceux qui disent que, dans toute bonne action, le juste pèche au moins véniellement, ou (ce qui est plus intolérable) mérite les peines éternelles ; de même aussi ceux qui déclarent que les justes pèchent dans toutes leurs actions, si, voulant secouer en eux leur indolence et s’encourager à courir dans le stade, ils considèrent, en même temps que la glorification mise en premier lieu, la récompense éternelle, alors qu’il est écrit : J’ai disposé mon cœur à la pratique de tes prescriptions à cause de la récompense, et que l’Apôtre dit de Moïse qu’il avait les yeux fixés sur la récompense.
Session XIII
Chapitre II. Raison de l’institution de ce très saint sacrement
Donc, notre Sauveur, allant quitter ce monde pour le Père, a institué ce sacrement dans lequel il a en quelque sorte répandu les richesses de son amour divin pour les hommes, laissant un mémorial de ses merveilles, et il nous a donné dans la réception de ce sacrement de célébrer sa mémoire et d’annoncer sa mort jusqu’à ce qu’il vienne pour juger lui-même le monde. Il a voulu ce sacrement comme aliment spirituel des âmes qui nourrit et fortifie ceux qui vivent de sa vie, lui qui a dit : qui me mange vivra lui-même par moi, et comme antidote nous libérant des fautes quotidiennes et nous préservant des péchés mortels. Il a voulu, en outre, que ce soit le gage de notre gloire à venir et de notre félicité éternelle, en même temps qu’un symbole de cet unique corps dont il est lui-même la tête et auquel il a voulu que nous, en tant que ses membres, nous soyons attachés par les liens les plus étroits de la foi, de l’espérance et de la charité, en sorte que nous disions tous la même chose et qu’il n’y ait pas de divisions parmi nous.
Chapitre VIII. L’usage de ce sacrement admirable
Pour ce qui est de l’usage, nos pères ont justement et sagement distingué trois manières de recevoir ce saint sacrement. Ils ont enseigné que certains ne le reçoivent que sacramentellement en tant que pécheurs. D’autres ne le reçoivent que spirituellement : ce sont ceux qui, mangeant par le désir le pain céleste qui leur est offert avec cette foi vive qui opère par la charité, en ressentent le fruit et l’utilité. D’autres, enfin, le reçoivent à la fois sacramentellement et spirituellement ; ce son ceux qui s’éprouvent et se préparent de telle sorte qu’ils s’approchent de cette table divine après avoir revêtu la robe nuptiale. Dans la réception sacramentelle, l’usage a toujours été dans l’Eglise de Dieu que les laïcs reçoivent la communion des prêtres et que les prêtres qui célèbrent se communient eux-mêmes ; cette coutume, en tant que venant de la tradition apostolique, doit être maintenue à juste titre et à bon droit. Enfin, avec une affection paternelle, le saint concile avertit, exhorte, demande et conjure, par les entrailles de la miséricorde de Dieu, tous et chacun de ceux qui portent le nom de chrétiens de se retrouver enfin désormais ne formant qu’un seul cœur, dan ce signe de l’unité, dans ce lien de la charité, dans ce symbole de l’accord des cœurs ; se souvenant de la majesté si grande et de l’amour si admirable de Jésus Christ notre Seigneur, qui a donné sa chère vie pour prix de notre salut et sa chair pour que nous la mangions, qu’ils croient et vénèrent les saints mystères de son corps et de son sang avec une foi si constante et ferme, avec un coeur si dévot, avec une piété et un respect tels qu’ils puissent recevoir fréquemment ce pain supersubstantiel. Qu’il soit vraiment la vie de leur âme et la santé perpétuelle de leur esprit ; que, fortifiés par sa vigueur, ils soient à même de terminer le chemin de leur malheureux pèlerinage pour entrer dans la patrie céleste, où ils seront nourris sans aucun voile par ce pain des anges qu’ils mangent seulement sous de voiles sacrés.
Puisqu’il ne suffit pas de dire la vérité si l’on ne fait apparaître et si l’on ne réfute pas les erreurs, le saint concile a décidé d’ajouter les canons suivants pour que tous, une fois bien connue la doctrine catholique, comprennent aussi quelles hérésies doivent être écartées et évitées.
Session XIV
Chapitre V. La confession
De l’institution du sacrement de pénitence que l’on a déjà expliquée, l’Eglise universelle a toujours compris que l’entière confession des péchés avait été aussi institué par le Seigneur et qu’elle était de droit divin nécessaire pour tous ceux qui sont tombés après le baptême.
Session XXIII
Canon XVIII
L’adolescence, si elle n’est pas bien éduquée, est portée à suivre les voluptés du monde. Si elle n’st pas forme dès les tendres années à la piété et à la religion, avant que l’habitude des vices ne s’emparer entièrement des homes, elle ne persévérera jamais parfaitement dans la discipline ecclésiastique, à moins d’une aide très grande et toute particulière du Dieu tout-puissant. C’est pourquoi le saint concile statue que toutes les églises cathédrales, métropolitaines et autres, supérieurs à celles-ci, en fonction de leurs ressources et de l’étendue du diocèse soient tenues de nourrir, d’élever religieusement et de former aux disciplines ecclésiastiques un nombre déterminé d’enfants de la ville même et du diocèse, ou de la province, si l’on n’en trouve pas dans la ville ou le diocèse, dans un collège choisi par l’évêque pour cela, près de ces églises ou dans un autre lieu convenable. Dans ce collège on recevra ceux qui ont au moins douze ans, qui sont nés d’un mariage légitime, savent suffisamment lire et écrire, et dont le caractère est la volonté font espérer qu’ils se consacreront pour toujours aux ministères de l’Eglise. Le concile veut qu’on choisisse spécialement les enfants des pauvres ; il n’exclut pourtant pas ceux des riches, à condition qu’ils soient nourris à leurs propres frais et manifestent le grand désir de servir Dieu et l’Eglise. Après avoir réparti ces enfants en autant de classes qu’il leur semblera bon, selon leur nombre, leur âge et leurs progrès dans la discipline ecclésiastique, l’évêque en appliquera une partie, lorsque cela lui semblera opportun, au service des églises et en retiendra une partie pour étudier dans le collège ; il en mettra d’autres à la place de ceux qu’il aura retirés, en sorte que ce collège soit comme ne sorte de perpétuelle pépinière (seminarium) de ministres de Dieu. Pour qu’ils soient plus facilement formés dans la discipline ecclésiastique, ils porteront immédiatement et toujours la tonsure et l’habit clérical ; on leur enseignera la grammaire et le chant, le comput ecclésiastique et les autres connaissances utiles. On leur enseignera l’Ecriture sainte, les livres ecclésiastiques, les homélies des saints, la manière d’administrer les sacrements, par –dessus tout ce qui semblera opportun pour entendre les confessions, ainsi que les rites et les règles des cérémonies. L’évêque veillera à ce qu’ils assistent chaque jour au sacrifice de la messe et confessent leurs péchés au moins une fois par mois ; qu’ils soient au service de la cathédrale et des autres églises du lieu aux jours de fête. Toutes ces choses et les autres qui seront opportunes et nécessaires pour cela seront établies par chaque évêque assisté de deux chanoines des plus anciens et des plus sérieux, qu’il aura lui-même choisis selon ce que lui inspirera l’Esprit Saint. L’évêque fera tout, par de fréquentes visites, pour que ces prescriptions soient toujours observées. Il punira sévèrement ceux qui ont mauvais caractère et sont incorrigibles, et ceux qui sèment de mauvaises moeurs, même en les chassant, si cela est nécessaire. Supprimant tous les obstacles, il prendra un grand soin de tout ce qui lui semblera bon pour conserver et développer une si précieuse et sainte institution.
Session XXIV
Canon IV
Désirant que la charge de la prédication, charge principale des évêques, soient remplie le plus fréquemment possible pour le salut des fidèles, le saint concile adapte aux usage de l’époque actuelle les canons publiés à ce sujet sous le pontificat de Paul III, d’heureuse mémoire ; il ordonne que les évêques dans leur propre église, par eux-mêmes ou, s’il en sont légitiment empêchés, par ceux qu’ils désigneront pour la charge de la prédication, et dans les autres églises, par les curés, ou, si ceux-ci sont empêchés, par d’autre qui devront être nommés par l’évêque, aux frais de ceux qui sont tenus ou ont coutume d’assurer ces dépenses, expliquent la sainte Ecriture et la loi de Dieu : cela, au moins tous les dimanches et jours de fête solennelle ; tous les jours ou au moins trois fois par semaine, si on pense qu’il le faut, au temps des jeûnes, du carême et de l’avent ; et même en d’autres temps, toutes les fois qu’ils jugeront que cela peut se faire opportunément. L’évêque aura soin d’avertir le peuple que chacun est tenu d’être présent dans sa paroisse, où cela peut se faire facilement, pour y entendre la parole de Dieu. Mais que personne, particulier ou régulier, ne prenne l’initiative de prêcher, même dans les églises de son Ordre, l’évêque s’y oppose. Les évêques auront soin aussi qu’au moins les dimanches et les jours de fête, dans chaque paroisse, ceux que cela concerne mettent toute leur diligence à enseigner aux enfants les rudiments de la foi et l’obéissance qu’ils doivent à Dieu et à leurs parents ; s’il est nécessaire, qu’ils les y contraignent même par les censures ecclésiastiques. Ce, nonobstant les privilèges et les coutumes. Pour le reste, tout ce qui a été décrété concernant la charge de la prédication sous le même Paul III demeure en pleine vigueur.
