CONTRIBUTION A UN QUESTIONNEMENT PHILOSOPHIQUE PREALABLE

AU DIALOGUE INTERRELIGIEUX

 Domus ecclesiae de Doura Europos — Wikipédia

Citations :

 Nous avons hérité d'une parole orpheline, errante, exilée que nous avons cherchée en vain, à dominer sans nous douter  qu'elle renvoyait à notre commune solitude -  Edmond Jabès " le livre du dialogue" 

Le dialogue avec l'autre et en même temps dialogue entre les éléments qui existent en moi-même -  Paul Tillch "La prétention du christianisme à l'absoluité et les religions du monde"

 

 

Sommaire

 1 Qui parle ?

 2  Quelles relations foi et raison entretiennent elles?

 3 A qui "je" parle t-il?

 4 Quelle éthique pour le dialogue?

5  A quelle valeur de vérité peut-il prétendre?

6  Quels en sont les enjeux et les finalités ? 

 

Ouverture

 

 Le dialogue préside dès l'origine à la genèse et à la diffusion du christianisme. Que l'on songe au brassage de peuples, de croyances, de valeurs, d'enjeux dans lequel naît  ce que l'on nommera le christianisme. Or celui-ci s'inscrit d'emblée dans une perspective dialogique dialogue avec les Juifs dont Jésus fait partie , dialogue avec les païens  du bassin méditerranéen et des parties orientales avec lesquels Paul dialogue épistolairement, dialogue avec les philosophes dont les concepts permettront à la religion nouvelle de s'arracher à son particularisme pour s'universaliser ,dialogue avec la multiplicité des sectes juives Esséniens, Nabatéens ,thérapeutes, zélotes, que rencontre Jésus et les apôtres, dialogue avec les musulmans lorsque le chrétien sera devenu Dhimmi mais aussi avec ces sauvages dont on s'interrogera sur l'appartenance au genre humain . Arrêtons là cette nomenclature qui soulève des problèmes que l'actualité ne cesse de raviver.

Une question liminaire s'impose: qu'est-ce que dialoguer ? En quoi consiste cet acte voulu et effectué par un sujet qui s'inscrit dans un schéma de communication et  véhicule  une intention à l'égard d'un autre que soi-même? Distinguant l'acte de dialoguer du dialogue qui en est le résultat espéré c'est celui-là qui retiendra notre attention car à lui seul il cristallise un ensemble de questions qui ne manque pas, en vertu des réponses apportées, de poser problème.

 

1-      Qui parle ?

Les Jésuites au Paraguay

Qui parle : qui est celui qui dis «-je »? Quels sont non seulement son statut, son origine sociale, culturelle, géographique, de quelle histoire hérite-t-il ? Mais aussi au nom de quoi parle-t-il ? Cette question induit un décalage entre les croyances explicites dont 'il se prévaut, dans lesquelles il se reconnaît, qu'il pratique et défend et d'autre part la façon dont  il se les approprie et les motifs plus ou moins conscients qui président à cet acte. Or ceci nous met en présence d'un premier obstacle épistémologique au dialogue celui afférent à la formation intellectuelle de l’individu, à l'étendue de son savoir, à son outillage mental et aux nécessaires limites qui concernent non seulement le sens de ces croyances, leur genèse, leur histoire mais aussi celle de son interlocuteur.

En effet de même qu'un locuteur est parlé par la langue dans laquelle puise sa parole de même un croyant s’origine dans un terreau dont il fait  sa foi de sorte que pour entamer le dialogue il faut opérer un travail sur soi à deux niveaux différents celui de la tradition religieuse originelle, celui du phénomène vécu.

 Dès lors cet obstacle se complique de considérations d'ordre psychologique qui réfèrent aux motifs inconscients par lesquels tout individu est mu et si l'on accepte hypothèse husserlienne qui veut que toute conscience est intentionnalité alors il s'agit de s'interroger sur les intentions qui motivent le dialogue. Suis-je agi par un ressentiment à l'égard du discours dominant, c’est l'hypothèse de Nietzsche à l'égard de Paul prophète d'un christianisme conquérant l'Empire romain ? Suis-je agi par des opinions diffuses et confuses qui nourrissent une représentation de l'autre qui relève du fantasme ?  (Songeons à ce propos au premier contact des missionnaires avec ces Indiens dont on ne savait s'ils appartenaient à l'espèce animale ou humaine ou bien constituaient une espèce différente et inconnue, des monstres en somme).

Autant dire qu'il s'agit en premier lieu d'effectuer un travail sur soi, sur ce que je crois, sur ce qu'il en est de l'autre afin d'éradiquer l’opinion "qui pense mal ou plutôt ne pense pas car elle traduit des besoins en connaissances"(1).

Or pour ce faire c'est à l'étude que l'on est renvoyé celle de l'histoire des textes et contextes car si l'on veut instaurer une distance critique à l'égard de ces opinions qui passe pour des évidences index sui c'est à la connaissance historique qu'il faut faire appel afin d'opposer au dogmatisme le libéralisme issu de la comparaison et de la confrontation. Acquérir le sens du problème telle est la première condition d'un dia- logue qui ne se veut pas prise péremptoire et arbitraire d'une parole qui en s’érigeant en norme ordonne à l'interlocuteur de se taire dès lors qu'on affirme avoir raison. On peut citer à titre d'exemple les condamnations dont les gnoses furent les victimes (2). 

 2 – Quelles relations foi et raison entretiennent elles ?

Qui était Sun Myung Moon, fondateur de la secte Moon? - L'Express

 Nous touchons là à un problème corollaire à celui évoqué précédemment problème au cœur du dialogue nous affrontant à un paradoxe susceptible de se muer en aporie.

Comment en effet transmettre ce dont mon cœur me persuade au moyen de ce média, le Logos, dont la fonction est de convaincre grâce à des moyens rationnels ?

 Peut-on et comment rendre compte discursivement de ce qui échappe par définition à ce procédé ? Comment en d'autres termes combiner intuition et déduction? L’intuition n'en sera- t’elle pas  trahie, réduite, ramenée de force à une rationalité donc  elle prétend non seulement se passer mais face à laquelle elle brandit la supériorité et l'exclusivité d'une relation directe au vrai? Dès lors n'est-ce pas la fin de non-recevoir de tout dialogue qui se profile?

 En effet fort d'une croyance causa sui originée dans cette connaissance immédiate du cœur qui mettrait le croyant en relation directe et privilégiée avec Dieu , le logos se verrait transcendé et condamné à œuvrer dans les simples limites de la raison . Mais suffit-il d'être persuadé de ce en quoi et à quoi on croit pour être dans le vrai ? Faut-il en la matière abandonner toute raison ? Quelle valeur de vérité accorder à la foi ? A mi-chemin entre l'opinion et le savoir n'a-t-elle pas justement besoin du Logos et du dialogue pour s'assurer d'elle-même en s'affrontant à d'autres croyances tout aussi sûres d'elles-mêmes? Questions qui sont par exemple au cœur des débats actuels à l'égard des nouveaux mouvements religieux face auxquels on laisse entendre qu'il y a une bonne et une mauvaise façon de croire, de vrais et de fausses croyances.

Plus largement le dialogue interreligieux relance donc bien le débat ancestral entre la foi et la raison, entre la religion et  la philosophie. Celle-ci est-elle la servante de celle-là? Sa conscience critique? Son ennemi juré? Le creuset de sa mise en forme conceptuelle? Autant de questions qui suggèrent les positions que l'on adopta au cours de l'histoire pour penser leur relation. Mais si on peut les dire ennemies ce ne peut être qu'en termes fraternels car l'une comme l'autre ne cessent de croiser leur chemin. 

Sans la philosophie grecque le christianisme aurait-il trouvé des mots pour se dire, pour dialoguer avec les païens du monde méditerranéen ? Sans elle à combien d'excès dogmatiques n'aurait-elle pu échapper? Sans son questionnement critique serait on sorti d'une lecture littérale du texte qui anthroporphisant Dieu en éloigne le croyant ? Or c'est bien à sa source que Philon d'Alexandrie tout comme Maimonide,MAIMONIDE (1135-1204) Averroès, Saint-Thomas, allèrent  puiser lorsqu'ils voulurent combattre le dogmatisme de leurs guides spirituels, la naïveté superstitieuse des croyants et le ritualisme formaliste qui menaçaient la source vive de la foi. Corrélativement que serait la philosophie si ce n'est un vain exercice de logique à fonction épistémologique si elle ne  nourrissait son questionnement de ce qui affronte l'homme à la douleur, au mal, au vieillissement, à la mort, à une éthique susceptible de me faire vivre. À ces questions la croyance en l'existence de Dieu et l'observation des pratiques d'une religion suffisent-elles  pour leur répondre? Ce serait présupposer qu'étant  directement révélées par Dieu elles ne peuvent souffrir d'aucun doute  ni questionnement. Mais si on admet que l'homme en tant que doué de libre arbitre est l'auteur de réponses toujours réfutables alors le recours à un savoir théoriquement renseigné et pratiquement exercé dans le dialogue s'avère nécessaire.

 3 -.À  qui ?https://static.nationalgeographic.fr/files/styles/image_3200/public/01-sistine-chapel-opener.adapt_.1900.1.jpg?w=1900&h=851

 Cela dit, et ce sera le troisième point de notre réflexion, le terme de dialogue en vertu de l'association de ce préfixe et de cette racine donne à penser « dia" connote l'idée de séparation mais paradoxalement aussi celle de pénétration, d’achèvement, quant au logos il associe la parole, le discours et la raison. Pour sa part le christianisme on fera le signe de la révélation divine, le verbe.  Cela signifie donc d'une part que la parole mise en discours relève nécessairement de la raison de sorte qu'il n'est de parole douée de sens que dans la mesure où elle est rationnelle c'est-à-dire cohérente et de ce fait susceptible de convaincre et d'autre part que la raison est indissociable de la parole car il n'existe pas de pensée en deçà et indépendamment du langage .Dans cette perspective le Verbe induit l'idée d'une transmission nécessaire entre Dieu et les hommes et entre ceux-ci mais de quelle nature celle-ci est-elle?