Canon VII
Pour que le peuple fidèle s’approche avec plus de respect et de dévotion intérieure des sacrements qu’ils doivent recevoir, le saint concile ordonne à tous les évêques, lorsqu’ils administreront eux-mêmes ces sacrements au peuple, non seulement qu’ils en expliquent d’abord la vertu et l’usage en fonction de ce que comprennent ceux qui les reçoivent, mais qu’ils s’efforcent aussi de faire observer la même chose, avec piété et prudence, par chaque curé, en recourant même à la langue vulgaire si cela est nécessaire ou peut facilement se faire, selon la forme prescrite par le saint concile dans la catéchèse de chaque sacrement. Les évêques prendront soin de faire traduite fidèlement cette forme en langue vulgaire et de la faire exposer au peuple par tous es curés. Au cours de la solennité de la messe, ou de la célébration de l’office, ils expliqueront en langue vulgaire, aux jours de fête et aux solennités, les paroles sacrées et les avis salutaires, ils s’efforceront des les faire pénétrer dans tous les cœurs (en laissant de côté les questions inutiles), et de les instruire dans la loi du Seigneur.
Session XXV
Canon IX
De plus, on doit avoir et garder, surtout dans les églises, les images du Christ, de la Vierge Marie Mère de Dieu et des autres saints, et leur rendre l’honneur et la vénération qui leur sont dus. Non pas parce que l’on croit qu’il y a en elles quelque divinité ou quelque vertu justifiant leur culte, ou parce qu’on doit leur demander quelque chose ou mettre sa confiance dans des images, comme le faisaient autrefois les païens qui plaçaient leur espérance dans des idoles, mais parce que l’honneur qui leur est rendu envoie aux modèles originaux que ces images représentent. Aussi, à travers les images que nous baisons, devant lesquelles nous nous découvrons et nous prosternons, c’est le Christ que nous adorons et les saints, dont elles portent la ressemblance, que nous vénérons. C’est ce qui a été défini par les décrets des conciles, spécialement du deuxième concile de Nicée, contre les adversaires des images.
Les évêques enseigneront avec soin que, par le moyen de l’histoire des mystères de notre rédemption représentés par des peintures ou par d’autres moyens semblables, le peuple est instruit et affermi dans les articles de foi, qu’il doit se rappeler et vénérer assidûment. Et l’on retire aussi grand fruit de toutes les images saintes, non seulement parce que sont enseignés au peuple les bienfaits et le dons que lui confère le Christ, mais parce que, aussi, sont mis sous les yeux des fidèles les miracles de Dieu accomplis par les saints et es exemples salutaires donnés par ceux-ci : de la sorte, ils en rendent grâces à Dieu, ils conforment leur vie et leurs moeurs à l’imitation des saints et sont poussés à adorer et aimer Dieu et à cultiver la piété. Si quelqu’un enseigne ou pense des choses contraires à ces décrets : qu’il soit anathème.
Si certains abus s’étaient glissés dans ces saintes et salutaires pratiques, le saint concile désire vivement qu’ils soient entièrement abolis, en sorte qu’on expose aucune image porteuse d’une fausse doctrine et pouvant être l’occasion d’une erreur dangereuse pour les gens simples.
Si certains abus s’étaient glissés dans ces saintes et salutaires pratiques, le saint concile désire vivement qu’ils soient entièrement abolis, en sorte qu’on n’expose aucune image porteuse d’une fausse doctrine et pouvant être l’occasion d’une erreur dangereuse pour les gens simples. S’il arrive parfois que l’on exprime par des images les histoires et les récits de la sainte Ecriture, parce que cela sera utile pour des gens sans instruction, on enseignera au peuple qu’elles ne représentent pas pour autant la divinité, comme si celle-ci pouvait être vue avec les yeux du corps pour exprimée par des couleurs et par des formes.
On supprimera donc toute superstition dans l’invocation des saints, dans la vénération des reliques ou dans un usage sacré des images ; toute recherche de gains honteux sera éliminée ; enfin toute indécence sera évitée, en sorte que les images ne soient ni peintes ni ornées d’une beauté provocante. Et les fidèles n’abuseront pas de la célébration des saints ni de la visite des reliques pour en faire des occasions de festins et de beuveries, comme si les jours de fête en l’honneur des saints devaient se passer dans la débauche et l’inconduite. Enfin les évêques apporteront à cela un si grand soin et une si grande diligence que rien de désordonné, rien d’intempestif et de tumultueux, rien de profane et rien de malhonnête ne se produise, puisque la sainteté convient à la maison de Dieu. Pour que cela soit plus fidèlement observé, le saint concile statue qu’il n’est permis à personne, dans aucun lieu ou église, même exempte, de placer ou faire placer une image inhabituelle, à moins que celle-ci n’ait été approuvée par l’évêque. On ne reconnaîtra pas de nouveaux miracles, on ne recevra pas de nouvelles reliques sans l’examen et l’approbation de l’évêque. Dès que celui-ci apprendra quelque chose de ce genre, il prendra avis de théologiens et d’autres hommes pieux et fera ce qu’il jugera conforme à la vérité et à la piété. S’il faut extirper quelque abus objet de doute ou difficile, ou si une plus grave question se présente sur ces choses, avant d’annuler la controverse l’évêque attendra l’avis du métropolitain et des évêques de sa province réunis en concile provincial, de telle sorte cependant que l’on ne décrète rien de nouveau et d’inusité jusque-là dans l’Eglise, sans avoir consulté le souverain pontife romain.
Annexe 6 – Citations concernant les références au cœur dans la Bible.
Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, de toute ta force. Les paroles es commandements que je te donne aujourd’hui seront présentes à ton cœur (Dr 6, 5-6).
Je vous donnerai un cœur neuf et je mettrai en vous un esprit neuf ; j’enlèverai de votre corps le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair (Ez 36, 26).
Crée pour moi un cœur pur, Dieu ; enracine en moi un esprit tout neuf (Ps 51,12).
Il y a un creuset pour l’argent et un four pour l’or, mais c’est le Seigneur qui éprouve les cœurs (Pr 17,3).
Je sais, mon Dieu que tu sondes le coeur et que tu agrées la droiture (1 Ch 29, 17).
Amassez-vous des trésors dans le ciel, où ni les mites ni les vers ne font de ravages, où les voleurs ,ne percent ni ne dérobent. Car où est ton trésor, là aussi sera ton cœur (Mt6, 20-21).
L’homme bon, du bon trésor de son cœur, tire le bien et le mauvais, de son mauvais trésor, tire le mal ; car ce que dit la bouche c’est ce qui déborde du cœur (LC 6,45).
L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit saint qui nous a été donné (Rm 5,5).
Que votre parure ne soit pas extérieure ; cheveux tressés, bijoux d’or, toilettes élégantes ; mais qu’elle soit la disposition cachée du cœur parure incorruptible d’un esprit doux et paisible, qui est d’un grand prix devant Dieu (1 p 3, 3-4).
Annexe 7 – Textes d’Oraison cordiale.
Ainsi, en 1654, le P. Eloy Hardouin de Saint-Jacques conseille-t-il, dans L’Empire de Jésus-Christ souffrant dans les cœurs, un retour continuel en son cœurs, pour y posséder délicieusement son douloureux Jésus après l’y avoir mis par une foy vigoureuses, puissante et animée.
Il précise que, par ce moyen,
L’oraison est extraordinaire, parce qu’une âme appliquée à cette pratique ne sert plus de discours, raisonnements, et méditations sur un sujet préparé, mais d’abord qu’elle entre en oraison, par le retour en son cœur, elle y trouve son Jésus souffrant, qu’elle y a mis par un acte de foy, et pour lors elle se trouve aussi esclairée de lumières, et embrasée d’amour… qui si elle avoit médité toute la Passion du douloureux Jésus, veu qu’elle l’a par habitude dans son cœur.
Dans son Ouverture intérieure du Royaume de l’Agneau occis dans nos cœurs, Jean Aumont décrit l’exercice spirituel qu’il préconise en proposant tout d’abord la méthode :
Il faut s’essaier doucement : d’avoir, et concevoir Jésus en nos cœurs en esprit, et par foy, et y exercer cette foy par amour vers luy dans toute la suavité, et liberté possible, sans empressement ny inquiétude, ny chagrin, ce que nous recommandons sur toute chose, c’est de s’abstenir de l’empressement ou trop violents efforts de l’imagination, car icy nous devons plus à la foy et à la grâce qu’à la raison, et plus à l’amour qu’aux lumières de l’entendement ; quoy qu’un chacun en puisse user selon sa discrétion, et son ouverture intérieure.
Et il explique plus loin l’essence même de l’oraison cordiale :
Il nous faut icy apprendre à monter en descendant, du haut de nostre propre esprit naturel, jusques au fond des prodigieux abbaissements du divin Jésus : et par luy et en luy remonter outre nous-mesmes en sa divinité.
P. Gabriel Le Fébure,
Paru en 1674 : Le Paradis intérieur du cœur de l’homme chrestien, où l’on peut lire une description qui évoque les cœurs des Images morales :
Tandis que Jésus n’est pas dans mon cœur, hélas quels monstres, et quelles ordures le possèdent. Quant Jésus n’est pas en mon cœur, cruelles aridités, maudites sécheresses, pourquoy persécutez-vous ainsi mon Ame, que je j’ay nul sentiment de mon Dieu… Quand le cœur est l’empire où règne Jésus-Christ, ce cœur est Paradis…
Annexe 8 – Pensée sur la mort. In A. Croix
« ô mon Dieu ; faites par votre infinie miséricorde, que la pensée de la mort occupe continuellement mon esprit, et fasse sur mon cœur les plus vives impressions. Par ce moyen je tiendrai ma parole, je détruirai dans moi tout ce qui peut vous déplaire, et je vivrai continuellement dans votre amour, et par amour. » P. Huby
Cité in A. Croix « La Bretagne au XVII et XVIIIème siècle p 1231. 1981
Le P. le Nobletz insitoit ses fidèles à « employer ce qui leur restoit de vie pour faire pénitence » et puis d’un seul coup exhibe « au haut d’une croix route, qu’il fit paroistre tout à coup entre ses mains, une teste de mort : et l’élevant et la faisant voir à tous ses auditeurs, y en a-t-il aucun d’entre vous, leur dit-il, qui espère que sa teste, qui est maintenant pleine de vie, puisse ne pas devenir au mesme estat que celle-cy ? Voyant alors tout ce bon peuple effrayé de la manière surprenante dont il se servoit pour les obliger de penser à la dernière fin : je vous laisse, luy dit-il, mes Frères, cette teste de mort pour vous prescher les veritez de l’Evangile en mon absence. Je vous conjure au nom du Dieu vivant, et pour vostre propre salut, de l’écouter souvent, et d’apprendre d’elle que vous de sçauriez apporter trop de soin à vous bien préparer à la mort. Soit que vous mangiez, soit que vous beuviez, soit que vous travailliez, ou que vous vous reposiez, pensez que toutes ces actions, les plus nécessaires de la vie, sont autant de causes de vostre mort, ou autant de marques de la nécessité que vous avez de la subir. Méprisez le monde, et renoncez à ses loix : parce que le monde et toutes les choses du monde ne sont rien qu’une figure, qui passe bient-tost, et qui disparoist par la mort. Délivrez vostre cœur de la convoitise de tous les biens de la terre : parce qu’ils sont périssables de leur nature, et que quand il ne le seroient pas, il faudroit les quitter par la mort. Il continua cette mesme figure pendant la meilleure partie de son discours, finissant presque toutes ses périodes par ces paroles. Il faut mourir… ». P. le Nobletz
Cité in A. Croix Ibd p 1232
Annexe 9 – La Complainte de l’ossuaire (Gwerz Ar Garnel). 1750
Traduction du chanoine H. Pérennès, Les Hymnes de la Fête des Morts en Basse-Bretagne, Annales de Bretagne, t.36, 1924-1925, p. 586-587.
1
« Allons à l’ossuaire, chrétiens, et voyons les reliques
« De nos frères, nos sœurs, de nos pères, nos mères,
« De nos voisins, de nos plus grands amis
« Voyons le triste état auquel ils sont réduits.
2
« Vous les voyez en morceaux, réduits en miettes,
« Et même la plupart ne sont plus que poussière
« On ne voit plus leur noblesse, leurs richesses, leur beauté,
« La mort et la terre les ont détruites.
3
« Pauvre et riche, maître et serviteur,
« Tous sont rendus au même oint, tous sont méconnaissables,
« Il n’y a plus qu’ossements, cendre et pourriture
« Dignes de compassion et de toute pitié.
4
« Or, dans l’état misérable où ils sont réduits
« Ils parlent un langage muet mais très éloquent
« A chacun d’entre nous : tâchons d’en profiter,
« Tans qu’il plaira à Dieu de nous laisser ici-bas.
5
« Entendez-les donc, et faites attention
« Désirant profiter, de tout votre cœur :
« Ils vous diront bien haut qu’ils ont été en ce monde,
« Et que vous mourrez come eux quand vous y penserez le moins.
6
« Nous avons été sur la terre, vivant tout comme vous
« Parlant et marchant, et buvant et mangeant ;
« Et voici maintenant l’état où nous sommes réduits,
« Après avoir été enterre, nourriture des vers.
7
« J’étais un homme fort et distingué, et moi un gentilhomme,
« J’étais un homme riche, et moi un homme savant,
« J’ai perdu ma noblesse, et moi tous mes biens,
« Moi ma force et ma beauté, et moi toute ma science.
8
« Nous n’avons retrouvé en ce monde que nos bonnes œuvres,
« Pour offrir à notre Juge, à notre Roi, à notre Père ;
« Laissez donc les biens terrestres, détestez les vices,
« Et ornez bien votre âme de toutes sortes de vertus.
9
« Si vous nous demandez où sont allées nos âmes,
« Nous répondrons : au purgatoire, car c’est là notre pays ;
« Elles brûlent dans le feu pour acquitter la dette
« Contractée sur terre envers la justice d’un Dieu.
10
« Du milieu des flammes, elles ne cessent de crier
« Demandant vos prières pour pouvoir sortir
« Des sombres prisons où elles furent jetées ;
« Hâtez vous donc de les aider, et ne tardez pas.
11
« C’est à vous que nous demandons, parents et amis,
« De vous souvenir de nous quand vous passez par le cimetière.
« Dites en passant : que Dieu pardonne
« Aux trépassés au purgatoire, car c’est là notre pays.
12
« Une aumône, une prière faite avec dévotion,
« Un jeûne ou une messe ou une communion,
« Peuvent beaucoup pour soulager ou diminuer nos peines,
« Et nous retirer en un instant du milieu des flammes.
13
« Vous, prêtres charitables, qui nous avez dirigés
« Sur le chemin du salut, quand nous étions sur terre,
« Continuez encore un peu, à avoir pitié de nous
« En faisant, par compassion, de bonnes œuvres pour nous.
14
« Nous vous prions, surtout quand vous venez célébrer
« La messe à l’église, d’entendre alors notre cri,
« Du milieu des flammes vous demandant
« De faire notre paix avec Dieu par le saint Sacrifice.
15
« Et quand nous aurons acquitté la peine due à notre péché,
« Nous, à notre tour, nous prierons Dieu pour vous ;
« Priez, nous prierons aussi ; aidons-nous tous,
« Et dans ces conditions personne ne périra.
16
« Comme l’eau éteint l’incendie allumé,
« Le feu du purgatoire aussi est éteint
« Par le Saint Sacrifice offert sur l’Autel,
« Pour demander notre délivrance à Dieu, notre Sauveur.
17
« Quand le soleil sort radieux de dessous le nuage
« Le monde en un instant reçoit la lumière :
« Nous sortirons aussi, rayonnants comme les étoiles,
« Des peines que nous souffrons, par le Sacrifice offert.
18
« Adieu, pères et mères, frères et sœurs,
« Adieu, parents, amis, adieu, personnes du monde ;
« Nous vous quittons maintenant pour la dernière fois :
« Adieu ; au revoir dans la vallée de Josaphat !
19
« Donnez le repos éternel, mon Jésus, mon Seigneur,
« A toutes les âmes fidèles qui sont dans les flammes :
« Dans votre paradis, pour vous louer à jamais,
« Avec tous les saints et avec tous les anges.
20
« Qui d’entre nous, mon Dieu ! n’a quitté
« Un père, une mère, un enfant, d’autres parents, des amis ?
« Visitons donc leurs tombes et prions de out cœur :
« C’est là le plus suave attrait pour le vrai chrétien.
21
« A genoux sur leurs tombes, nous croyons fermement
« Qu’ils sont, dans nos prières, à nos esprits présents.