Le préfixe" dia "nous met en garde contre l'exclusive qui privilégierait soit la pénétration au risque d'une confusion soit la séparation au péril de la transmission elle-même .Cette ambiguïté signale donc toute la difficulté du dialogue qui doit tout à la fois ménager un entre deux nécessaire pour permettre une fusion sans confusion et cependant maintenir les conditions non seulement d'une transmission mais avant tout d'un dévoilement du sens .Pareil à l'espace que Michel-Ange ménage entre Dieu et Adam pour figurer à la fois la distance et en même temps la tension de vers l'autre le dialogue souligne le nécessaire espace qu'il s'agit d'observer dans une relation de re -spect où la parole s'enracine dans le terreau de l'écoute. C'est donc de scrupule dont il est question comme le suggère la religion qui tout à la fois en tant que religere  et ou religare observe et génère la crainte non pas tant de Dieu que de nos propres limites. De même à l'égard d'autrui je suis taraudé par cette inquiétude qui me met  en mouvement vers lui tout en sachant à quel point un "presque rien "peut nous éloigner .Entre identité et altérité comment trouver les mots pour se dire ,pour lui dire ;des silences pour écouter;, des invitations au partage; ,des mises en confiance? car le dialogue présuppose la confiance, la foi déposée en autrui, la distance à l'égard de ce dont je suis persuadé voire de ce en quoi je crois afin de creuser en moi l'espace d'un accueil ,de  faire le vide et de lâcher prise pour que l'autre puisse s'inscrire en moi. 

Mais l'autre qui est-il?La controverse de Valladolid, Jean-Claude Carrière, Pocket, 2012 ...

 Entre identité et altérité il est le miroir de ma représentation du monde, de mon anthropologie, de mon éthique. Autrui tout à la fois l’étranger, le différent l'étrange aussi, celui à l'égard de qui  la tentation est grande d'en faire un alter ego ou l'ego phagocyte l'alter pour le réduire à un autre moi-même. Mesure de toute chose c'est à l'aune de mes valeurs que je risque de juger l'autre et réduisant son être  à mon savoir de lui dénier toute dignité voire appartenance au genre humain. Il n'est que de se remémorer la controverse de Valladolid déjà mentionnée où il fallut statuer pour savoir si l'Indien était doué d'une âme et si elle était de la même espèce que celle des chrétiens blancs .Et il est vrai que tout les séparait radicalement des espagnols néanmoins on jugea qu'ils étaient de la même espèce, rédemptés par Jésus-Christ et donc à traiter en égaux mais par contre les noirs dans lesquels Dieu n'avait pu mettre une âme blanche se virent ravaler au rang d'animaux et traités plus inhumainement qu'eux.

L'autre fait peur et les difficultés du dialogue ravive sous le vernis de la civilité l'ethnocentrisme dans lequel s'enracine le racisme.

Ainsi est on passer de la figure de l'alter ego privilégiant l'ego à celle de l'alter séparé, desuni, calomnié autrement dit incarnant la figure dia-bolique  qui inspire la crainte ,la haine. Support de tous les fantasmes il incarne le mal, la puissance de mort ,tout en étant l'objet des pires tentations celles qui me révèlent à moi-même et s'il me faut le nier c'est avant tout parce qu'il se présente à moi-même comme un miroir. Mais puis-je accepter cette conscience que je prends de moi-même et après tout quelle valeur lui accorder? Autrui est-il un intermédiaire entre moi et moi-même ou bien celui qui me nie en me réifiant et en s'emparant de mon univers? Suis-je par son regard réduit à l'état d'objet pire encore de chose informe ou bien a-t-il la capacité de me faire prendre conscience de ce que je suis par ce que je fais? Sortira t on de ce qui semble être une aporie? car si nous sommes  parvenus à définir ce qui fait obstacle au dialogue nous ne savons pas pourtant ce qui le rendrait possible or si l'on veut sortir de l'impasse c'est à une conversion du regard qu’il nous faut préalablement travailler ainsi que nous y invite magnifiquement Levinas. Le visage de l'autre m'adresse un impératif catégorique "tu ne tueras point". Pareil à une feuille  blanche, une terre vierge, son visage m'invite à la traversée d'un désert (mitbar) pendant laquelle pourra se rencontrer la parole (davar).