« Disons donc pour eux, avec l’Eglise notre mère
« Un Miserere mei et un De profundis ! »
Annexe 10 – Les trois façons de mourir - 1776
Fin d’un sermon de 27 pages de Louis Graveran (1745-1815), alors prêtre à Crozon. Consacré à la pensée de la mort, il est destiné à être prononcé le mercredi des Cendres à l’ouverture de la station de Carême. Traduit du breton par F. Roudaut (Arch. Du diocèse de Quimper, 13 AA 1).
« On peut dire avec raison qu’il y a peu de chrétiens qui ne soient surpris par la mort. Car en effet on peut mourir de trois façons, d’une mort subite, d’une maladie un peu plus longue, et d’une maladie languissante.
1° D’une mort subite. Vous avez souvent entendu dire : un tel a été tué par les voleurs, un autre s’est cassé le col dans une chute de cheval, celui-ci est tombé dans la mer et s’est noyé, celui-là est parti se coucher en bonne santé et a été retrouvé mort. Ces sortes d’exemples ne sont pas rares : peut-être avez-vous vu ce que je vous dis. Mais que ces gens-là meurent sans s’y être disposés, cela est assez sûr.
2° On peut aussi mourir d’une maladie qui dure un jour, comme par exemple d’un abcès formé dans la tête et qui, en crevant, tombe sur le cœur et nous étouffe, ou encore d’une fièvre chaude qui fait perdre à l’homme la raison et sans tarder la vie. Ces sortes de gens aussi sont surpris.
3° Les autres enfin ont plus de temps et ne meurent pas aussi vite, mais même de ceux-là il y a encore peu qui soient bien disposés. Le mari est-il malade ? Sa femme lui promet qu’il sera soulagé sans tarder, un ami qui voit bien qu’il ne se relèvera jamais de sa maladie lui donne à entendre qu’il n’y a pas de danger pour lui. Si quelque amélioration semble se produire chez lui, ses enfants viennent regarder son visage, ses yeux, et disent : « Dieu merci, mon père est hors d’affaire, il va encore guérir cette fois-ci ». Ils se réjouissent de l’amélioration qu’ils remarquent chez leur père, qui a déjà la mort au bord des lèvres et qui va rendre son âme entre les mains de Dieu. Les médecins, par une complaisance criminelle, tiennent le même langage à ce pauvre homme, mais ils se disent entre eux : « c’en est fini de lui, il va mourir », et ce malheureux qui voudrait encore vivre les écoute.
Il ne faut pas le désoler, dit-on, il ne faut pas lui parler encore de ses sacrements, cela pourrait le déconcerter et l’épouvanter. Entre-temps, la maladie grandit, le mal augmente, en un instant il s’élève un grand bruit et un grand cri dans la maison de la part de sa femme et de ses enfants. On appelle les voisins, ils se mettent autour de son lit, ses yeux tournent dans sa tête, la bouche à moitié ouverte, les lèvres jaunies, une sueur froide s’empare de son visage, il meurt. Mais, il y a peu, vous lui disiez qu’il guérirait. C’est vrai, mais c’est pour le consoler que nous lui disions cela, il nous semblait avoir une amélioration, et d’un seul coup il a changé, il meurt.
Qui ? Cet homme qui a vécu tant d’années et pratiquement toute sa vie en état de péché mortel sans avoir jamais pensé à mettre de l’ordre dans sa conscience. Il meurt. Qui ? Cet homme qui a toujours conduit une vie libertine et scandaleuse. Il meurt. Qui ? Cet homme entre les mains de qui il est passé un grand nombre d’affaires sans qu’il ait jamais pensé à bien les régler. Il meurt. Qui ? Cet homme qui, par ses tromperies et ses injustices, a sucé le sang de tant de pauvres. Il meurt. Qui ? Cet ivrogne qui, par ses ventrées, fait mourir de misère sa femme et ses enfants. Il meurt. Qui ? Cet homme qui n’a rien eu de chrétien que le om. Le voici allongé sur un triste lit sans sentiment ni connaissance.
Mais a-t-on eu au moins le soin de lui chercher un confesseur pour le réconcilier avec Dieu, pour l’aider à s’exciter à un vrai regret de des péchés avant qu’il soit tombé dans ce triste état ? Hélas ! Ce n’est as qu’on n’y ait pas pensé, mais on avait peur de l’épouvanter et maintenant on n’a plus le temps de le faire. O la belle excuse devant Dieu : on n’a plus le temps. Mais, lui, n’avait-il pas assez de temps quand il entendait les prédicateurs crier contre ses désordres et l’avertir de toujours faire attention ? Ils lui disaient que l’heure de sa mort était incertaine et qu’elle viendrait quand il y penserait le moins. Ce malheureux n’en a eu cure et il meurt chargé de crimes, sans absolution ni sacrement. Triste situation, chrétiens, pour paraître devant un juge qui juge sans pitié et sans compassion.
L’un de ses amis, touché de le voir dans un tat aussi désolant, pour lui rendre un service d’ami et de chrétien, lui dit de recommander sa pauvre âme à Dieu, il lui crie à tue-tête : « Prononce les saints noms de Jésus et de Marie ». Mais il n’entend plus ni Jésus ni Marie, à peine peut-il exhaler un soupir.
Le voici enfin dans son agonie, on se jette à genoux pour réciter pour lui les prières de l’Eglise ; profiscicere anima christiana de hoc mundo, sors, âme chrétienne, sors de ce monde, sors au nom du Père qui t’a créée, au nom de Jésus-Christ le Fils qui t’a rachetée, au nom du Saint-Esprit dont tu as été le temple, sors au nom des anges, de tous les saints et saintes. Hodie sit in pace locus tuus et habitatio tua in sancta Sion, qu’aujourd’hui ta place soit dans la paix et ta demeure dans la sainte ville de Sion.
Mais là l’ange lui parlera d’une autre façon, il lui dira d’une voix terrible : sors, âme maudite, âme damnée, sors de ce corps dont tu as fait sortir ton Dieu et que tu as laissé vivre comme une bête brute, sors de par un Dieu que tu n’as pas reconnu, sors de par le Père qui t’avait crée pour le ciel, sors de par le Fils qui a inutilement versé son sang pour toi, sors de par le Saint-Esprit dont tu as souillé et profané le temple par tes sacrilèges ? Il est mort et jugé à l’instant non pas pour aller à la paix mais à la peine, non pas à Sion mais en enfer. Voilà le partage funeste que reçoit de Dieu le pécheur obstiné à l’heure de la mort : haec autem pars impii a domino.
Conclusion.
Hé bien mes pauvres frères et sœurs, quelle sorte d’impression font ces vérités sur vos esprits ? Quelle horreur d’être ainsi surpris par la mort ! N’oubliez pas que vous devez mourir, n’oubliez pas que vous pouvez mourir à tout moment et que ce moment-là viendra quand vous y penserez le oins. Pensez que vous avez une âme à rendre à Dieu, disposez-vous à bien la rendre, car on ne meurt qu’une seule fois et pour cela les suites de la mort sont irréparables.
Demandons donc à Dieu la grâce d’avoir une mort sainte et heureuse, mais pour avoir une mort sainte il faut conduire une vie sainte, car on ne récolte à l’heure de la mort que ce qui aura été semé pendant la vie, quae seminaverit homo haec et metet. Si donc vous vivez comme un païen vous mourrez païen. Mais si vous vivez en vrai chrétien si vous faites votre possible pour vous disposer à vote dernière heure, vous obtiendrez de Dieu une mort heureuse, que je vous souhaite ! AMEN. »
Annexe 11 – Les Taolennou et la mort. 1899
Dans son livret Taolennou ar Mision, l’abbé Balanant, lui-même tableauteur coté, présentait, en face de la reproduction de chacun des douze tableaux de mission de la série classique, une page d’explication, sorte de « digest » des longs commentaires oraux prodigués aux fidèles (traduction F. Roudaut).
« 7è tableau : la mort du pécheur
La miséricorde de Dieu est extrêmement grande, elle a pourtant une limite. C’est Notre Seigneur lui-même qui nous le dit : « Quaeretis me et non invenietis, et in peccato moriemini, vous me chercherez et vous ne me trouvez pas, et vous devrez mourir dans votre péché ». Ces paroles se vérifient pour l’homme qui est ici étendu sur sont lit.
Il a fait la sourde oreille à la voix miséricordieuse de Notre Seigneur, il a méprisé sa bonté ! Voici venu maintenant le tour de Dieu. La mort frappe le pécheur, souvent hélas ! quand il y pense le moins. Ici, sur la table, il y a des cartes, une bouteille et un verre : In peccato moriemini, il mourra au milieu de son plaisir. Au-dessus de son lit, un diable ouvre largement le livre de sa vie devant ses yeux : comment mettre de l’ordre dans une conscience aussi chargée ? Jamais il ne le pourra ; il est trop tard !
Autour de lui il ne reste que des diables et d’horribles animaux. Son Ange gardien tourne le dos en pleurant : son livre à lui est vide ! Si cet homme a fait quelque chose de bien pendant sa vie, il a hélas ! perdu tous ses mérites par le péché mortel. Il meurt désespéré et sur son lit aussitôt il sera jugé : « Va, âme maudite, dit Notre Seigneur, va au feu éternel !
Au bas du tableau, on a marqué ce qu’a été cet homme : nous voyons, 1° une plume : il a écrit de mauvais livres, de mauvais journaux, de mauvaises chansons, qui pèsent maintenant sur sa conscience ; 2° des dés : il ne se plaisait que dans les jeux ; 3° une épée : il a donné le coup de la mort à beaucoup d’âmes par ses écrits, ses paroles sales et sa vie déréglée ; 4° un masque : il a peut-être fait ses coups en secret ; il a trompé les hommes, il ne trompera pas Dieu, qui lit sans se tromper au fond de la conscience.
Quel fardeau pour aller devant son Juge ! »
« 11è tableau : la mort d’un saint
Le juste est arrivé au bout de son voyage. Il a travaillé dur pour gagner sa couronne, il a fait pénitence pour ses péchés : Dieu va maintenant le récompenser. Il est allongé sur son dernier lit, une belle lumière descend du Ciel sur son front, et envoie jusqu’à lui comme une image du bonheur qui l’attend.
Sur la table, près de son lit, il y a un crucifix et deux cierges bénis. Le prêtre lui donne le sacrement de l’Extrême-Onction, et à mesure qu’il trace le signe de croix avec l’huile sainte sur ses sens, l’Ange gardien barre d’un trait de plume tous les péchés qu’il pourrait avoir commis, par faiblesse, pendant sa vie.
Saint Michel, avec son épée, chasse le diable ; ici il n’y a rien pour lui : il devra retourner en enfer avec son livre vide et le brandon qui lui sert à attiser le feu du péché dans les cœurs. Les petits enfants et leur mère sont agenouillés au pied du lit, et le père lève la main pour leur donner sa dernière bénédiction. Il dit adieu sans affliction, car l’Ange de la bonne mort lui montre le paradis ouvert au-dessus de sa tête. Les Anges volent autour de lui, impatients d’accueillir son âme pour la porter sur leurs ailes d’or jusqu’au trône de Dieu.
Saint Pierre, la clé du Paradis à la main, lui montre la place qui est marquée pour lui dans le palais de la Trinité ; il y sera heureux pour toujours, chantant les louanges de Dieu.
Que ce tableau mette de l’espérance dans les cœurs des pécheurs qui ont fait leur Mission. Dieu, pendant ces saints jours, a barré d’un trait de plume leur vie passée ; à eux maintenant de travailler pour gagner la couronne des saints. »
Annexe 12 – Mort édifiante de Monsieur de Queriolet, prestre. 1660.
Un converti : « Monsieur de Queriolet, Pretre ». il mourut le 8 octobre 1660.
« …Monsieur De Queriolet vint au monde l’année 1602, en la ville d’Auray en Bretagne ; ses parens furent Olivier le Govello et sa mère Anne Guido, tous deux nobles d’extraction…
Il eut nom Pierre au Baptesme, et ses parens n’oublièrent rien de tous les soins possibles, pour l’élever en la vertu, et en la crainte de Notre-Seigneur ; pour cela ils luy donnèrent des maistres pleins de probité, et l’envoyèrent au collège pour apprendre les Humanitez ; ce fut là que se joignant à une troupe de fripons, qui par leur libertinage corrompirent bien-tost son bon naturel, il se fit voir le plus dissolu de tous ; il commença ainsi par corrompre le beau flambeau de la raison par un aveuglement volontaire pour courir à toute bride dans les voyes de l’iniquité et de la perdition ; ses parents, qui estoient au désespoir de voir de si funestes commencemens, luy en témoignoient leur déplaisir par de continuelles reprimendes. Pierre leur demanda d’aller achever ses estudes hors de sa Maison, leur promettant que le changement d’air et de compagnie luy feroient produire de meilleurs fruits ; on vid pourtant par la suite qu’il ne parloit ainsi que pour se mettre tout-à-fait en liberté et n’avoir plus de censeurs. Car ayant esté envoyé au collège des Pères Jésuites de Rennes, au lieu de suivre les saintes instructions de ses Régens, il s’employa à faire des armes, et à fréquenter plûtost les comédies et les cabarets que le collège et les Eglises ; il étudia quelques temps après en Philosophie, de quoy estant bien-tost content il s’employa aux Loys, pour en donner bien-tost aux autres.
Il revient à la Maison de ses parens où il continua ses débauches… ; il fit dessein de s’aller faire Turc, et se mit mesme en chemin pour cela, mais ayant prodigué un peu de temps son argent, il se vid dans un estat le plus miserable du monde, comme il l’a depuis avouë, il n’oublia rien pour réparer ses pertes de quelle façon que ce fut, mais voyant que ses empressemens estoient inutiles, et qu’il n’avoit plus rien à espérer du côté des hommes, il voulut avoir recours au démon, et pour cela il chercha des magiciens par tout, mais n’ayans pas mieux réussi en cette entreprise, cet esprit fougueux se vid obligé de revenir dans la Maison de ses parens.
Ce fut là qu’il recommença ses débauches plus que jamais, et qu’il fit gloire d’attaquer tout le monde, allant toujours armé, et bravant u chacun pour avoir sujet de se battre au moindre reproche. Ainsi il choquoit un chacun, tantost l’un et tantost l’autre, et souvent mesme dans leurs maisons pour les obliger d’en venir aux mains. Il se vantoit par tout de ses bravoures, et il étoit si redouté qu’il ne se trouvoit personne qui osât luy tenir teste ; il eut mesme la témérité de faire une querelle sur un rien à un gentilhomme de Monsieur le Maréchal de Thémines, pour lors gouverneur de Bretagne, qu’il engagea à se batte contre luy, et l’assignation estant donnée, nostre débauché fut l’attendre sur un certain tertre à la campagne, mais ayant esté découverts, ils furent arrestez. Après, suivant son humeur bilieuse, il alla dans les guerres d’Italie et d’Allemagne, d’où estant de retour, il poursuivit toujours à faire le rodomont, et à se faire craindre sans se mette en peine de rien ; mesme ayant eu démélé dans la ville de Vennes avec un seigneur de marque, et l’ayant rencontré un soir qu’il venoit accompagné de cinq ou six de ses domestiques dans le dessein de le tuer, il ne tourna point visage, mais s’avançant insolemment, il mit son ennemy par terre, et les aultres en fuite, sans qu’il laissat pour cela de paroistre le lendemain en public.
Après la mort de son père, se voyant le maistre de plusieurs grands biens, il fit beaucoup de desseins, il voulut armer un vaisseau de guerre, dans le dessein de pirater sur la mer, puis ayant sçeu que le Turc estoit en Hongrie, il résolut de faire une compagnie de cavalerie, pour aller au secours de l’Empereur, mais à cette condition aussi lâche qu’impie de se renger du costé des Barbares, si leur party estoit le plus fort ; enfin ayant pratiqué pour acheter la charge de grand prévost, pour satisfaire à sa passion et colère, comme il n’en pût pas venir à bout, il en acheta une de Conseiller au Parlement de Rennes, où il fut receu bon-gré mal-gré qu’on en eut, menaçant tous ceux qui se vouloient opposer à ses prétentions ; se voyant dans cette charge, il cherchoit party partout sans en vouloir trouver, son dessein n’estant que de cajoler les plus belles femmes, et de tromper les plus crédules, pour cela il n’épargna rien ; mais ne se contentant pas de satisfaire ses brutalitez, il s’efforça encore de causer mille soupçons et jalousies dans les familles, de quoy l’autheur de sa Vie en a rapporté assez d’exemples.
L’heure de sa conversion estant donc venuë, nostre aveuglé pécheur, plus animé que jamais, avoit fait partie avec quelques uns de ses amis, d’aller à Loudun dans autre dessein particulier, que pour y voir une damoiselle huguenote dont on parloit assez de la beauté, il y fut donc pour tâche de corrompre la chasteté de cette fille, dans la résolution mesme de renoncer publiquement à sa foy pour gagner cette hérétique ; estant arrivé sur les lieux, il court par la ville selon sa coutume comme un insensé, et ayant passé devant l’Eglise de Sainte-Croix où il entendit un grand bruit, il s’informa du sujet, et on lui répondit, que c’estoit des filles possédées qu’on y exorcisoit, où il se trouvoit pour l’ordinaire quantité de personnes, qui y venoient de bien loin, des princes et des seigneurs de la Cour, et que sa Majesté avoit député des commissaires pour examiner ce qui s’y passoit, ayant mesme envoyé les plus habiles gens de Paris pour cet effet ; il entre dans cette Eglise par curiosité, pensant n’assister qu’à des farces joüées par des folles ; mais Dieu dont les voyes sont inconnuës se servit des démons mesmes pour luy ramener cet esprit égaré, qu’ils avoient eu si longtemps sous leur puissance.