Non-lieu de toutes les émergences le désert fut le terreau de la foi juive, le sourcement des nomades en manque d’être. Il offrit  le silence et l'absence propre à la rencontre

 Là s'expérimente le tout autre dans lequel je me saisis, s’éprouve la transcendance de ce qui est plus intérieur à moi-même que moi-même, s'entend la voix de fin silence .Ainsi conçu l'autre du dialogue revêt une dimension sacrée faite de proximité et de distance, de familiarité et d'étrangeté. Réduire  l'autre de cette relation serait l'anéantir en faisant de lui un moyen au service de mes fins." Autrui pièce maîtresse de mon univers" s'écrie le Robinson de Tournier.

De l'idolâtrie à la destruction il en va de mon être dans cet être face auquel je me pose en m’opposant. C'est pourquoi le dialogue m'est une préoccupation ultime.

 4 -  Comment dialoguer ? Pour une éthique du dialogue ?Dialogue interreligieux : Cultivons l'esprit de paix et de ...

 Mais comment dialoguer? Ce quatrième point de notre interrogation vise à problématiser les  conditions formelles et éthiques du dialogue car il ne s'agit ici ni d'une discussion, d'une information, d'un exposé ex cathedra, ou d'un débat, à moins qu'il ne s'agisse de tout cela justement

Une méthode doit-elle présider au dialogue telle celle pratiquée par Socrate avec ses interlocuteurs faite à la fois d'ironie c'est-à-dire de questionnement qui en mettant face à son ignorance crée les conditions de doute nécessaire à l'interrogation et à la réceptivité ? S'agit-il de maïeutique laquelle vise à faire accoucher l'autre des idées dont il est porteur en de ça des opinions qui en occultent l'accès? Ou bien encore de dialectique dans la proximité lexicale avec le dialogue souligne assez que celui-ci se doit d'être une progression construite de concert pour cheminer rationnellement vers un but commun ayant la vérité pour enjeu.

Mais ces conditions ne suffiraient pas et leur application s'avérerait impossible si une éthique ne présidait au dialogue. Dialoguer ce n'est pas en effet disputer, de même que convaincre n'est pas persuader car il s'agit ici de partager le Logos de l'entretenir aux deux sens du terme au lieu de se l'approprier.

En effet s'approprier la raison et avec elle la vérité c'est confondre la raison et ses raisons mais avoir de bonnes raisons signifie-t-il que l'on ait raison? Si la raison n'est plus la faculté qui sert à poser, mesurer, évaluer les possibles peut-on encore lui donner ce nom? Si la raison n'est plus le signe de l'exercice de la Liberté qu'est-elle donc? Si la raison réinstaure la violence alors comment le dialogue qui présuppose le confiance est il possible?

C'est pourquoi se pose la question d'une véritable éthique de la discussion comme la note K.O. Appel à l'unisson de Jean-Luc Ferry ou de Francis Jacques (3).

Pour répondre commençons par dénoncer les pseudos.

On serait tenté dans une première approche de concevoir l'éthique comme l'expression des exigences devant présider à tout échange à partir des valeurs qu'il faudrait respecter, des pré requis à dégager, des objectifs à déterminer, mais aussi, en vertu de l'étymologie même du mot ,de la mise en pratique de valeurs et d'une gestion de la vie avec autrui ce qui implique une réflexion non seulement d'ordre théorique mais aussi pratique portant sur la clarification des raisons qui poussent à dialoguer ( désir de comprendre ou de réifier l'autre) des valeurs en jeu, du sens d'un projet que l'on suppose clairement défini . Mais quel statut accorder aux valeurs? Peuvent-elles prétendre à l'universalité? Dès lors les proposer voire les imposer n'est-ce pas élever au rang de nature ce qui relève d'une culture?  Existe-t-il une bonne façon de penser et en l'occurrence de vivre le monde et le monde devrait-il être organisé pour s'y conformer(4) ? On serait tenté  devant ce possible diktat de la raison d'aller au-delà de celle-ci  vers d’autres voies d'accès à la vérité mais on court à la fois le risque de se perdre dans un irrationalisme bien plus arbitraire ou dans un scepticisme qui rejetant jusqu'à l'idée même de vérité annihile  tout dialogue possible. 

Après tout si chacun est la mesure du vrai et du faux du bien et du mal du juste et de l'injuste à quoi bon vouloir en discuter laissons à chacun sa vérité.

Mais sous prétexte de tolérance c'est  alors le règne du laxisme et de l'irresponsabilité qui s'instaure et avec lui un laisser faire qui introduit non pas le libéralisme mais le dogmatisme non pas la volonté et la possibilité d'une mise en commun permettant l'orientation vers un projet personnel et collectif mais l'impérialisme de la complaisance. Or ceci induit des limites à préciser dans le cadre du fonctionnement du dialogue et du respect des croyances d'autrui. Autrement dit il s'agit d'apprendre à être libre ensemble .Or si seules les limites donnent sens et consistance à un dialogue encore faut-il les prescrire de façon à ce que la liberté s'exerce et en même temps  s'apprenne.

 Mais apprend-t-on à être libre ? Si oui, alors c'est dans la pratique du dialogue que ce dessinerait l'éthique requise à son usage efficace .c' est la réaction en retour d'autrui  qui m'indiquerait les  effets de mon propos, les périls pour soi et pour autrui d'une croyance, les errances du dit, le sens de la responsabilité, l’autodiscipline. Dialoguer apprendrait de la sorte à être libre dans la limite de règles permettant de conjuguer obéissance et liberté car être libre ce n'est pas abuser de la parole c'est organiser un propos signifiant parce que régulé de telle sorte qu'il inter- esse autrui. Or à l'image de l'inter-esse ,l'inter-religare s'origine dans une démarche où chacun prenant une distance à l'égard de soi, de ses opinions immédiates, de ses réactions ,procède à une conversion de son être pour comprendre qu'il en va de celui-ci dans l'être de l'autre à condition toutefois de diriger notre regard vers la préoccupation ultime dont le langage est le dévoilant occultant.

Loin d'être le véhicule d'impératifs prescrivant la prudence, le devoir, l'obéissance sans conscience, le dialogue joue sans cesse entre licence et loi. Pour qu'il émane d'une volonté critique responsable le dialogue s'inscrit dans cet entre deux,  cette non-coïncidence de soi avec soi-même qui est la condition de sa dynamique .Le dialogue se fait à partir de ce rien qu'il est sans l'être car c'est avant tout un mouvement dont l'essence consiste dans son existence, c'est-à-dire dans un projet le jetant  sans cesse au devant de lui-même C'est pourquoi le dialogue est jeu ,au deux sens du terme, ce qui le sauve de tout esprit de sérieux. Cependant à l'instar de la philosophie qui le  fait naître le dialogue est un jeu sérieux, terrain de jeu éthique et politique et en l'occurrence Interreligieux, lieu où se rencontrent aussi les échecs qui affrontent l'être à la mort.

À Abou Dabi, un tournant dans le dialogue interreligieux

On l'aura compris à cette définition du dialogue correspond une redéfinition de la vérité ,du sens et du spirituel rompant avec l'attitude convenue qui consiste  à ramener l'altérité à une unité illusoire. La morale au sens conventionnel ne saurait donc répondre au besoin du dialogue c'est-à-dire d'un face-à-face où il est question de s'exposer à l'autre .L'éthique immanente à l'échange d'idées de deux cogito ne saurait en aucun cas convenir à la dimension transcendante de l'Inter religieux où la tension de l'entre-deux doit demeurer, où la confrontation ne peut se diluer dans un consensus, qui arasant  les aspérités viderait le dialogue de tout sens.

Au dialogue convient donc une philosophie de l'inégal, du débordement de l'infini, cet infini dont Descartes fit l'expérience au cœur de sa finitude.

 5  - A quelle valeur de vérité le dialogue peut-il prétendre?NEWS | Communauté de Sant'Egidio

 Cependant la pratique d'un tel dialogue n'est pas simple car il en va de la volonté de défendre ses croyances, de la façon dont on va les dire où les taire selon l'objectif qui est le sien; de la manière dont on va solliciter sans  intimider et intervenir sans s'ingérer; exposer (aux deux sens du terme présenter au regard et imprimer une surface sensible en la mettant sous des rayons lumineux de façon à voir une image) sans exhiber afin d'inviter à dire dans le respect du non-dit et dans les limites du dicible.

Il existe en effet une violence de la vérité qui fait que toute vérité n'est pas bonne à dire. Vouloir dire la vérité à tout prix et à n'importe quel prix fût-ce  au prix de la vie n'est-ce pas la rendre odieuse? Que faire dès lors d'un principe invivable et impraticable qui pousse au mensonge? 

Cela dit comment définir la vérité du dialogue? Qu'est-ce qu'un dialogue vrai? Celui dont les participants sont honnêtes et sincères? Celui qui est efficace? Mais l'efficacité peut-elle être un critère de vérité? Après tout un mensonge qui parvient à ses fins est aussi efficace. Est -ce à dire qu'il faut le préférer à la vérité?  Dès lors comment établir la vérité d'une croyance ? Cette question a-t-elle même un sens ? Est-ce cela qui est en jeu ou l'authenticité d'un croire qui fait écho en moi?

Par ailleurs si on considère que le modèle de toute vérité est la science alors le dialogue doit-il adopter la forme d'un raisonnement dialectique visant à fournir la solution d'un problème? Mais s'agit-il là encore de dialogue et de dialogue interreligieux ? En effet s'il est fondé en matière de culture religieuse d'examiner le savoir qui en est élaboré selon des exigences épistémologiques sera-ce légitime lorsqu'il s'agit de ce dont ma foi me persuade? La vocation du dialogue interreligieux est- elle de convaincre ou de questionner? Des critères permettent-ils d'évaluer la valeur de vérité du dialogue et si oui lesquels? Sera-ce l'obtention d'un consensus le plus de élargi possible en prenant garde cependant au fait que l'accord peut s'effectuer à propos d'une erreur ou bien se révéler mou.