… Il n’avoit point de plus grande joye, que lorsqu’il voyoit aborder les pauvres de tous côtez à son logis ; il les alloit prendre par la main avec bonté, les servoit luy-mesme, leur donnoit des chemises ; et quand il n’avoit plus de quoy, il leur faisoit prendre les draps de son lit, les aumônes se continuoient tous les jours ; et pendant ses voyages de cinq ou six mois, il donnoit ordre qu’on les fit de la mesme façon, sans interruption. Je n’aurois jamais fait, si j’estoit obligé de rapporter tous les exemples de cette tendre miséricorde de M. de Queriolet pour les affligez ; il me suffira de dire qu’un vertueux et sçavant Ecclesiastique son intime amy, estant surpris de voir que es aumônes continuelles depuis quinze ans ne diminuoient point ses biens, voulut faire un calcul du nombre des pauvres qu’il a receus et traitez dans sa maison, et il a trouvé que durant ces quinze ans il a logé environs trois cens mille pauvre, sans compte ceux des environs du pays, qui venoient tous les jours à sa porte.
Un jour le diable s’estant revestu d’un puant cadavre, se présenta devant luy, comme il estoit proche d’arriver à sa maison ; notre dévot prestre s’avançant vers luy, le prit sur ses épaules et le porta en son logis. Il est croyable que les desseins de l’ennemy ne tendoient qu’à le perdre, ou à se mocquer de sa charité, mais il n’en rapporta que de la confusion, parce que ne pouvant supporter plus longtemps les empressements de cette charité bien faisante, il disparut ne laissant qu’une puanteur insupportable avec un cadavre qui avoit à peine la forme d’un homme ; Monsieur de Queriolet dissimulant les réflections qu’il fit sur cette rencontre, fit jetter cette carcasse infecte dans un cloaque, et remercia Dieu, voyant que personne n’en avoit esté incommodé. Il y eu tant de témoins de cet histoire qu’elle fut bien-tost sçeuë de tout le monde. Mais on ne doit pas estre surpris de ces attaques de l’ennemy, qui ne cessa de le persécuter par luy ou par les siens, et surtout dans ses voyages pour s’acquitter de ce qu’il luy avoit promis à Loudun qu’il pouvoit s’asseurer qu’il l’attaqueroit à tout moment… ».
Annexe 13 – Fonctions des images. P. Louis Richeome, P. Verjus. 1666.
Les images nous sont utiles premièrement pour la facile et preignante instruction qu’elles nous donnent. La facilité est que par leurs couleurs et linéaments, extérieurs, en un clin d’œil elles nous jettent dedans l’esprit la connaissance de mille choses, qui ne pourraient passer par l’oreille de longtemps ; car étant l’œil un sens fort capable, et approchant de la vivacité de l’esprit, il reçoit et comprend son objet vitement et tout à la fois… Combien que je confesse qu’un grave discours est plus suave aux gens doctes que la peinture : néanmoins la peinture est plus convenable au menu peuple, avec quelque préalable connaissance donnée de bouche… qui ne voit que le petit peuple en regardant les Images apprend convenablement à sa capacité ce que les gens de lettres en lisant les livres apprennent convenablement à la leur ? … ce que Calvin dit que la parole du Seigneur doit enseigner les mystères de notre foi, nous l’acceptons : mais la parole de Dieu ne forclôt pas les Images, ni les Images la parole de Dieu, ainsi se prêtent la main l’une à l’autre : et ne peut-on nier qu’il n’y ait plus de force à tous deux ensemble, qu’à l’un des deux séparément, et que les images ne soient plus convenables pour enseigner le peuple, que les paroles seulement…
P. Louis Richeome.
Laisson le P.Verjus nous décrire, dès 1666, la démarche de dom Michel :
Il croyoit qu’après le soin que doit avoir le Prédicateur et le Catéchiste, d’obtenir par l’oraison les bénédictions du Ciel sur soy et sur ses auditeurs, sa principale application doit estre à proportionner ce qu’il dit à la portée de l’esprit de ceux qui l’écoutent ; et qu’ainsi il ne peut rendre ses instructions trop sensibles à ceux qui ne jugent presque de toutes choses que par les sens. Celuy de l’oüye, qui est la porte ordinaire de l’Evangile, ne luy sembloit pas entièrement efficace, pace qu’il n’en demeure presque rien dans les esprits des plus grossiers, qui n’ont ny la mémoire assez heureuse, ny la conception assez aisée : Il jugeoit donc qu’il falloit aider ce sens par celuy de la veuë, en luy présentant des objets qui déterminassent l’esprit, et qui luy imprimassent plus distinctement ce qu’on voudroit luy bien faire entendre. Ce furent ces raisons qui luy firent préparer un grand nombre de tableaux, par le moyen desquels il inseignoit tous nos mystères et outs les devoirs d’un Chrestien d’une manière aisée et agréable à ceux qui sembloient ne les pourvoir apprendre autrement.
Un sermon passe vite. L’une chose fait oublier l’autre. Mais dans ces tableaux les choses sont permanantes, et vous pouvez les voir, et les revoir quand vous voudrez les bien considérer, et les figures que vous y voïez, vous feront souvenir de ce qu’on vous aura dit… Ce sont des prédicateurs muets qui prêchent mieux que tous les prédicateurs du monde. Ce sont des livres dans lesquels quoique vous ne sçachié ni lire, ni écrire, vous pourrez néanmoins lire l’état de votre conscience, et connoistre par les yeux plus facilement que par l’ouïe, et les sermons, en quel état est vostre Ame.
Sans les taolennou il n’existe aucune Mission valable ; et il est facile de comprendre comment les taolennou parviennent à faire tant de bien. Elles pénètrent, par les yeux de l’homme, jusqu’à son esprit, et ainsi les vérités qui y sont contenues restent mieux inscrites dans sa tête et dans son cœur. J’aimerais donc que les taolennou puissent rester toujours devant les yeux des gens pour leur rappeler le souvenir de la Mission. Voilà pourquoi j’ai fait ce petit livre et y ai expliqué les taolennou en peu de mots
Annexe 14 – Journal du P. Maunoir. « La mission de 1641 ».
Il s’agit de la traduction d’un bref extrait du Journal du père Maunoir, publié par T. Daniel, dans les Cahiers de l’Iroise, 1975, n°3, p. 133-135.
La mission de 1641
«L’abord de cette île est si dangereux que, de mémoire d’homme, on ne se souvient pas qu’elle ait été visitée par un évêque. Aucun prêtre n’y enseignait. Une ignorance si grande s’était établie, dans cette île dont le tour fait sept lieues et qui est cultivée avec soin ( ?), que c’est à peine si l’on y trouvait douze personnes connaissant les mystères de la Trinité et de l’homme sauvé par Dieu, et les préceptes du Décalogue. Cet état lamentable était d’autant plus à déplorer qu’un peu de peine promettait les fruits les plus grands au milieu de moeurs si vertueuses : de ce lieu étaient bannis la paresse, l’oisiveté, le vol et l’impudicité. Si un jeune homme prononçait une parole indécente, il ne pouvait trouver d’épouse.
Nous abordons la veille de la fête des apôtres Pierre et Paul. Aussitôt, nous commençons à prêcher et à instruire, tant les âmes étaient en bonne disposition. Le Saint-Esprit descend ; nos paroles ne suffisent pas à combler les coeurs ; l’église ne peut contenir la foule : nous devons aller prêcher et instruire dehors. Nous parlons de tourments de l’enfer et des péchés qui y entraînent les hommes. En pleurant (les insulaires) disaient : « Hélas ! jusqu’à présent nous avons vécu comme des bêtes ! Dieu très bon, quelle reconnaissance devons-nous avoir envers les Pères qui nous ont sortis de cet état misérable. »
Mais le plus dur était d’instruire garçons et filles : dès qu’on les interrogeait, ils se cachaient le visage dans les mains et ne répondaient rien. Nous eûmes alors d’heureuses idées. D’abord, nous fîmes venir du continent, distant de cinq lieues, l’une des jeunes filles que dom Le Nobletz avait formées à répondre doctement en public aux questions posées sur la foi. Lorsque les insulaires l’entendirent nous répondre avec autant d’assurance que de modestie, ils se mirent eux-mêmes à répondre. Ensuite, ce que nous enseignions, nous nous mîmes à le chanter en vers bretons : tout le monde accourt, attiré par la nouveauté, et l’on chante nos cantiques jusqu’en pleine mer. Une piété si fervente les enflamma qu’en moins de trois semaines ils apprirent parfaitement la doctrine chrétienne. Nous ne dormions pas plus de quatre heures par nuit, et le père Bernard prenait son sommeil couché sur une table.
Cette grande ferveur produisit de grands fruits : il en résulta d’admirables conversions, et les abus et les vices qui subsistaient disparurent. Comme les insulaires nous voyaient –surtout le père Bernard qui était âgé – nous préoccuper de leur salut avec tant de zèle, ils nous appelèrent « tadou sanel », c'est-à-dire « pères saints ». Ils nous amenaient leurs malades pour q ’ils reçoivent notre bénédiction. Dieu enfin ayant apprécié leur foi, les exauça à la mesure de leur conviction. Le grain sacré que nous avait donné Le Nobletz, le saint prêtre, rendit en un quart d’heure la santé à un enfant malade qui nous priait de le guérir, redonna en quelques jours la vue à un vieil aveugle, et sur-le-champ à une jeune fille, elle aussi aveugle depuis deux ans. Voici comment cela arriva : alors que nous marchions pour aller célébrer la messe, on nous fait savoir que ladite jeune fille demande que nous allions lui rendre visite. Entrés chez elle, nous l’instruisons des mystères de la Très Sainte Trinité, et de l’humanité sauvée par Dieu et lui faisons faire acte de foi en Jésus-Christ. Puis, après lui avoir lavé les yeux avec de l’eau dans laquelle avait été plongé le grain de sainte Jeanne, nous l’appelons en lui disant : « Sellit ouzomp ! », c'est-à-dire : « Regarde-nous ! », et aussitôt elle recouvra la vue. Le père de la jeune fille, Nicolas Veniou, sa mère Marie Kerloch, et ses voisins François Malgorn, Laetitia Raoul et Jean Enoret témoignèrent qu’elle avait été privée de la vue depuis deux ans.
Dieu accorda une grâce semblable à quelques autres lors de notre départ : les insulaires nous escortèrent jusqu’au port, nous amenant leurs malades. »
Annexe 15 – Compte-rendu de mission par le recteur de Cardroc.
B. Compte rendu par le recteur de Cardroc (Registre paroissial, Arch. Dép. d’Ille-et-Vilane, E dépôt).
« Ad maiorem dei gloriam, futuramque rei memoiram
Le dimanche 31è Décembre 1684 a commencé la première mission qui ayt été en cette paroisse par messieurs les missionnaires de Saint-Méen, qui estoient monsieur du Val, monsieur Rondet et monsieur Legall, qui ont rempli la chaire à qui mieux mieux, auxquels ont été aggrégés 8 prestres partie estrangers, partie des paroisses circonvoisines que de cette paroisse pour les étrangers.
Les peuples des diocèses de Saint-Malo, de Rennes et de Dol, de 30 paroisses de compte fait, y sont venus en telle abondance que ç a esté un estonnement. Dès les premiers jours l’église fut tellement remplie que les bancs, ballustres, fonts et autels furent presque tous délabrés ; le long des fêtes et dimanches l’église estoit tellement remplie qu’aux grandes messes et vespres il en demeuroit une telle quantité dehors que les vitres en furent fort incommodées, et il y avoit une telle exhalaison dans l’église que tout le long du lambry étoit en eau et en dégouttoit. De 5 à 6 000 qui se présentèrent au tribunal il en a été communié 2 mille 6 à 7 cent.
La mission a été fervente également depuis le commencement jusque à la fin qui fut le dernier de jour de Janvier 1685. Croiant avant la mission que six ouvriers en pouvoint venir à bout, je ne demandé que ce nombre, et ce fut une faute d’imprécaution. S’il y en eut les 12 dès le commencement, à peine eussent-ils expédié le grand nombre qui se présenta.
Tout le mois de la mission par bonheur il a presque toujours glacé, non obstant les pénitents empressoint tellement qu’il y avoit de la peine à les empescher de coucher dans l’église les nuits, tant ils avoint peur de perdre leur place, et quoyque toutes les maisons voisinnes de l’église fussent pleines des peuples. Dès minuit il y en avoit à la porte de l’église et à quatre heures que la porte ouvroit, il y avoit tant de peuple qu’il étoit difficile d’en approcher, laus déo.
On ne sçauroit mieux faire que d’appeler icy une mission de 20 ans en 20 ans. »
Annexe 16 – Diffusion du livre du Cœur à travers le monde in A. Sauvy.
Cette série d’images se retrouve dans des livrets publiés en une dizaine de langues :
- canara : antérieure à 1888, cette édition ne nous est connue que par une édition anglaise, curieusement traduite du texte canara, qui porte l’adresse de Mangalore, Basel Mission Book and Tract Depository, 1888, 4è ed., et dont le titre est The Mirror of the heart commonly called the Heart Book ; 9è éd., 1903 ; 10è éd., 1906 ;
- cinghalais : Colombo, Ceylon Religious Tract Society, 1886 ; 2è éd., 3 000 exemplaires ;
- tamoul : Madras, The Religious Tract and Book Society, SPCK Press, Vepery, 1900 ; 6è éd., 3 000 exemplaires ; 7è éd0 à la même adresse en 1906, 5 000 exemplaires portant à 24 000 le total des exemplaires publiés en tamoul à cette date ;
- malayalam : Mangalore, Basel Mission Book and Tract Depository, 1905 ; 5è éd. ; la traduction est due au Rév. Dr. Gundert. ;
- telugu : Madras, the Religious Tract and Book Society, 10906 ; 8è éd. ;
- santali : Translated and adapted by Canon F.T. Cole. Pu blished by the Chruch Missionary Society. Printed at the Santal Mission Press, Pokhuria, Mambhum, 1907 ;
- bengali : Calcutta, printed at the Baptist Mission Press an publisched by the Christian Lietrature Society, 1907 ; 9è éd., 5 000 exemplaires ; 10è éd. A la même adresse, 5 000 exemplaires portant à 26 000 le total des exemplaires publiés à cette date en bengali. Ces deux éditons n’ont que ept images, celle du juste et les deux représentations de la mort en étant absentes. Selon Hosten
(p. 41), la 6è éd. datait de 1892, la 7è de 1897, la 8è de 1904, et le traducteur était Umesh Chandra Chatterji, professeur au Free Churche College de Calcutta.
Outre ces ouvrages dont le P. Hosten avait pu rassembler en envoyer en France des exemplaires, il a existé des traductions dans d’autres langues dont il a seulement signalé l’existence : en badaga (Mangalore, Basel Mission Press) ; en bengali-musulman, dialecte bengali fortement imprégné d’urdu (Calcutta, Christian Literaure Society, 1905) ; en garo (1re éd. En 1981 par es missionnaires baptistes américains de Nowgong, Ganhati et Tura, dans l’Assam) ; en gujarati, la traduction ayant été effectué par le Rév. Rasabhai Kalyan à partir du marathi (2è éd. en 1895, Madras, Christian Literature Society) ; enfin en oriya, dans une traduction du Rév. W. Miller (2è éd. En 1888, Cuttack, Mission Press).
Toujours aux Indes, la série d’images la plus belle et la plus curieuse fut préparée pour certaines éditions en urdu, donc destinées à des populations musulmanes. Hosten signale de l’ouvrage sept éditons en urdu, illustrées ou non. Nous en avons consulté trois, celle de 1895 qui n’a qu’un décor sur la couverture , celle de 1899 (Lahore, Punjab Religious Book Society) qui comporte une série d’images en noir et blanc, et celle surtout de 1893 dont les planches en couleur ne peuvent manquer de retenir l’attention. Les figures y sont présentées dans un encadrement.
Pour l’Europe, le Livre du cœur existe en français, en anglais, en allemand, en grec, en espagnol, en portugais, en italien, en néerlandais, en danois, en norvégien, en suédois, en finnois, en albanais, en bulgare, en tchèque, en polonais, en russe, en roumain, en hongrois, en croate, en serbe, en serbo-croate, en slovène, etc., et même en espéranto… Dans les autres langues le turc, l’esquimau, le créole, le pidgin english, le persan, l’hébreu, l’arabe, le quechua, le gurani, l’achual et l’aymara n’ont pas été oubliés. L’Asie est concernée par des langues classiques telles que le japonais, le coréen, le chinois, le javanais, le cambodgien, l’indonésien, le khmer, le maori, le cinghalais, le thaï, le tagalog, etc., mais quarante-neuf dialectes de l’Inde sont aussi représentés. Enfin, c’est en Afrique surtout qu’est fait le principal effort et il est possible aux tribus pratiquant usuellement le bwikalebwe, le ga, l’ibo, le kiswahili, le matakam, le tshwa, le chinamwanga, le runyankole, le ngangela, le fulfude, le kikamba, le baoule, le kipsigis, le ragoli ou le wolof d’avoir accès aux tableaux de P. Huby.