Ou bien la fécondité des idées échangées donnant lieu à un processus créatif susceptible de repenser à nouveau frais les réponses au problème posé (c'est ainsi que l'on voit par exemple l'enseignant catholique s'interroger sur l'accueil d'élèves musulmans à l'intérieur de son établissement de façon à permettre l'affirmation de différences sans affrontement violent et qui plus est dans le respect de la laïcité ) Ou encore la réfutabilité des idées émises selon le principe de Karl Popper qui établit qu'une théorie est vraie tant qu'elle n'a pas été démontrée fausse ? Or accepter ce dernier critère c'est placer d'emblée ses croyances sous le projecteur d'un doute possible afin d'éviter le double écueil  du dogmatisme et du scepticisme autrement dit s'est prôner  la mise en perspective de toute opinion qui s'arrogerait le statut de vérité en arguant de son évidence intrinsèque.

Ce perspectivisme nourri d'histoire et de culture, ce perspectivisme pour ainsi dire renseigné qui invite à penser l'absolu au cœur de l'histoire et la vérité comme en devenir ,permettrait non seulement d'évaluer ce que chacun tient pour certain mais éviterait aussi de pressentir l'autre comme une menace dans la mesure où la validité de ma perspective qui en soi est subjective et parcellaire ,exige des perspectives complémentaires .On l'aura remarqué il est difficile voire périlleux de dissocier le dialogue d'une culture qui doit le compléter, le garantir sans pour autant l' occulter.

Aussi faut-il cultiver l'étonnement qui met sur la voie du doute et de la recherche en même temps qu'il me révèle ma propre ignorance .Le dialogue loin d'être un partage de certitudes serait au contraire à comprendre comme le terreau d'un questionnement , d'un étonnement, d'un émerveillement et d'une ignorance salvatrice conjuguant la vérité sur le mode de l'amendement, du repentir( que n'ignore pas le peintre) de la modification .Pour dialoguer  peut être faut il ignorer ce dont on parle et faire l'expérience d'un pensable en quête de mots, de silence ,d' écoute pour se dire ou se taire, retour à la virginité du silence propice au dialogue, ponctuant celui-ci .Retour à l'écoute. Se faire tout entier oreille à l'écoute comme la Vierge de l' Angelico face à l'ange Gabriel. Dialogue alors silencieux de l'âme avec elle-même dont l'autre est l'interlocuteur car le monologue est toujours adresse  à. Etre conscient de son identité loin d'engendrer des conflits est la condition de la réceptivité de la différence de l'autre face au même, du même face à l'autre

 Vertu de distanciation, de désintéressement, qui ne signifie en aucun cas indifférence mais qui au contraire la combat.

 6   - Quels en sont les enjeux et les finalités ? 

 Lieu de tous les enjeux le dialogue l'est aussi de toutes les difficultés à tel point qu'il est sans cesse menacé de disparaître dans son exercice même et par suite de ses principes et exigences car s'il se propose comme objectif de se substituer à l'affrontement violent, à celui qui au nom du vrai ,du bien, du juste supprime toute forme d'opposition il n'en demeure  pas moins qu' il suscite  la confrontation dont du reste il se nourri. Contre le préjugé et les amalgames le dialogue s'avère une nécessité car il en va d'une question primordiale : comment échapper au mal? Ce qui présuppose  deux questions liminaires : qu'est-ce que le mal ? Quelle en est l'origine? Alors dialoguer pour vivre, dialoguer pour partager l'espérance dont le dialogue laisse  présager la possibilité dans son exercice même.