Annexe 17 – Témoignages contemporains des bienfaits des images. in A. Sauvy
Un de mes voisins a été vraiment touché par la grâce en lisant le livre du Cœur de l‘homme que je lui ai donné. Il a lu tout l’ouvrage et il y a eu dans son cœur un changement définitif. Cet homme, comme beaucoup d’autres, a été converti au Christ par la lecture du Cœur de l’homme (Mindanao Island, Philippines).
Merci beaucoup pour les centaines d’exemplaires du Livre du Cœur et les tracts que vous m’avez envoyés. Je n’aurais jamais pensé qu’il attirerait tant de gens dans ma maison, qui est devenue comme un magasin où les gens se précipitent pour avoir des livres… une réaction m’a réellement surpris, celle d’un homme riche extrêmement hostile aux chrétiens. Mais après que nous lui avons montré les tableaux du Cœur de l’Homme il fut secoué, nous posa de nombreuses questions et il a depuis complètement changé (Anambra State, Nigeria).
J’ai obtenu votre Livre du cœur et ai lu ce qui concerne le cœur de l’homme. Les images m’ont éclairé sur l’état de mon cœur et j’ai su qui était Jésus. S’il vous plaît, envoyez-moi quelques autres livres que je puisse distribuer à d’autres (Trinidad, Antilles).
En lisant votre livre Le Cœur de l’homme j’ai vu ce qui était mauvais dans ma vie et ce qui n’allait pas selon la volonté de Dieu (Okene, Ghana).
Les Livres du cœur servent comme aide visuelle à la fois pour les alphabétisés et pour les illettrés de notre village. On a montré à une des femmes d’ici, qui ne sait pas lire, votre Livre du cœur et après avoir vu les figures, elle a témoigné du fait qu’il l’a aidée à comprendre pour la première fois ce que nous essayions de lui expliquer depuis des années, comment recevoir Jésus-Christ dan son cœur et dans sa vie ! (Awkusu, Nigeria).
Dans les conditions de danger et de violence où nous vivons, j’ai trouvé que le livre du Cœur de l’homme était de la plus grande importance pour que l’humanité puisse survivre. A l’aide de ses images, j’ai compris ce qu’est devant Dieu une vie malpropre, et de ce jour j’ai trouvé le Père céleste qui est source de l’éternelle vie (Zengeza, Zimbabwe).
J’étais lié au péché. J’avais tout essayé de ce que peut offrir le monde, de l’adultère à la drogue, mais il y avait dans ma vie une obscurité totale et je n’étais pas en paix. J’avais parfois essayé de changer ma vie mais sans résultat. Puis quelqu’un m’a donné le Livre du cœur. J’ai étudié chaque image et j’ai commencé à comprendre que seul Jésus pouvait m’aider. Le jour même je lui ai consacré ma vie, et j’ai été complètement délivré de mes vices. Je suis maintenant, à plein temps, ou ouvrier de Dieu (San Miguel, Brésil).
Ma fille de sept ans et mon fils de cinq ans ont été réellement convertis à Dieu de façon extraordinaire par votre Livre du cœur. Pour la première fois, ils ont compris le sens de ce qu’est le salut (Nipon, Espagne).
C’est la Providence qui vous a fait m’envoyer tant d’exemplaires du Livre du cœur en kiyaka même si ce kiyaka est mal compris ici. On m’a dit qu’il s’agit du kiyaka parlé à Popokabaka, un petit village situé à environ 300 kilomètres d’ici, dans une région où il n’y a aucune communauté chrétienne. C’est un véritable défi pour nous, qui allons prochainement partir vers Popokabaka avec vos Livres du cœur en kiyaka (Kinshasa, Zaïre).
Depuis novembre, j’ai distribué vos livres du Cœur de l’homme dans les milieux les plus ruraux et les plus éloignés de Port-au-Prince, et le résultat actuel est qu’après avoir reçu le message du livre plus de 60 personnes ont accepté Jésus-Christ dans leur vie. Ce livre nous aide réellement ici à être les témoins du Christ ! (Port-au-Prince, Haïti).
Merci beaucoup pour votre cadeau de Livres du cœur. A la suite de leur distribution, nous connaissons déjà beaucoup de gens qui ont décidé de suivre Jésus. Lorsque vous m’enverrez davantage de ces bons livres, s’il vous plaît, adressez-m’en davantage à chaque expédition car je fais 39 kilomètres à pied pour aller les chercher à la poste (Mutoko, Zimbabwe).
Annexe 18 – Acculturation. Adaptation des images au public. In Verjus. 1666.
Il croyoit qu’après le soin que doit avoir le Prédicateur et le Catéchiste, d’obtenir par l’oraison les bénédictions du Ciel sur soy et sur ses auditeurs, sa principale application doit estre à proportionner ce qu’il dit à la portée de l’esprit de ceux qui l’écoutent ; et qu’ainsi il ne peut rendre ses instructions trop sensibles à ceux qui ne jugent presque de toutes choses que par les sens. Celuy de l’oüye, qui est la porte ordinaire de l’Evangile, ne luy sembloit pas entièrement efficace, parce qu’il n’en demeure presque rien dans les esprits des plus grossiers, qui n’ont ny la mémoire assez heureuse, ny la conception assez aisée : Il jugeoit donc qu’il falloit aider ce sens par celuy de la veuë, en luy présentant des objets qui déterminassent l’esprit, et qui luy imprimassent plus distinctement ce qu’on voudroit luy bien faire entendre. Ce furent ces raisons qui luy firent préparer un grand nombre de tableaux, par le moyens desquels, il enseignoit tous nos mystères et tous les devoirs d’un Chrestien d’une manière aisée et agréable à ceux qui sembloient ne les pouvoir apprendre autrement.
Son zèle ardent pour la gloire de Dieu luy fit inventer des cartes et des descriptions de lieux, pour expliquer les mystères de l’amour divin, peut-estre aussi ingénieuses, et du moins beaucoup plus utiles que celles dont d’autres se sont servi depuis pour expliquer les maximes et les poursuites de l’amour profane. Il se servoit en cela de symboles proportionnez à la profession des personnes qu’il instruisoit, et leur représentoit les choses du monde, dont ils avoient le plus d’usage, pour les faire entrer dans la connoisssance des plus spirituelles, et qu’ils eussent eu le plus de peine à concevoir, sans ces sortes d’aides sensibles. Ainsi il faisoit peindre aux gens de guerre un combat ou l’attaque d’une place, pour leu faire comprendre aisément toutes les attaques de nos ennemis invisibles, et tous les saints stratagèmes dont nous devons nous servir dans ces combats spirituels. Il représentoit aux gens de la campagne des lieux champestres, où il y avoit des chemins différens, des châteaux, des villages, des montagnes, et des valées, sur lesquelles il appliquoit, comme pour attacher et fixer leur imagination, les choses qu’il leur voiloit apprendre. Il faisoit voir aux matelots et aux pescheurs les dangers et les naufrages des hommes dans ce monde par le péché, sous les images des naufrages de la mer, dont il leur montroit des tableaux.
1 ) Taolennou pluriel de taolenn
2) la longue baguette blanche utilisée par le taolenneur pour suivre les dessins sur les Cartes
3) J.K. Helias « Le cheval d’orgueil » p 32-35. 1975
4) Annexe 1
5) Annexe 2
6) Annexe 3
7) Annexe 4
8) Annexe 5
9) Saint Augustin « Confessions » X, 27
10) Entre autres références on peut citer : Dt 6-5-6 ; Ez 36-26 ; Ps 51-12 ; Pr 17-3 ; 1 Ch 29-17 ; Mt 6- 20-21 ; Le 6-45 ; Rm 5-5 ; P 3- 3-4 + Annexe 6
11) Annexe 7
12) Voir à ce propos les reproductions n° 20-22
13) Annexes 8 ; 9 ; 10
14) Annexe 11
15) Annexe 12
16) Annexe 13
17) Annexe 13
18) Annexe 14
19) Annexe 15
20) Annexe 16
21) Annexe 17
22) Annexe 18
BIBLIOGRAPHIE
A. CROIX La Bretagne aux 16e et 17e siècles. Maloine. 1981
A. CROIX-F. ROUDAUT Les Bretons, la mort et dieu de 1600 à nos jours.
Messidor/Temps actuels. 1984
A. BOSCHET –sj Le parfait Missionnaire ou la Vie du R.P. Maunoir. Paris. 1967
J. DELUMEAU Documents de l’histoire de la Bretagne. 1969
Au rythme du Monde Atlantique.
Le diocèse de Renne. Beauchesne. 1979
E. MALE L’art religieux à la fin du XVI-XVII-XVIIIe siècle. Colin. 1951
A. SAUVY Le miroir du cœur. Cerf. 1989
X. SEJOURNE Histoire du Vénérable Serviteur de Dieu. J. Maunoir. 1895
A. VERJUS -sj La vie de Michel Le Nobletz, prestre et missionnaire de Bretagne. Paris. 1666