Or si l'on définit le mal comme le résultat de la néantisation de l’être phagocyté par l'autre qui en fait sa chose occupe, son univers, le réifie en une essence qui confond l 'en -soi et le pour-soi sans que celui-ci puisse advenir par le choix de son existence alors le dialogue en ouvrant un lieu d'exercice de la parole offre les conditions d'une liberté radicale non pas la liberté d'expression qui peut se confondre avec une revendication ponctuelle mais l'échappée de la personne dans l'existence .De même qu'on symbolise en Afrique la vie en disant que les pieds du tisserand ne sont pas sur le même plan sauf au moment de sa mort de même toute vie du corps comme de l'esprit requiert la non coïncidence de soi à soi. Le dialogue alors comme décalage et pourquoi pas marge car c'est dans la marge, l’interstice, le presque rien que s'immisce le scrupule. Fellini écrivait qu'un  film est comme un caillou dans une chaussure il doit empêcher de marcher. De même le dialogue doit-il empêcher  d'être  parlé par ce "'on" qui me dépossédant de ma parole me prive de moi-même. Rugueux, chaotique, en feu parfois, sincère toujours c'est au nom de l'humanité de l'autre homme qu'il doit encourager la différence et pratiquer la crainte de ne pas en être digne. Pourtant les croyances se veulent absolues, uniques, définitives et n'hésitent pas au nom de la vérité à réfuter l'explosion des visions du monde et à se substantialiser  en des idées indépendantes de toute incarnation dans le temps et l'espace au péril du monde historique des étants. Lors du procès de Valladolid Sépulveda s'écrie" qu'importe une vie de misère, une vie brève au regard d'une vie bienheureuse et éternelle"  C'est au nom de cette vérité que les Indiens seront bafoués dans leurs croyances, niés dans leur dignité, sacrifiés sur l'autel de la rédemption. Faut-il sacrifier la vie à la vérité? L’accès à celle-ci passe- t-il par le sacrifice de celle-là ? Y a-t-il des croyances plus vraies que d'autres parce que validées par la majorité? Rappelons-nous du procès de Galilée qui souligne à  quel point le dialogue entre la vérité  théologique et scientifique peut s'avérer difficile. Sommes-nous encore à ce moment-là dans le registre de la vérité ou dans celui de l'idéologie? Or le propre de celle-ci, de quelque nature qu'elle soit, n’est-elle pas d'interdire la liberté de penser et avec elle le dialogue? Débat de la plus parfaite actualité lorsqu'on voit que des universités américaines au nom du créationnisme interdisent leur accès à des scientifiques susceptibles de déranger leurs illusoires arrières mondes.

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 Comment pourra-t-on conjuguer la singularité de la vérité relative et particulière avec l'exigence universaliste d'une religion qui se fonde sur des vérités nécessaires anhistoriques? Or le dialogue tel que nous cherchons à le problématiser exige de se poser de telles questions.

 Bien sûr on pourrait trouver une voie en arguant à l'instar d'Aristote que "l'Etre se dit de multiples façons ". L'absoluité de l’Etre ,Tout Autre  inaccessible à  quelque com -préhension que ce soit , serait l'objet   de convergence de points de vue multiples et divers visant chacun en ces lieux et temps ce qu'il est en soi , ce en quoi il m'est nécessaire et urgent de le penser car il en va de mon existence. Pareil au noumene dont nous ne saisit que le phénomène en vertu du prisme sélectif qui détermine notre mode d'appréhension, l'Etre échapperait radicalement ,sans toutefois jamais cessé d'être toujours là. À ce mode d'être seul conviendrait le dialogue permettant à de multiples voix de converser et de converger vers cet horizon commun , à condition de renoncer à la vérité pour chercher l'authentique, de renoncer aux religions pour mieux conserver le religieux . C'est pourquoi l'approche phénoménologique du religieux se conjugue avec le dialogue comme lieu d'expression de ce que chacun vit, croit, sent C'est là que le non-dit prend conscience de soi. Quel autre lieu par conséquent pour que se formulent les conditions de l'Inter religieux? En l'occurrence l'existence du religieux précède son essence car c'est dans l'acte même de son énonciation que consiste sa signification, c'est dans la confrontation à des situations universelles et nécessaires que se rencontre la préoccupation ultime qui nourrit l'espérance d'un possible dialogue unissant l'un et le multiple sans que ni l'un ni l'autre ne soient sacrifiés mais toujours tenus dans cette tension que présuppose le dialogue. Tension et paradoxe puisque le dialogue qui suppose que l'on s'entende sur des postulats fondamentaux ,génère en même temps les conditions d'une confrontation jamais achevée entre les façons de les dire, les vivre ,les penser ici .Bien sûr les tentations d'amalgame ou de réduction sont omniprésentes ainsi que les résistances à ce que d'aucuns nommeraient syncrétisme .Mais justement n'est-ce pas là l'un de ces lieux de rencontre qui tout en maintenant les différences les ressource dans un sentiment religieux puissant et analogue .Un exemple, celui de la Pachamama qui en Bolivie constitue avec le culte de la Vierge une fusion sans confusion .À l'heure où l'on parle du droit à la différence au nom de la liberté d'être ,de croire, de penser ,ne faudrait-il pas conjointement parler d'un droit à l'unité ?Or si le dialogue a bien un sens et fait sens ,s'il  s'achemine vers la réalisation d'une fin ,dont le but cependant lui échappe, n'est-ce pas celui d'accueillir l'expression des différences sur un objet commun  que l'on cherche à rendre sensible, pensable, actualisable parce qu'il est l'expression des différences sur un objet que l'on cherche à rendre sensible pensable actualisable? Car si l'on ne veut pas parler pour ne rien dire non seulement il faut qu'autrui m’entendre, à condition que je me rende compréhensible, mais aussi que mes objectifs soient réalisables. Un dialogue interreligieux qui ne se donnerait pas les moyens de son projet aurait-il un sens or c'est ce sens qui précisément favorise l'unité.

  Reliance à la Pachamama et l'énergie du cacao Sacré avec Laurence ...

 

À l'horizon

 

 C'est la finalité même du dialogue qui s'impose ultimement et premièrement en tant qu'objet de   réflexion car le fin est déjà au travail comme cause antécédente. En effet la fin est déjà là en tant qu'elle est l'essence même de son objet, en l'occurrence le dialogue, et se distingue du but extérieur, contingent, sujet à l’échec, de sorte que si le dialogue rencontre des fins de non-recevoir il n'en n'est pas pour autant invalidé. C'est donc la question de la fin propre du dialogue qu'il nous faut interroger en vertu des résultats déjà dégagés.

Or il s'avère que le dialogue joue avant tout un rôle d'intermédiaire, voire de médiateur entre des personnes désireuses de convertir la possible violence physique en échange verbal; de trouver un terrain d'entente  fondant et conservant un rapport d'égalité entre les parties; de permettre la libre expression de soi; de témoigner du respect de l'autre, de cette fin en soi qu'est l'autre . Le dia- logue suppose donc une sociabilité originaire qu'il s'emploie à fonder et garantir. Face aux risques de la dictature de la pensée le dialogue ouvre la brèche à l'intentionnalité et à la tolérance propice à "l'événement exceptionnel de l’en face"(5). Il me révèle à moi-même grâce à l'autre qui n'est signe de l'enfer que dans la mesure où je le vis comme une menace. Mais, et c'est là que l'Inter religieux manifeste un intérêt puissant, par-delà sa nécessité c'est sur le terrain si intime de la croyance  qu'il offre la possibilité de rencontrer l'autre alors qu'une longue tradition philosophique tend à exclure du dialogue tout ce qui relève de l'intime. Cependant en paraphrasant Kant on peut se demander si nous penserions bien et même si nous penserions quelque chose si nous ne pensions avec autrui. Allons plus loin et appliquons cela  à la croyance. Est-ce seulement dans la solitude de la méditation que se rencontre Dieu? La relation je- tu n'en est-elle pas le prototype et la condition complémentaire? Cette relation elle-même serait telle possible sans Lui ? Après tout ne faut-il pas être trois pour être deux? En cela le fait même que la rencontre des religions devienne un objet possible de questionnement fait l'effet d'une révolution copernicienne au sein des représentations conventionnelles des religions. De même ,en effet , que la terre n'est pas au centre de l'univers mais se révèle être une planète parmi d'autres tournant autour du Soleil ,de même les religions tournent autour d'un point central que Tillich nomme" la préoccupation ultime". Dès lors conjuguant immanence et transcendance, un et multiple, essence et existence le dialogue interreligieux offre un moyen de trancher le nœud gordien de la critique de l’institutionnel dans lequel il lui faut pourtant s'incarner. Autrement dit il met en valeur le fait que toute religion s'incarne dans des formes culturelles spécifiques ici et maintenant véhiculant une anthropologie, une spiritualité, une philosophie, une histoire, des institutions particulières et de ce fait contingentes, arbitraires et aléatoires de sorte qu'elle crée elle-même les conditions critiques non seulement de ses formes de  croyance mais aussi de leur incarnation. Pourtant d'une part cette actualisation lui est nécessaire pour perdurer et d'autre part ce qu'elle croit ne disparaît pas avec elle quand bien même ses formes se modifieraient.

Est-ce à dire qu'il y a là le terreau même de l'interreligieux? Dépassant le débat sur les incarnations différentes des religions et leur valorisation ou dévalorisation  c'est donc sur un tout autre plan que se situerait l'enjeu de l'interreligieux: sur cette fin toujours déjà là qui consisterait à s'approcher de l'Absolu incarné au cœur de l'histoire, un Absolu saisi dans la multiplicité de ses formes mais par lequel justement elles existent comme autant de manifestations phénoménales qui pour aussi respectables qu'elles soient ne doivent pas être un obstacle à l'écoute de la voix de fin silence que l'autre murmure à mon oreille pareille à la trace qui figure" la proximité de Dieu sur le visage de mon prochain"(6).

 

 ANASTASIA CHOPPLET

Conférencière et philosophe

 

 

(1) GASTON BACHELARD  - La formation de l'Esprit Scientifique - Edition VRIN 1938

(2) R KUNTZMANN et JD DUBOIS - Nag Hammadi, Evangiles selon Thomas, Texte gnostique aux origines du Christianisme - Cahier "EVANGILE" sup.n°58 cerf 1987

(3) FRANCIS JACQUES - L'Espace Logique de l'Interlocution - Edition POL PARIS 1985; JF DUPORTAIL - Phénoménologie de la Communication - Edition ELLYPSE PARSI 2001

(4) FEYERABEND - Adieu A La Raison - 1987  SEUIL 1989

(5) LEVINAS - Entre Nous - Edition GRASSET 1991

(6) OP.cité page 68